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Industrie pharmaceutique: le Maroc en lice pour abriter le siège de l’Agence africaine des médicaments

Par Ayoub Khattabi le 31/07/2018 à 15h37

Malgré les efforts entrepris pour instaurer un système réglementaire favorable à la R&D, il existe encore des obstacles à l’exportation de produits pharmaceutiques, notamment sur le plan de la logistique, constate Oxford Business Group dans une note consacrée aux réformes pharmaceutiques.

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Seulement 10 % des médicaments produits au Maroc sont exportés vers les marchés étrangers. Constatant que la majorité de ces exportations sont destinées à l’Afrique, Oxford Business Group (OBG) estime que ces débouchés sont inefficaces et coûteux, étant donné que ces exportations font souvent un premier arrêt en Europe avant d’être réexportées vers l’Afrique.

 

Pour remédier à cette situation, un certain nombre d’entreprises pharmaceutiques marocaines ont implanté leurs opérations ailleurs sur le continent. Plus d’une dizaine de laboratoires marocains sont aujourd’hui déployés en Afrique subsaharienne, faisant fonction de point de base pour l’exportation de médicaments génériques. D’autres laboratoires devraient leur emboîter le pas, note OBG qui cite l’exemple du projet de la nouvelle usine de fabrication d’antibiotiques, lancé par le Cooper Pharma dans le district de Gasabo au Rwanda.

 

L’industrie pharmaceutique marocaine prospecte le marché éthiopien 

 

Au niveau international, le cabinet d’intelligence économique évoque le projet conjoint de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Union africaine (UA), visant la création de l’Agence africaine des médicaments (AMA). Celle-ci sera en charge d’harmonisation et d’alignement des réglementations dans tout le continent, ce qui devrait faciliter les procédures d’exportation de produits pharmaceutiques. «Le Maroc s’est proposé d’héberger le siège de cette agence africaine, en lice avec l’Afrique du Sud, la Tunisie, l’Algérie, et l’Éthiopie», souligne OBG.

 

Les autorités marocaines ont lancé un processus de refonte réglementaire et d’uniformisation des processus dans le secteur pharmaceutique en vue d’attirer les investisseurs dans la recherche biomédicale, d’accroître l’approvisionnement en médicaments à bon prix et d’améliorer les opérations logistiques pour l’exportation de produits pharmaceutiques fabriqués dans le pays.

 

Le Maroc a adopté à la fin du mois dernier un projet de décret pour établir le cadre légal de bioéquivalence des produits pharmaceutiques et définir les normes et exigences appliquées aux essais portant sur les médicaments génériques, qu’ils soient produits au Maroc ou importés.

 

Cette loi vise à encourager la fabrication et l’utilisation de médicaments génériques. Actuellement, quelque 63% des Marocains sont couverts par l’assurance maladie, mais le ministère de la Santé ambitionne d’atteindre 90% d’ici à 2021. La production locale répond actuellement à environ 60% de la demande nationale.

 

L'industrie pharmaceutique se dote d’une stratégie africaine 

 

Le décret pour la mise en place d’une politique pharmaceutique nationale, qui vise à assurer un accès équitable aux médicaments, a été adopté en décembre 2013. C’est dans ce cadre qu’a été décidé l’abaissement du tarif de plus de 3.600 médicaments. Par ailleurs, le ministère de tutelle a annoncé en mars une réduction concernant 67 autres médicaments utilisés dans le traitement de maladies chroniques communes.

 

Si ces initiatives ont permis d’améliorer l’accès aux médicaments, elles devraient également attirer davantage les investissements dans le secteur. À l’échelle mondiale, le financement de la Recherche et développement (R&D) dans la filière pharmaceutique s’est élevé à 140 milliards de dollars par an. Le Maroc entend attirer une plus grande part de ces investissements. Les Entreprises du médicament au Maroc (LEMM), association composée de sociétés marocaines, filiales de groupes pharmaceutiques internationaux, estiment le potentiel de développement du secteur à près d’un milliard de dirhams par an pour les cinq prochaines années.

 

Néanmoins, conclut OBG, le Maroc n’est pas tout à fait près d’atteindre ce potentiel. L’industrie pharmaceutique marocaine représente à peine 2% du PIB national et devrait atteindre 2,2% d’ici à 2020 selon les prévisions de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP). Un objectif largement en deçà des prévisions de croissance observées dans d’autres pays africains. En Algérie, par exemple, ce secteur devrait représenter 7,2% du PIB d’ici à 2020. Selon le cabinet OBG, une telle situation s’explique par le taux relativement bas de consommation de médicaments par habitant, même si cette dernière est appelée à augmenter au fur et à mesure que les médicaments génériques seront plus faciles d’accès.