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Voyage au Moyen-Atlas: III- Une ferme pas comme les autres

Par Péroncel-Hugoz le 04/11/2016 à 12h00

Azrou

Azrou : verger bio de la Ferme Lahrizi

© Copyright : DR

Toujours dans l’Atlas, notre chroniqueur, après les fantômes de Toumliline et les tourelles d’Azrou et Ifrane, nous plonge en plein «paradis agricole».

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Après les esprits volatils de Toumliline et les énormes maçonneries d’Ifrane et Azrou, je suis allé me changer les idées au douar d’Aït-Ali, près d’Azrou, dans une ferme. Une vraie ferme, avec des poulets dans la cour, d’épais vergers de tous les fruits de la région, des carrés d’oignons, de fraises ou de pommes de terre. Et aussi des lavandes et des verveiniers (louiza en arabe marocain).

 

Le fermier est Si Abdellah Lahrizi, un fils du pays mais qui est allé se former comme guide de montagne en Suisse d’où il a ramené sa femme. Depuis 2014, le couple a fait de sa propriété agricole une «ferme d’hôtes» où quelques chambres au confort moderne attendent les voyageurs qui sont nourris, et ça c’est capital, avec les produits bio de ces «Jardins d’Azrou», expérience encore très rare dans le Moyen-Atlas et qui devrait faire école à travers le Royaume ;  le «Maroc vert» doit avoir un volet touristique pour répondre à la demande quasi-universelle d’air et d’aliments sains.

 

REVENIR À KRIFLA POUR DE BON

Il y a même urgence à encourager ces fermes d’hôtes bio si on veut que la Chérifie redevienne vraiment comme un tableau du vieux peintre «rural» de Taza, Si Ahmed Krifla, et qu’elle n’aie pas ses riches terres agricoles peu à peu empoisonnées par pesticides et engrais chimiques lesquels, contrairement à ce que répètent les rapports intéressés d’«experts» de l’Union européenne, ne sont pas «inoffensifs».

 

Un habitant de la campagne environnante, non loin d’Azrou, pas agriculteur mais observateur désintéressé nous dit: «Le tenancier ou même le simple ouvrier agricole, pas ou mal formés, poussés par le système agro-financier, en viennent à surtraiter leurs surfaces avec des pesticides de toutes sortes, diffusant peu à peu, sans le savoir, des germes fatals dans l’organisme de nombreux consommateurs de produits de la terre.

 

On en est déjà au Maroc au stade où la plupart des pommeraies non bio reçoivent quatre traitements chimiques par récolte ; en France, dans le Val de Rhône, les pommes Golden ou Gala en sont déjà, elles,  à dix-sept traitements par fruit …

 

LE CRI D’UN MAGHREBOLOGUE

Le très modéré nord-africaniste, historien pondéré du Maroc où il vient souvent sur le terrain, Pierre Vermeren, est allé jusqu’à écrire en 2015: «les forêts, en particulier les cédraies de l’Atlas, vieilles d’un millénaire, les carrières, le lit des rivières, les plages, le gibier, les poissons de mer, les nappes phréatiques, (etc.) sont à notre époque, au Maroc, l’objet de prédations sauvages ou privatives. Le domaine public est la première victime de cette prédation».

 

Oui, il y a urgence, pour que s’épanouisse un «Maroc vraiment vert» avec le moins possible de produits nocifs pour l’homme, avec une protection accrue – et impitoyable – du patrimoine naturel. Non, l’industrialisation, n’est pas la panacée, même si elle est nécessaire, et d’ailleurs elle se fait, de Tanger à Safi!

 

Mais elle n’est pas du tout suffisante, comme l’a prouvé la catastrophe économique du voisin algérien qui a laissé péricliter sa belle agriculture au profit d’une industrialisation, finalement décevante à bien des égards. Il n’y a pas d’avenir pour les pays ne disposant pas d’une agriculture saine et ne préservant pas leurs ressources naturelles.

( à suivre)

 

Voir : www.lesjardinsdazrou.com

 

Prochain article de cette série atlassique: Un ermite littéraire 

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