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Algérie. Nouveau PDG de Sonatrach: le clan Bouteflika met la main sur la machine à cash algérienne

Publié le 20/03/2017 à 19h22 Par Ndiaye Mar Bassine et Ziad Alami

Algérie. Nouveau PDG de Sonatrach: le Clan Bouteflika met la main sur la machine à cash algérienne

Abdelmoumen Ould Kaddour (àg.) signe son grand retour et la réhabilitation du camp Chakib Khelil, ex-tout puissant ministre du Pétrole.

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#Politique

#Algérie En nommant un proche de Chakib Khelil à la tête de la Sonatrach, le clan Bouteflika prend le contrôle de la «cash machine» algérienne. La nomination de Abdelmoumen Ould Kaddour, qui a déjà écopé de 30 mois de prison pour espionnage, n'est que l'aboutissement de la mainmise du clan sur l'Algérie.


Abdelmoumen Ould Kaddour, nommé ce lundi 20 mars à la tête de la Sonatrach, soulève de nombreuses questions. Non pas parce que le nouveau PDG de la «cash machine» de l’Algérie traîne des casseroles judiciaires. Mais parce qu'à travers cette nomination, le clan Bouteflika renforce sa poigne sur la «mamelle de l’Algérie» (jusqu'à 60% des recettes de l’Etat algérien). 

Explication: le nouveau patron de Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour, est un proche de l’ancien ministre de l’Energie et des mines (1999-2010), Chakib Khelil, ami d’enfance et éternel «homme de confiance» du président Bouteflika (ils sont tous deux nés à Oujda). Une amitié à toute épreuve, puisque Chakib Khelil aurait pu croupir en prison, n’eût été l’intervention de Bouteflika himself pour le réhabiliter et, du coup, permettre son retour en Algérie en mars 2016, après trois ans d’exil aux Etats-Unis, où il s’est rendu en 2014 pour se soustraire à une décision judiciaire le mettant en cause dans une affaire de corruption du temps où il présidait aux destinées de la Sonatrach (2001-2003). 

Chakib Khelil est en effet la figure emblématique du pillage systématique de la Sonatrach par le clan présidentiel. Devant le juge du pôle financier du tribunal d’Alger et les officiers du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), à l’origine d’une vaste enquête anti-corruption lancée en 2010 par les hommes du général Mohamed Lamine Mediene, alias «Tewfik», il a été nommément accusé d’avoir trahi le pays et élaboré la loi sur les hydrocarbures, durant les premiers mois de l’année 2000, sous la dictée des grands groupes de la pègre pétrolière internationale. 

Rab Dj'zair : le Dieu de l'Algérie


Le clan Bouteflika s’était senti lui-même visé par l’enquête ordonnée par le général «Tewfik» qui, faut-il le préciser, était farouchement opposé à un 4e mandat pour le président Bouteflika (mars 2014). En guise de revanche, Abdelaziz Bouteflika, réélu pour la 4e fois consécutive en mars 2014, entreprend, une année plus tard, un patient processus d’effeuillage du DRS, à la faveur d’une purge qui a concerné les proches collaborateurs du général «Tewfik», surnommé «Rab djzaïr». Même le tout-puissant patron du DRS sera «débarqué» en décembre 2015 par le locataire du palais El Mouradia, qui voulait à tout prix se débarrasser de ce département de renseignement qui pouvait se targuer, jusqu’il y a peu, de contrôler le géant pétrolier algérien, Sonatrach. Ce département gênant a été simplement dissous courant 2016, pour être remplacé par le fameux DSS (Département des services de sécurité), à la tête duquel a été nommé un fidèle proche de Bouteflika, en l’occurrence le général Athmane Tartag (ancien patron de la brigade antiterroriste relevant du même DRS). 

Ironie du sort, un mois après la dissolution du DRS, le clan Bouteflika récidive en portant à la tête de la Sonatrach un proche du même Chakib Khelil, proposé à la succession du président Bouteflika. Avec cette nomination, le clan Bouteflika aura fait d’une pierre deux coups: s’assurer le contrôle de la Sonatrach, le nerf de la guerre, et un successeur potentiel au président malade. 

30 mois de prison pour espionnage


Cette question se pose d'autant plus que Abdelmoumen Ould Kaddour, lui-même, est un personnage controversé. En effet, comment peut-on nommer à un poste aussi stratégique un homme qui a été condamné par la justice algérienne pour espionnage et dont la seule société qu'il a réellement dirigée a été soupçonnée de corruption ?

Un bref rappel s'impose pour mieux cerner le nouveau PDG de la Sonatrach et comprendre qu'il s'agit de l'épilogue d'une véritable lutte d'influence. Abdelmoumen Ould Kaddour est coopté par son mentor Chakib Khelil pour lui confier Brown and Rooth Condor (BRC), une joint-venture détenue par Sonatrach à 51% et par Halliburton à 49%.  Au passage, il faut rappeler que Halliburton a été longtemps dirigée par Dick Cheney, vice-président américain (2001-2009), qui a été accusé de bénéficier de gros marchés avec les armées US, sans appel d'offres. Le fait que BRC soit contrôlée en partie par Halliburton était en soit un facteur excluant cette société des marchés classés secret défense. Mais comme on est en Algérie, il ne faut s'étonner de rien, surtout quand c'est le pion (Ould Kaddour) de l'ami d'enfance du président (Chakib Khelil) qui est aux commandes.

Mais Ould Kaddour, lieutenant de l'ex-puissant ministre du Pétrole, Khelil, a été convaincu d'espionnage et d'intelligence avec des pays étrangers en 2007. La sentence du tribunal militaire de Blida sera sans appel. Il écope de 30 mois de prison ferme pour «divulgation d’informations classées secret défense». Il sortira de prison en mars 2009, à la faveur d'une libération conditionnelle.

Des marchés de gré à gré


Son passage à la BRC n'est pas très reluisant non plus, puisque cette société bénéficiait bien trop souvent de marchés avec le ministère de la Défense algérienne ou avec la Sonatrach dans des conditions plus que douteuses. Tout ou presque était remporté grâce au gré à gré parce que, sans doute, Chakib Khelil était derrière, disent les enquêteurs qui ont remis un rapport à Bouteflika. Evidemment, c'est l'opacité la plus totale pendant les 13 longues années d'existence de BRC, où jamais aucun rapport n'a été produit. Au total, cette joint-venture avait réussi à décrocher pour 70 milliards de dinars, soit 650 millions de dollars, de marchés de sous-traitance et de construction de dizaines de casernes. Finalement, Bouteflika a ordonné la dissolution de ladite société en 2007, au moment où Abdelmoumen chutait pour espionnage.

94% des recettes d'exportations algériennes


Quoi qu'il en soit, la nomination d'un homme au casier judiciaire bien garni montre clairement qu'il y a des accointances politiques. Après avoir écarté, l'ex-chef des renseignements algériens, "Tewfik", le clan Bouteflika met véritablement la main sur l'unique machine à cash et poumon économique de l'Algérie. Il suffit de jeter un œil sur les chiffres pour comprendre que c'est bien de cela qu'il s'agit. En effet, la Sonatrach réalise entre 93 à 97% des exportations du pays. Par exemple, en 2016, sur les 28,88 milliards d'exportations, 27,1 ont été facturés par la Sonatrach et ses filiales, soit 93,83% du total. La Sonatrach, c'est également quelque 40 à 60% des recettes budgétaires, voire plus, puisqu'il faut rappeler que le Fonds de régulation des revenus (FRR) qui permet de suppléer les revenus en cas de coup dur est également alimenté par la Sonatrach. 

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