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Natalie Portman se met à dos Israël

Par Tahar Ben Jelloun (@Tahar_B_Jelloun) le 23/04/2018 à 12h00

On attend que les plumes de ceux qui crient haut et fort pour protester contre la violation des droits de l’Homme s’expriment sur ce terrorisme d’Etat qui consiste à tirer sur une foule désarmée. En France, leur silence relève d’une complicité passionnelle avec tout ce que fait l’Etat d’Israël.

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L’actrice américaine de 36 ans, née à Jérusalem, Natalie Portman, vient de refuser de se rendre en Israël pour recevoir au mois de juin le Genesis Prize, appelé souvent «Le Nobel juif», parce qu’elle a été horrifiée par ce qui se passe depuis quelques semaines à la frontière de Gaza où des Palestiniens manifestent pacifiquement contre l’occupation de leurs terres. L’armée a reçu ordre de tirer à balles réelles sur les manifestants. A ce jour, on compte 40 morts et des centaines de blessés parmi les Palestiniens. Des balles spéciales qui ne font pas que des trous dans le corps mais explosent à l’intérieur et brisent tout sur leur passage. Quand elles atteignent les jambes, l’amputation est obligatoire.

 

Natalie Portman est connue pour être très attachée à son pays natal, sioniste, dénonce souvent l’antisémitisme qui sévit en Europe. Elle vivait en France avec son mari le danseur et chorégraphe Benjamin Millepied; elle a dû quitter ce pays parce qu’elle ne supportait plus les agressions contre les juifs.

 

Là, elle a fait fort. Sa décision de boycotter la cérémonie de remise du prix a été largement commentée en Israël. La ministre de la Culture Miri Regev l’a accusée de faire partie du mouvement de boycott d’Israël le BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanction). Mais Natalie Portman n’a jamais caché son opposition au Premier ministre Netanyahou. Elle a déclaré en 2015 «je trouve sa rhétorique raciste horrible».

 

Doté d’un million de dollars, le Genesis Prize récompense une personnalité dont la réussite et l’engagement envers la communauté juive sont «une source d’inspiration». Parmi les derniers lauréats, l’ancien maire de New York Michael Bloomberg, l’acteur Michael Douglas et le sculpteur indien Anish Kapoor.

 

C’est un coup dur porté à la politique meurtrière et raciste de Netanyahou même si la presse française a minimisé l’impact psychologique de cette décision. Des soldats, hélas pas très nombreux, ont refusé de tirer sur des manifestants non armés. Des militants pour la paix en Israël s’opposent à ces agressions qui prouvent qu’Israël applique le système de l’apartheid sans le nommer.

 

Efraïm Halevy, l’ancien chef du Mossad reconnaît dans un entretien au Monde (22-23 avril 2018) que «la situation est intenable pour les deux millions de personnes à Gaza. Nous n’avons jamais quitté Gaza. Nous contrôlons l’espace aérien, maritime, les frontières, l’électricité… On paye un prix lourd.»

 

Depuis le 30 mars, des Palestiniens de Gaza tentent une «marche du retour» dans le but de retourner dans les terres de leurs parents ou grands-parents. Chose normale. Sauf qu’ils sont en face de la plus puissante armée de la région. Il y a une quarantaine d’années, le grand cinéaste franco-grec Costa Gavras a tourné Hanna K., un film qui raconte l’histoire la plus simple du monde : un jeune homme aux yeux bleus tente de revenir dans la maison d’où ses parents ont été expulsés en 1948. Une avocate américaine décide de défendre son dossier. Evidemment, le jeune homme ne réussira pas à récupérer sa maison natale. Il est Palestinien. La maison est occupée par des juifs venus d’ailleurs. C’est la loi du fait accompli.

 

Le film fut sévèrement rejeté par une grande partie de la critique française et les amis de Costa Gavras, comme Yves Montand, Simone Signoret et Jorge Semprun lui firent la morale, considérant qu’on ne doit pas toucher à ces sujets et ne pas faire mal à Israël. «Alors, vous n’admettez pas que ce peuple, qui a tant souffert et tant subi de massacres, ait le droit de revenir chez lui, après cinq mille ans de fuite et de pogroms?...».  Ainsi ce qui est valable pour les uns est interdit aux autres!

 

Le film est resté dans des tiroirs des décennies. Il vient de ressortir dans un coffret où l’on trouve l’ensemble des films du cinéaste. Costa Gavras relate ce triste épisode dans son autobiographie qui vient de sortir aux Editions du Seuil: Va où il est impossible d’aller.

 

Ce film est aujourd’hui d’une brûlante actualité. Il faut le voir et constater que le peuple palestinien, malgré ses erreurs et ses déchirures, est toujours là, résistant.
Israël considère que ceux qui résistent sont des terroristes. Il agit comme Bachar al Assad pour qui tout opposant est un terroriste à éliminer.

 

On attend que les plumes de ceux qui crient haut et fort pour protester contre la violation des droits de l’Homme s’expriment sur ce terrorisme d’Etat qui consiste à tirer sur une foule désarmée. En France, leur silence relève d’une complicité passionnelle avec tout ce que fait l’Etat d’Israël.

 

Le boycott de la remise du Prix Genesis par Natalie Portman devrait les faire réfléchir. Tout en étant une Israélienne patriote, elle a osé dénoncer la politique criminelle de Netanyahou, prenant ainsi des risques de voir sa carrière sabotée et boycottée par les gros producteurs hollywoodiens.

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