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Imaginons…

Par Tahar Ben Jelloun (@Tahar_B_Jelloun) le 05/03/2018 à 13h44

Imaginons un Maghreb aux frontières ouvertes. Les peuples seraient particulièrement heureux de pouvoir circuler d’un pays à l’autre sans se faire contrôler ou suspecter. L’Europe, avec sa cour de justice et ses assemblées, ne trouvera plus rien à dire sur les eaux territoriales.

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Entre l’Union européenne et le Maroc, il y a plus que des malentendus. Cette Europe qui s’est agrandie vite et mal, intégrant des pays de l’ex-Yougoslavie ainsi que des pays de l’Est, qui étaient sous la coupe de l’Union soviétique et qui aujourd’hui prennent des positions de plus en plus anti-européennes, cette Europe, dès qu’il s’agit d’un pays du Maghreb, rehausse des lunettes qui ne laissent rien passer, voire la rend intransigeante au point d’ignorer que le Maroc, comme tout Etat indépendant et fier de son identité, n’acceptera jamais qu’on touche à son intégrité territoriale. Question certes de diplomatie sous l’œil culpabilisant de l’Algérie qui s’acharne sur notre pays avec une constance triste et désespérante.

 

La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) décide d’exclure une partie des eaux territoriales du Maroc dans le projet d’un accord de pêche. Une façon de suivre à la lettre le canevas onusien qui laisse les provinces du sud du Maroc en suspens, une façon détournée de satisfaire les vœux algériens. Cette cour a pour argument le fait que cet accord –celui qui était en cours jusqu’à dernièrement–«viole le droit du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination». Rengaine fabriquée à Alger.

 

Durant des décennies, le Maroc a été quotidiennement pillé par des bateaux de pêche venus du monde entier. N’ayant pas les moyens techniques d’empêcher ce vol caractérisé, à aucun moment cette union et sa cour n’ont essayé de protéger les eaux territoriales de notre pays. En plus des Japonais et des Russes, il y avait aussi des pays européens qui venaient se servir en poisson utilisant des techniques sophistiquées qui prenaient le maximum de butin sans jamais penser qu’ils étaient en train de voler les richesses d’un pays et d’un peuple.

 

Aujourd’hui la rigueur et l’exigence européennes excluent les provinces du sud du projet d’accord.

 

Ainsi l’Europe s’est autorisée à oublier certaines de ses valeurs en traitant les pays du sud avec une fermeté qu’elle n’emploie pas vis-à-vis de la politique anti-européenne de la Pologne et de la Hongrie.

 

Le gouvernement marocain a réagi avec fermeté. Pas question de faire la moindre concession sur son intégrité territoriale. Tout en affirmant continuer à collaborer avec l’union européenne, il a rejeté la décision du CJUE.


Cet épisode est une obsession chez certains Etats qui, pour plaire à notre voisin, s’entêtent à remettre systématiquement en cause la question des provinces marocaines du sud. C’est le même scénario qui se répète en prenant chaque fois un aspect différent. En fait, si toutes les guerres ont eu lieu pour une question de territoire, le Maroc, grâce à une sagesse particulièrement tenace, refuse de céder à la facilité et entrer ainsi dans l’engrenage d’un conflit armé avec l’Algérie. La diplomatie marocaine a de tout temps mis cette question au-dessus de toutes les autres préoccupations. Imaginons. Imaginons un règlement définitif de ce conflit fabriqué de toute pièce par le président Boumédienne et son ministre des affaires étrangères de l’époque, Aziz Bouteflika. Leur haine du Maroc les avait aveuglés au point de renier leurs propres promesses et d’oublier combien notre pays a été utile durant leur guerre d’indépendance.

 

Imaginons le gros budget consacré à la préservation de l’intégrité territoriale, dirigé vers l’éducation et la santé, deux secteurs qui souffrent pour de multiples raisons. Imaginons, la paix revenue sur nos frontières et l’Algérie acceptant de se consacrer à consolider l’Union du Maghreb et à collaborer avec les autres pays de la région dans un esprit d’union et de solidarité. Imaginons un Maghreb aux frontières ouvertes, hospitalières, communicantes. Les peuples seraient particulièrement heureux de pouvoir circuler d’un pays à l’autre sans se faire contrôler ou suspecter. L’Europe, avec sa cour de justice et ses assemblées, ne trouvera plus rien à dire sur les eaux territoriales marocaines et ne cherchera plus à faire comme si les provinces du sud de notre pays n’appartiennent pas au Maroc.

 

Imaginons. Cela rappelle la jolie chanson de John Lennon, reprise avec chaleur et beauté par la grande Joan Baez. Imagine… Oui, c’est du rêve, de l’utopie, de la poésie. Mais sans la poésie, nous ne gagnerons aucun combat.