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Mouna Lahrech
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Manipulateurs du peuple

Par Mouna Lahrech le 13/12/2018 à 11h01 (mise à jour le 13/12/2018 à 18h28)

-Allô, Mouna Lahrech? Nous sommes un groupe de musulmans. Nous avons lu votre article sur les juifs. Vous avez intérêt à arrêter immédiatement, espèce de p…, ch…

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C’est bien simple: je déteste les islamistes.

 

C’est en faisant régner la terreur, ou en se jouant, par une séduction manipulatrice, de millions d’esprits crédules, qu’ils ont amené leur perception extrémiste de l’islam dans l’espace public, puis politique, alors que toute religion ne devrait relever –ou pas- que de l’intime.

 

Cette semaine, avec le déclenchement de l’affaire Abdelali Hamieddine, du nom de ce cador du Parti de la Justice et du Développement (PJD -les islamistes au gouvernement, quoi) soupçonné d’avoir froidement assassiné un étudiant d’extrême-gauche en 1993, à Fès, des scènes terrifiantes se sont bousculées dans mon esprit.

 

Scènes vécues lors de la pratique de mon métier de journaliste.

 

Je vous en livre deux.

 

2005. Je m’endors du sommeil du juste, une sieste bien méritée, un samedi après-midi, après une dure semaine de labeur. J’avais notamment écrit un texte poignant sur les us et coutumes de nos juifs marocains d’autrefois, aujourd’hui dans leur immense majorité exilés de cette terre, la leur, qui les a accueillis durant 3000 ans, et vivant, toujours résolument Marocains, aux quatre coins du monde, tout particulièrement en Israël.

 

Mon téléphone sonne. Je décroche. Une voix sifflante, menaçante, retentit:

 

"- Allô, Mouna Lahrech?
- Oui.
- Nous sommes un groupe de musulmans. Nous avons lu votre article sur les juifs. Vous avez intérêt à arrêter immédiatement, espèce de p…, ch…

 

(Je l’interromps brutalement, et hurle de rage, de toute la force de mes poumons).

 

- Espèce de pauvre âne bâté (hmar, insulte suprême en darija), paysan des plaines (‘roubi dial l’khla, autre insulte suprême), tu oses m’appeler encore une fois et c’est directement à la police que je me rends!"

 

Je raccroche, je me rendors (il n’a plus jamais osé rappeler, quand je hurle, ça déménage). Il faut dire qu'à cette période-là, où les touffus montaient en puissance au Maroc, je n’avais pas été la seule journaliste ou artiste, voire écrivain, à avoir subi des menaces de leur part.

 

2007. Un homme au français hésitant, psychiatre de son état, dans le même temps secrétaire général du PJD, parti islamiste promis, à cette période-là, à mener pour la première fois dans l'histoire du Maroc la future coalition gouvernementale, nous reçoit à Rabat, le directeur de la publication pour laquelle je travaillais alors, le photographe, et moi, armée de mon cahier de notes et de mon dictaphone.

 

Je le dis avec beaucoup de recul, aujourd’hui, en 2018: cet homme a usé de sa science pour tenter de me manipuler. Afin d’essayer de saborder cette interview qu’il ne nous avait accordée que de très mauvaise grâce.

 

La bande sonore, aujourd’hui disparue (ça fait un bail) aurait pu en attester.

 

Cet homme m’avait servi de longs monologues sans queue ni tête, des passages qui n’avaient aucun sens, que j’avais par la suite intégralement retranscrits.

 

Je les avais enlevés, ces fameux passages, et j’avais publié ce qui a très certainement été l’interview la plus terrifiante, la plus pessimiste, la plus extrémiste, qu’il m’ait été donné de livrer à mes lecteurs.

 

Cet homme a doucereusement tenté, durant tout le temps qu’a duré cette interview, de me manipuler, avant de me donner, une fois l’entretien terminé, un livre qu’il avait écrit, dont je me suis par la suite débarrassée, alors que j’ai tant de respect pour les bouquins qu’on m’offre.

 

Mais je me souviens bien de la graphie de ses prénom et nom sur la couverture.

 

Saâd Dine El Otmani a désormais revêtu des oripeaux «clean» et s’est paré d’un pompeux «Saâd Eddine El Othmani», pour s’emparer du premier maroquin gouvernemental.

 

M. El Otmani, je vous l’écris publiquement: je vous déteste.

 

En 2007, vous avez tenté de vous jouer de mon esprit, comme vous (et vos comparses) vous jouez aujourd’hui, et depuis des décennies, de la crédulité du peuple de notre pays.

 

L’idée principale que vous véhiculez?

 

«Bon peuple, nous pouvons développer le Maroc en nous laissant pousser des poils sur le visage, ou en les dissimulant sous un fichu».

 

Dite comme cela, cette idée semble stupide.

 

C’est pourtant ce que vous avez réussi, avec vos acolytes, à faire accroire à votre électorat.