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Karim Boukhari
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Tant que la loi autorise la polygamie…

Par Karim Boukhari le 18/04/2015 à 21h30 (mise à jour le 19/04/2015 à 11h55)

Si la polygamie pose problème, il faut l’abolir. Le Maroc y gagnerait beaucoup.

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Une grande hypocrisie entoure l’affaire Lahbib Choubani – Soumia Benkhaldoun. Que les intéressés m’excusent d’employer le mot affaire, il est déplacé. C’est une non affaire. C’est leur affaire. Ils n’ont violé aucune loi. Le problème, c’est la loi, et cette loi il faut la changer.


Récapitulons : une rumeur se répand en traînée de poudre, faisant état d’une histoire d’amour entre deux membres du gouvernement. C’est plutôt mignon, on se croirait en Suède ou au pays des merveilles, là où l’amour est roi. Et puis la rumeur se précise et les deux amoureux sont obligés de sortir de la forêt. Ils décident d’annoncer leurs fiançailles, suite logique de leur histoire. Oui, mais lui est marié. Que dit la loi ? Qu’un homme marié peut avoir une deuxième épouse si la première est d’accord, et s’il est capable d’assurer les besoins des deux foyers. Ces conditions étant remplies, l’homme, accompagné de sa première épouse, court demander la main de sa future deuxième épouse. Fin de l’histoire.


Chaque année, d’après les statistiques les plus récentes, environ un millier de Marocains deviennent polygames. La loi les y autorise. Que dit encore la loi ? Que si la première épouse ne bénit pas la deuxième union de son époux, elle peut…demander le divorce. Demander n’est pas obtenir.


Bien sûr, si l’histoire relatée plus haut fait tant parler, c’est que le polygame est ministre. Et la deuxième épouse aussi est ministre. Leur action a donc valeur d’exemple. Elle peut encourager une pratique que le Maroc est censé combattre. Une pratique qu’il faut appeler par son nom : archaïque.


En clair, l’exemple Choubani - Benkhaldoun devient un mauvais exemple. Un très mauvais exemple. Et pour rester dans les mauvais exemples venant d’en haut, il faut rappeler que Lahbib Choubani n’est pas le seul polygame dans le gouvernement marocain. D’autres ministres le sont déjà. Quant à Soumia Benkhaldoun, je crois bien que c’est la première ministre marocaine à accepter le statut si particulier de deuxième épouse. Dans son genre, elle vient de réaliser une première.


Quelque soit le bout par lequel on prend cette histoire, on voit bien que l’on n’a pas affaire à un problème isolé mais à un phénomène de société. Cela veut dire que le problème n’est pas dans le couple de ministres mais ailleurs.


Aux yeux de l’Etat, la polygamie a toujours représenté une sorte de cas de conscience. Comment interdire ce que Dieu a autorisé ? La Tunisie de Bourguiba avait osé le faire dès l’indépendance, en interdisant clairement la polygamie. Ce pays reste l’exception arabe. Sur cette question comme sur d’autres liées au statut de la femme, le Maroc a entamé un virage libéral depuis quelques années. En 2004, la réforme du Code de la famille (Moudawana) a résolu à moitié le problème de la polygamie. Elle n’a pas interdit la pratique mais compliqué la procédure. Ce qui a réduit le nombre des nouveaux polygames. Mais réduit seulement.


La morale de l’histoire est simple : tant que le législateur marocain n’interdit pas clairement la polygamie, il y aura toujours de nouveaux polygames.
Il faut donc savoir ce que l’on veut. Ceux qui attaquent aujourd’hui le couple Choubani - Benkhaldoun se trompent d’adversaire. Les deux ministres n’ont violé aucune loi, laissons-les en paix et respectons leur choix de vie. Mais si l’on ne veut plus de cet archaïsme appelé polygamie, il faut tout bonnement l’interdire.
Alors est-on prêts, enfin, pour abolir la polygamie ?
 

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