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Karim Boukhari
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Même si on l’efface, le passé ne meurt jamais

Par Karim Boukhari le 09/09/2017 à 18h00

Célébrer l’histoire, le passé, la mémoire, le monde d’hier, c’est célébrer la vie. Et donner du sens au présent.

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Je reviens d’un petit voyage en Europe centrale où il m’a été donné d’apprécier l’importance accordée…à l’Histoire. Oui, l’Histoire et avec un grand H. C’est une jouissance absolue.

 

On dit qu’un peuple qui ne connait pas son histoire est comme un arbre sans racine. A Vienne, Budapest, Bratislava, Prague et dans d’autres capitales nichées dans le cœur de la vieille Europe, il n’y a que ça. Des racines. Des traces de la grande Histoire.

 

Il y a les musées bien sûr.  Il y a les opéras. Il y a les statues qui se dressent pratiquement à chaque petite place. Il y a aussi les murs dont l’architecture et les motifs d’ornement racontent mille histoires. Il y a les stèles et les plaques commémoratives qui témoignent et qui «parlent».

 

Même les vieux restaurants, les bistros et les cinémas racontent quelque chose. Il y a toujours une plaque, une carte, un décor, une ligne écrite sur un mur pour vous rappeler la petite histoire des lieux et des hommes. 

 

La mémoire est partout. Le passé souffle très fort. C’est ici, vous explique-t-on, que Freud habitait, c’est là que Mozart a composé l’une de ses pièces maitresses, c’est de cette place, de cette rue, de cette maison, qu’est partie la révolution, la marche pour l’indépendance, le combat pour la libération des femmes, etc.

 

Ce voyage en Europe centrale m’a rappelé d’autres voyages, encore plus loin. Comme en Amérique ou en Palestine – Israël. Les pays sont différents, bien sûr, avec des histoires différentes et parfois très complexes, pas toujours claires ni belles, mais la mentalité est la même.

 

L’attitude est la même. On n’oublie rien, on n’efface rien, on garde tout, même l’histoire de la guerre et l’histoire des drames, on restaure quand il le faut, et on fait tout ce qu’il faut pour que le passé ne meure jamais.

 

C’est cela, c’est cette visibilité du passé, cette préservation de la mémoire, écrite ou dessinée de mille et une manières, qui vous saisit à la gorge comme une émotion profonde et assez incroyable. 

 

On dit par exemple que l’Amérique est un pays sans histoire. L’affirmation est exagérée et il ne faut surtout pas la prendre au mot. Si ce vaste pays est plus jeune que d’autres, s’il n’a «que» quelques siècles d’histoire derrière lui, eh bien il faut croire que ces «quelques siècles» sont visibles, mais alors partout où on va. On les revisite en permanence, on les voit, on les touche. Ils sont gravés dans le marbre, sur le sol, et presque dans l’air que l’on respire.

 

L’histoire des Etats-Unis est comme la confiture. Il n’y en a peut-être pas beaucoup, alors on l’étale sur tout le pain. Et c’est tant mieux. Le pain est savoureux et c’est cela qui compte à la fin.

 

Même les cimetières ressemblent parfois à des musées. On s’y balade comme on rentre dans les dédales d’une médina immémoriale, la mort devient carrément un véhicule de rêveries. On sort de tout cela comme d’un voyage magnifique. Ou fantastique. Comme dans un film de Tim Burton ou un conte d’enfant. Une vraie respiration.

 

Cet amour pour l’histoire, ce respect de la mémoire, ont quelque chose de noble. Pour ne parler que tourisme, il faut savoir que le tourisme, avant d’être une affaire d’hôtels, de plages et de pistes de danse, c’est d’abord de la culture et de l’histoire. On vend de l’histoire, des histoires.

 

On ne les vend pas en réalité, on les offre, on les donne comme cadeau de bienvenue, on les expose comme des belles fleurs, on les célèbre. Parce que célébrer l’histoire, le passé, la mémoire, le monde d’hier, c’est célébrer la vie. Et c’est donner du sens et de la profondeur, de l’épaisseur, au présent.

 

La balade entre les rues devient une ballade entre les mots, les sons, les âges, les rythmes, les coins et les recoins d’un grand petit livre ouvert…

 

Ça sera tout, mes amis. Ma balade devenue ballade s’arrête là. Je vous laisse, comme moi, ressentir cet inévitable pincement au cœur en pensant, par exemple, au cimetière des chiens (à Tanger) qui a aujourd’hui des airs de terrain – poubelle, à la statue d’Orson Welles (à Essaouira) qui ressemble à une pissotière sauvage, aux vieilles murailles de Safi et d’autres villes anciennes qui tombent en ruines…et au maire d’une grande et magnifique ville chargée d’histoire (Tanger encore) qui attend une fatwa pour dresser une statue de Tarek Ibn Zyad... 

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