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Fouad Laroui
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Convertis et pseudo-convertis

Par Fouad Laroui le 30/05/2018 à 14h05

Distinguons les vrais convertis des pseudo-convertis cocotte-minute qui polluent le débat.

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Est-il besoin de commencer par préciser que je suis favorable à toutes les conversions, dans tous les sens, ici et ailleurs, pourvu qu’elles soient le résultat d’une démarche personnelle, paisible et mûrement réfléchie? La liberté de conscience, c’est cela. Chaque individu a le droit de croire ce qu’il veut, ou de ne croire en rien. Qui sommes-nous pour le lui interdire? Et d’abord, peut-on interdire à quelqu’un de penser, de croire, de rêver?

 

Pour ce qui est des conversions à l’islam, puisque c’est celles-là qui agitent le monde en ce moment, en voici quelques cas hautement respectables: 

 

Vincent Monteil (1913-2005), saint-cyrien, arabisant, “orientaliste’’ (dans le bon sens du terme), participa à la campagne de Tunisie avec les goums marocains en 1943. En 1945, il regagna le Maroc au terme d'une longue convalescence. Cet humaniste était lié par une profonde amitié à Louis Massignon (sans aucun doute le meilleur connaisseur de la mystique musulmane). Bref, lorsqu’il se convertit à l’islam, à l’âge de soixante-quatre ans, Monteil connaissait son sujet mieux que quiconque. On peut donc parler de vraie conversion.

 

C’est également le cas de Eva de Vitray (1909-1999). Cette dame d’une haute spiritualité fut docteur en islamologie et chercheuse au CNRS. Elle a publié une bonne quarantaine d’ouvrages. Elle fut aussi une disciple attentive du maître soufi marocain Sidi Hamza al Qâdiri al Boutchichi (qu’elle rencontra par l’intermédiaire de l’ami Faouzi Skalli). Eva de Vitray était née dans une famille catholique. Elle aussi était une amie de Louis Massignon. Elle découvrit l’islam en lisant le livre d’Iqbal intitulé Reconstruire la pensée religieuse de l'islam mais ce fut surtout sa découverte du soufisme à travers le grand mystique musulman Jalâl ud Dîn Rûmî qui provoqua sa conversion. De 1969 à 1973, elle fut détachée au Caire en tant qu’enseignante à Al Azhar. Elle est enterrée à Konya, face au mausolée de Rûmî. Elle écrivit un jour : «J’ai essayé de faire connaître ce que je crois être le vrai visage de l’islam. Les principes de l’islam font appel à l’amour, à la tendresse et à l’universalisme.»


On pourrait continuer longtemps, évoquer Maurice Béjart, converti à l’islam en 1973 après une longue réflexion (même s’il déclara un jour: “Le verbe se convertir ne me convient pas’’); Michel Chodkiewicz (né en1929), philosophe, grand connaisseur du soufisme et qui dirigea les éditions du Seuil à Paris pendant plusieurs années. A l’École des hautes études en sciences sociales, il anima des séminaires sur la pensée d’Ibn Arabî. (Sa fille Claude Addas poursuit avec brio ses recherches sur le grand soufi andalou.) La conversion à l’islam de Chodkiewicz fut l’aboutissement d’une recherche personnelle, intense, nourrie de lectures et de réflexions.

 

Et puis… et puis, il y a les autres.

 

Il y a les pseudo-convertis, genre gamine bretonne ou flamande, d’intelligence médiocre, presque illettrée, soi-disant “convertie’’ pour les beaux yeux d’un Rachid ou d’un Kamel, et qui va se faire exploser quelque part– “se faire exploser quelque part’’ étant, comme chacun sait, un des piliers de l’islam, entre le jeûne et l’aumône. 

 

Il y a des Kevin qui veulent emm… er au maximum leurs parents– et quoi de plus effrayant que de mettre un kamis (comme Oscar le fantôme), se laisser pousser une barbe jaune sale et venir éructer dans le salon familial, à Trifouilly-les-oies: «Oh les vieux, chuis devenu musulman!»

 

Il y a ce repris de justice, l’air niais et la vue basse, qui assassine au hasard des gens dans les rues de Liège en braillant Allahou akbar! Il paraît qu’il se serait “converti’’ en quinze jours… Quinze jours! Si on disait aux commentateurs qui hantent les plateaux de radio et de télé qu’un adolescent avait grandi de 30 cm en quinze jours, ils hausseraient les épaules: «Impossible!» Mais “se convertir’’ en deux semaines, là, ils ne voient pas l’impossibilité.

 

Bref, il s’agit d’une opération de salubrité publique: distinguons désormais clairement les vrais convertis du genre Monteil ou Eva de Vitray, dont l’acte spirituel fut longuement mûri et précédé d’une étude rigoureuse des religions, et les pseudo-convertis cocotte-minute qui polluent le débat.

 

Soyons tous vigilants et “réactifs’’, comme on dit. Quand on nous dira: «Cet attentat a été commis par un converti…», coupons immédiatement la parole au finkielkraut de service:

 

– Non, Monsieur, ce n’est pas un converti. C’est un pseudo-converti. Autrement dit, ce n’est pas un converti mais un con– tout court.