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Fouad Laroui
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Poly-amour et polygamie

Par Fouad Laroui le 29/11/2017 à 12h09 (mise à jour le 29/11/2017 à 12h21)

"Il faut tout un village pour élever un enfant", dit le proverbe africain. Ici, ce sera bientôt: "il faut toute une ville pour faire un bébé".

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C’est un étudiant qui a levé le lièvre.
– Monsieur, me demanda-t-il hier pendant un cours sur le Maghreb, pourquoi la polygamie est-elle vue comme une marque d’arriération alors que le poly-amour est considéré comme quelque chose de chic, de moderne, de "tendance"?

 

Pardon? Je n’avais rien compris à sa question. Il me l’expliqua posément. Il y a actuellement une nouvelle revendication dans la société néerlandaise, celle de gens qui ne vivent pas en couple mais en "trouple": un homme et deux femmes, une femme et deux hommes, trois femmes, trois hommes ("… dans un bateau", me dis-je in petto en me souvenant du merveilleux petit roman de Jerome K. Jerome).

 

Je cachai difficilement ma stupéfaction (un professeur a souvent tendance à feindre qu’il sait tout…). Puis je me souvins que l’écrivain Arthur Japin, mon voisin, vivait en "trouple". Mais je croyais que c’était une aberration, un hapax, comme le loup blanc ou le lion végétarien.

 

– Pas du tout, affirma l’étudiant, les "trouples" se multiplient, s’organisent, redoublent de férocité. Ils commencent leur lobbying auprès des partis politiques et des médias.
–  Mais que réclament-ils?
–  Eh bien, par exemple, si l’un des trois tombe enceinte…
–  Espérons que c’est une femme.
–  … alors les trois éléments du "trouple"…
–  Joli pléonasme.
–  … veulent être considérés comme parents.

 

Je crois être assez ouvert d’esprit, tolérant, pour la paix des ménages fussent-ils troubles ou même "trouple", mais je dois avouer que j’étais plutôt estomaqué. Car mes lointaines études de maths m’ont appris au moins une chose, c’est que l'arithmétique est irréfutable: après 3 vient 4 puis 5, etc. Si on accorde à chacun des trois membres d’un "trouple" le beau titre de parent, comment le refuser aux quatre pôles du “quadrouple“, au club des cinq, au clan des sept, etc.?

 

"Il faut tout un village pour élever un enfant", dit le proverbe africain. Ici, ce sera bientôt: "il faut toute une ville pour faire un bébé."

 

L'étudiant continua:
– Ils justifient leur revendication au nom du poly-amour.
– Quel polymère ?
– Non, le “poly-amour“, le droit d’aimer plus d’une personne à la fois.

 

La discussion s’emballa. Les étudiants étant en général de doux rêveurs qui fonctionnent sur le mode du "et alors?", "et pourquoi pas?", la plupart furent d’avis que, ma foi, vive les "trouples", vive le poly-amour et accordez-leur ce qu’ils veulent.

 

Cependant l'étudiant qui avait lancé l’affaire n’en démordait pas: pourquoi cette nouvelle lubie était-elle ‘in’, ‘chic’, moderne et aérodynamique, alors que la polygamie, bah, pouah, fi, c’est un truc de musulmans, de Noirs, d’Arabes, une aberration à interdire d’urgence?

 

Je vais vous faire un aveu, amis lecteurs: je n’ai pas la réponse. Et vous?