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Karim Boukhari
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Et pourtant, Benki, je ne vous aime pas!

Par Karim Boukhari le 09/02/2019 à 17h59

«Parce qu’il est authentique, simple, populaire, il parle comme tout le monde, il a la foi et il connait les valeurs, il craint dieu, c’est un vrai Marocain».

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Je n’aime pas du tout ce que représente Abdelilah Benkirane. Je ne parle pas de l’homme mais de son action, ce qu’il fait, ce qu’il dit. En réalité, tout cela fait partie du même bloc, Benkirane est une sorte de pièce rapportée, et il est difficile de séparer l’homme de son «action»

 

L’homme est bien sûr agréable, affable, le prototype même du bon vieux Marocain, l’homme d’hier, du passé, plein de bonhommie et de roublardise, de fourberie, avec ce mélange unique de vraie-fausse naïveté, de paternalisme, de phallisme et de racisme ordinaire, gouailleur, charmeur, susceptible… Mais pas trop, jamais trop.

 

Ainsi dépeint, Benkirane ressemble à la caricature du Marocain comme on peut la voir dans les premiers écrits des explorateurs européens, à la veille du Protectorat. L’homme se confond avec son image. Au point qu’il s’auto-parodie et se plait à en rajouter.

 

Benkirane joue au bon vieux Marocain. C’est ce qu’il est probablement au fond, et c’est pour cela que beaucoup l’aiment. «Parce qu’il est authentique, simple, populaire, il parle comme tout le monde, il a la foi et il connait les valeurs familiales, il craint dieu, c’est un vrai Marocain».
Benkirane incarne le père. Un père croyant. Et un homme débrouillard, qui a réponse à tout et qui sait tout de la vie.

 

Que veut le peuple, alors? Benkirane, pardi!

 

Parce que, en plus, il est honnête. Mais que veut dire honnête, c’est quoi être honnête? Je vais vous dire: au Maroc, nous avons toujours ce complexe en face d’un homme politique. Quand il nous parle, on se demande intérieurement: «Mais pour qui roule-t-il? A quel moment va-t-il arrêter de nous mentir? Quand et comment va-t-il nous voler?».

 

Nous en sommes à considérer, aujourd’hui, qu’un homme honnête est quelqu’un qui ne vole pas. Il ne s’en met pas plein les poches. Il n’a pas de patrimoine foncier et ses comptes bancaires sont dans le rouge, même s’il gagne bien sa vie. Ça, c’est un homme honnête. Comprenez: un homme fauché…mais pas trop quand même. Et on va aimer cet homme honnête. On va voter pour lui et le célébrer.

 

Benkirane porte en lui d’autres valeurs «perdues» qui font de lui un homme du passé. Il vient de le rappeler dans une étonnante rencontre, chez lui, où on le voit recevoir en «kechaba» et disserter devant ses invités journalistes. Il parle de «ta’a» (obéissance et soumission), il n’a que ce mot pour qualifier ses rapports, pourtant complexes, avec le chef de l’Etat.

 

Plus qu’un conservateur, Benki, comme on l’appelle parfois affectueusement, est un traditionnaliste et un conformiste. Il ne discute aucun ordre venu d’en haut, il prie pour le chef de l’Etat et il le remercie pour ses dons et pour sa générosité, il ne veut entendre ni de monarchie parlementaire, ni de laïcité, ni d’égalité hommes-femmes. Et il ne jure que par la stabilité (la contestation populaire, pour lui, n’est qu’une forme d’anarchie), la fidélité, l’amour de dieu, de la famille, de la patrie.

 

Et il explique tout cela dans un langage de tous les jours, simple et étonnamment drôle, accessible à tous, pas compliqué, en s’aidant de sourates et de paroles bien choisies de dieu et de son prophète.

 

Ça, c’est Benkirane. Un homme du passé qui veut incarner le futur d’un jeune pays. Un politicien qui ne vole pas. Qui dit presque tout ce qu’il a le cœur. Qui pourrait presque pleurer pour un oui ou un non, si les caméras restaient un peu plus longtemps sur son visage…

 

Et pourtant, Benki, désolé, je ne vous aime pas!