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Yomeddine

Lors du tournage de "Yomeddine".

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Vidéo. Cinéma: "Yomeddine", la tendre odyssée égyptienne d'un lépreux qui charme Cannes

Par Le360 (AFP) le 11/05/2018 à 10h43 (mise à jour le 11/05/2018 à 11h32)

Tourner un film à petit budget sur un lépreux et un orphelin, en Egypte, avec des acteurs amateurs ne sachant ni lire, ni écrire... Autant de défis patiemment relevés par A.B. Shawky pour "Yomeddine", son tout premier film, en compétition au Festival de Cannes.

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Présenté mercredi soir, le long métrage a été longuement ovationné, même si certains l'ont jugé un peu trop naïf. Aucun des acteurs n'a pu faire le déplacement en raison de soucis administratifs. "Le plus dur fut qu'il s'agissait de mon premier film. Je n'avais rien à apporter aux financiers et j'avais aussi des acteurs non professionnels, dont une personne lépreuse. Tout cela était difficile à surmonter en particulier dans un pays qui ne facilite pas la tâche aux films à très petit budget", a confié Shawky, 32 ans, le plus jeune réalisateur en lice cette année pour la Palme d'or.

 

Son "road movie" sur les routes d'Egypte suit les traces de Beshay, un lépreux guéri mais toujours ostracisé, et d'un gamin orphelin, surnommé Obama. Deux rôles tenus par Rady Gamal, lépreux dans la vraie vie, et Ahmed Abdelhafiz. A la mort de sa femme, Beshay part à la recherche de sa famille, avec une carriole et un âne. Obama se joint à ce voyage improvisé. Sur la route, ils vont expérimenter la faim, la solitude mais aussi rencontrer des Egyptiens aussi en marge qu'eux, dont un cul de jatte au grand coeur.

 

Ode aux déclassés et "feel good movie", "Yomeddine" ("jugement dernier" en arabe) n'ambitionne pas d'être un film politique et évoque simultanément "Une histoire vraie", "road movie" de David Lynch, et "Elephant Man" du même réalisateur, référence assumée lors d'une scène où Beshay crie son besoin d'être enfin vu comme un humain, et non un animal.

 

 

 

"On s'attend souvent à ce que les films du Moyen-Orient soient imprégnés de politique et de religion", a souligné A.B Shawky, mais "on voulait montrer le mieux possible des gens qui essaient de s'en sortir. "Yomeddine" entend également montrer "une autre face de l'Egypte", avec un personnage principal chrétien dans un pays à majorité musulmane, et un autre nubien.

 

Le film doit beaucoup à son acteur principal Rady Gamal, touchant et étonnant de naturel. "Quand vous vivez dans une léproserie isolée, vous n'êtes pas habitué à ce que les gens vous regardent tout le temps et à être ensuite devant une caméra et une équipe de 60 personnes, les yeux braqués sur vous. Mais à la fin du tournage, il était la star", a confié le cinéaste.

 

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Né au Caire, A.B. Shawky avait réalisé un documentaire sur une léproserie il y a dix ans ("The Colony"). "C'est une maladie si ancienne, mais en voie d'être éradiquée. Ça devrait être le cas autour de 2050. Ceux qui ont contracté la maladie avant l'arrivée des traitements dans les années 80 forment donc la dernière génération", souligne-t-il.

 

Le jeune réalisateur a débuté en Egypte avant d'étudier à New York où il a eu comme professeur un certain Spike Lee, de retour cette année en compétition 27 ans après "Jungle Fever". "Je lui ai parlé avant le film mais c'était seulement une idée. J'espère le retrouver ici". Spike Lee viendra présenter lundi "BlacKKKlansman", l'histoire vraie d'un policier afro-américain infiltré parmi des membres du Ku Klux Klan.