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Charles Aznavour, le doyen de la chanson française

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Charles Aznavour n'est plus

Par Le360 le 01/10/2018 à 14h14 (mise à jour le 01/10/2018 à 15h34)

Charles Aznavour est décédé à l'âge de 94 ans. Auteur-compositeur-interprète, acteur et écrivain français, le défunt lègue un patrimoine lyrique riche et diversifié.

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Charles Aznavour, né Shahnourh Varinag Aznavourian le 22 mai 1924 à Paris, n'est plus. Le dernier des géants de la chanson française et son inlassable ambassadeur à travers le monde, s'est éteint dans la nuit de dimanche à lundi à l'âge de 94 ans.

 

Auteur-compositeur-interprète, acteur et écrivain français d'origine arménienne, Charles Aznavour a écrit plus de 1300 chansons et en a enregistré plus de 1400, il a chanté en huit langues et vendu plus de 180 millions d'enregistrements.

 

Il rêvait de chanter jusqu'à cent ans la vie, l'amour, la nostalgie, le temps qui passe. 

 

C'est dans les Alpilles, dans le sud-est de la France où il aimait tant se reposer, que Charles Aznavour s'est éteint, suscitant une vague de tristesse chez ses admirateurs de toutes générations.

 

"C'est un accompagnateur de nos vies. J'ai l'impression que j'ai survécu en entendant des chansons de Charles Aznavour...", a réagi Alain Souchon sur RTL.

 

"Le vrai boss vient de nous quitter. Un guide, un maître, je vous aime Charles. Dur de ne pas pleurer. Hasta pronto señor Champagne", a tweeté Benjamin Biolay.

 

"Définitivement en haut de l'affiche... Au revoir Monsieur Charles Aznavour", a pour sa part commenté DJ Snake, un des artistes français les plus courtisés à l'étranger.

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Tel Benjamin Button, le personnage créé par Francis Scott Fitzgerald, né vieillard et qui vécut toute sa vie en rajeunissant avant de mourir nourrisson dans "L'étrange histoire de Benjamin Button", Aznavour semblait prendre un bain de jouvence ces dernières années à chaque tour de chant.

 

Avec toujours le même miracle: il débutait ses concerts la voix rouillée et le corps fragile, mais les concluait léger comme une plume et le pas dansant, devant son prompteur devenu indispensable.

 

Inépuisable, le chanteur aux plus de 70 ans de carrière avait repris la scène en septembre avec deux concerts au Japon et s'apprêtait à repartir en tournée cet automne avec plusieurs dates en France.

 

Ces derniers mois pourtant, l'inusable avait dû annuler quelques représentations. D'abord en avril à Saint-Pétersbourg, victime d'un tour de reins. Puis en mai, en raison d'une fracture de l'humérus gauche, après une chute. Une accumulation de pépins qui le ramenaient subitement à sa condition de mortel.

 

"Je ne suis pas vieux, je suis âgé. Ce n'est pas pareil", se plaisait-il à nuancer, auprès de l'Agence France Presse. Une façon espiègle de défier le poids des années pour celui dont le couronnement artistique est venu assez tardivement, à 36 ans, le 12 décembre 1960 à l'Alhambra.

 

Ce soir-là, il donna le concert de la dernière chance devant le tout Paris ainsi que des critiques, qui ne croyaient pas en son talent scénique et raillaient sa voix. Et "l'enroué vers l'or" mit tout le monde d'accord avec sa performance habitée de "J'me voyais déjà", qui raconte les illusions perdues d'un artiste.

 

Jusqu'alors, Aznavour avait pourtant connu le succès avec "Parce que", "Le palais de nos chimères", "Sur ma vie", "Sa jeunesse".

 

Il écrivait aussi pour les plus grands, Juliette Gréco, Gilbert Bécaud, Edith Piaf qui le soutint ardemment et fut un de ses "quatre points cardinaux avec Charles Trénet, Constantin Stanislavski et Maurice Chevalier".

 

"Il a osé chanter l'amour comme on le ressent, comme on le fait, comme on le souffre", dit de lui Chevalier dans les pas duquel il a fini par marcher aux quatre coins du monde, devenant à son tour l'ambassadeur de la chanson française. Une renommée appuyée par ses 180 millions de disques vendus.

 

Pourtant rien ne fut acquis pour Shahnourh Varinag Aznavourian, né le 22 mai 1924 à Paris de parents arméniens.

 

"Quels sont mes handicaps? Ma voix, ma taille, mes gestes, mon manque de culture et d'instruction, ma franchise, mon manque de personnalité. Les professeurs m'ont déconseillé de chanter. Je chanterai pourtant, quitte à m'en déchirer la glotte", écrira-t-il dans son autobiographie "Aznavour par Aznavour" (1970).

 

Sa détermination, son talent et, comment les ignorer, ses tubes intemporels comme "La Bohème", "La Mamma", "Comme ils disent", "Mes emmerdes" permettront finalement à cet homme de taille modeste de renverser les montagnes, lui qui n'a jamais hésité à protéger les jeunes pousses, comme Johnny Hallyday à qui il fit cadeau de "Retiens la nuit".

 

Même s'il n'avait plus sorti de grande chanson depuis une trentaine d'années, Aznavour a entretenu son mythe par la scène, dans les salles les plus prestigieuses du monde. Comme une revanche sur tous ceux qui ne lui prédisaient aucun avenir et qui "sont tous morts depuis longtemps, alors que moi... je suis encore là", cinglait-il.

 

"Je voulais surtout placer ce que je savais faire, c'est différent. J'ai fait de la danse classique, de la variété, du théâtre", disait-il.

 

Et du cinéma: en quelque 80 films, il tourna avec François Truffaut ("Tirer sur le pianiste"), Volker Schlöndorff ("Le tambour"), Claude Chabrol ("Les fantômes du chapelier")...

 

Où qu'il fut, cet artiste concerné par le drame des migrants rappelait toujours son attachement à ses deux pays. "Je suis Français et Arménien, les deux sont inséparables comme le lait et le café", résumait-il l'an passé en recevant son étoile sur le "Walk of fame" à Hollywood.

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A présent, ces deux nations, mais aussi le monde pleurent un de leurs plus grands artistes.

Débutée en 1948 la carrière discographique de Charles Aznavour, a connu son âge d'or dans les années 1960 et 1970:

 

- 1955: "Sur ma vie". Premier succès avec ce 78 tours dont la face B comporte un autre futur classique, "Le palais de nos chimères". Cette année-là, Aznavour est aussi censuré pour "Après l'amour" sur l'intimité d'un couple dans "ses draps froissés".

 

- 1960: "Tu t'laisses aller". Charles brille par son cynisme avec ce titre inspiré par "La poison" de Sacha Guitry. Une scène de ménage qu'il aura mis deux ans à mettre en musique mais aussi vécue, jusqu'à divorcer cette année-là. Il écrira bien plus tard une version féminine chantée par Line Renaud et Annie Cordy.

 

- 1960: "Je m'voyais déjà". Aznavour vend beaucoup ("Sa jeunesse"), mais il n'est pas considéré comme un grand de la scène par les critiques. Lors de son concert de la "dernière chance", le 12 décembre à l'Alhambra, il force enfin son destin à 36 ans, avec cette chanson sur les illusions perdues d'un artiste.

 

- 1962: "Les comédiens". La vague yéyé a envahi la France. Aznavour y est sensible, lui qui offre "Retiens la nuit" à Johnny Hallyday. Mais il reste fidèle à sa musique et à ses thèmes comme "le métier", avec cette chanson dont la première version retoquée s'intitulait "Les étudiants". "Ca n'aurait intéressé personne", jugeait-il.

 

- 1963: "For me... formidable". Aznavour s'amuse à marier l'anglais avec le français et part à la conquête du monde. A New York, il triomphe au Carnegie Hall qu'il loue à ses frais. Bob Dylan dit de lui: "c'est ce que j'ai vu de plus beau sur scène".

 

- 1963: "La mamma". Aznavour, qui cartonne avec "Et pourtant", ne tient pas particulièrement à interpréter cette chanson écrite par Robert Gall, père de France. Elle deviendra un must de son répertoire, comme "Hier encore", "A ma fille", "Que c'est triste Venise" parues l'année suivante.

 

- 1965: "La Bohème". Chez Aznavour, plus peut-être que les refrains, ce sont les entames qui emportent l'auditeur. "Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître..." en est l'exemple parfait. Qui a oublié Charles agitant son mouchoir pendant cet hymne à la jeunesse et cette ode à la nostalgie?

 

- 1967: "Emmenez-moi". A quoi tient un tube? En voyage à Macao, Aznavour regarde de pauvres gens entassés sur un ferry et se dit que "la misère serait moins pénible au soleil". Il couche ses mots sur un carnet de notes qu'il perd peu après. Heureusement, Charles a une excellente mémoire.

 

- 1972: "Comme ils disent". Charles, dont "Mourir d'aimer" avait été inspirée par l'affaire Gabrielle Russier, une enseignante qui s'était suicidée après avoir eu une relation avec un élève mineur, chante cette fois l'homosexualité. Un sujet longtemps resté tabou, sinon pour s'en moquer, qu'il aborde avec empathie.

 

- 1972: "She". Aznavour chante depuis longtemps en anglais, espagnol, italien, allemand... Mais avec ce titre il devient n°1 au hit-parade au Royaume-Uni, en Australie, en Nouvelle-Zélande. Au total, Charles aura enregistré une quarantaine d'albums en langues étrangères.

 

- 1976: "Mes emmerdes". Musicalement, cette chanson s'ajoute à une liste déjà longue d'incontournables dans ses tours de chant. Concrètement, elle se traduit par des démêlés avec la justice pour exil fiscal.

 

- 1986: "Les émigrants". Charles, fils d'Arméniens, s'empare d'un sujet au coeur des débats. Trente ans après, il débutera ses derniers récitals avec ce titre. "Je suis devenu Français dans ma tête, dans mon coeur, dans ma manière d'être, dans ma langue. J'ai abandonné une grande partie de mon +arménité+ pour être Français. Il faut le faire. Ou alors il faut partir", dira-t-il.

 

- 1989: "Pour toi Arménie". Son pays d'origine vient d'être frappé par un terrible séisme (environ 25.000 morts), alors Charles se mobilise. Il écrit cette chanson caritative, interprétée par 87 personnalités françaises, qui reste en tête du top 50 pendant dix semaines.