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Karim Boukhari
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Ne tuez pas la classe politique, restaurez-la!

Par Karim Boukhari le 05/08/2017 à 17h54

L’idée que nos représentants ne représentent qu’eux-mêmes est née de ce choix terrible de marginaliser les compétences et d’encourager la médiocrité.

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Beaucoup sont aujourd’hui tentés par un retour des technocrates aux affaires. Ils nous disent: puisque le roi a pointé les partis politiques, et puisque les Marocains partagent largement ce point de vue, chassons les partis politiques (du gouvernement et d’ailleurs) et remplaçons-les par les technocrates! 

 

Il faut quand même se méfier de cette fausse bonne idée. C’est un raccourci facile et dangereux.

 

Bien sûr, les exemples d’élus dévoyés ou littéralement mafieux sont légion. Il n’y a qu’à lire la presse… Le parlement marocain est infesté de trafiquants de drogue, de féodaux sans foi ni loi, de tricheurs et de médiocres absolus.

 

Que faire alors: fermer le parlement, faire comme s’il n’existait pas, et transformer le gouvernement en club de technocrates, de préférence propres et bons gestionnaires ? 

 

Pas si vite. Parce que, comme on dit, il y a loin de la coupe aux lèvres. Si on admet que la classe politique est malade, il ne faut pas la tuer mais la restaurer. Quant aux technocrates, laissons-les à leur place (offices, entreprises publiques, wilayas, etc.) et ne leur demandons pas de faire de la politique, ce n’est pas dans leur ADN.

 

Je ne vais pas y aller par quatre chemins: la politique et les politiques sont un mal nécessaire. Nécessaire à quoi? A la démocratie et au développement. A l’économie comme à la société. Ils sont nécessaires pour continuer de croire que le Maroc reste droit dans ses bottes et ne marche pas sur la tête.

 

En d’autres termes, la nullité de la classe politique n’est pas une fatalité qui s’est abattue sur le royaume comme une mauvaise pluie. Cette nullité n’est pas le fruit du hasard mais d’une politique et de certains choix qui ont été effectués il y a quelques années de cela.

 

L’idée qui dit «ils sont tous nuls, ils ne servent à rien» est elle-même une hérésie. Tous les partis politiques et toutes les femmes et les hommes qui les animent ne sont pas nuls. On ne va pas mettre tout le monde dans le même sac. On ne va pas les enterrer et les oublier.

 

Ailleurs, dans le monde évolué, la crise politique est liée à la crise des idéologies. Tous les «ismes» (socialisme, libéralisme, etc) vont mal. Ils n’ont plus de prise sur la société et auprès de la jeunesse. La gauche et la droite ont perdu ce lien social qui les faisait triompher. C’est pour cela que l’on se retrouve avec des Macron et des Trump, qui ne sont ni de droite ni de gauche.

 

Le cas du Maroc, comme celui d’autres pays du sud, est différent. Nous n’avons pas été capables, pas encore, malgré 60 ans et des poussières d’indépendance, de produire une élite politique qui sert le pays et, surtout, qui le représente.

 

La génération des Bouabid, El Fassi, Boucetta, n’a que très peu participé à la gestion du pays. Cette génération, pourtant compétente et populaire, a été combattue et empêchée de gouverner. Une génération quasi sacrifiée, qui a surtout exercé à l’opposition, quand elle ne peuplait pas les prisons du royaume.

 

Il faut quand même le rappeler: pendant que les Bouabid, Youssoufi et les autres brillaient de mille feux, prêts à servir leur pays, l’Etat choisissait, délibérément, de les marginaliser pour aller puiser dans le panier des technocrates, en prétendant que la classe politique était soi disant nulle…

 

Surtout, et depuis les années 1980, le Maroc, ou l’Etat, a souvent cherché à noyer le poisson en créant de fausses élites, généralement dociles et incompétentes.

 

L’idée que nos représentants ne représentent qu’eux-mêmes est née de ce choix terrible de marginaliser les compétences et d’encourager la médiocrité. L’Etat est largement responsable de cette situation. C’est l’Etat qui a produit le système politique qui a, à son tour, engendré la classe politique que l’on a entre les mains (j’allais dire sur le dos !) aujourd’hui.

 

On ne va pas, non plus, déresponsabiliser le citoyen. Parce que, la moitié du temps, ce citoyen ne vote pas, vote mal ou se laisse corrompre par le premier venu. Quand il ne «démissionne» pas et dit: faites sans moi, je ne suis pas concerné !

 

Personnellement, j’ai connu, c’est une chance, suffisamment de militants sincères et de cadres politiques compétents, et de tous bords, des gens de qualité et qui n’ont été que trop rarement récompensés de leur engagement. Ils sont tous nuls ? Allons, allons.   

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