Le Maroc, acteur majeur dans les investissements intra-africains

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Grâce à un terrain balisé par la diplomatie économique prônée par le roi Mohammed VI, le Maroc est un investisseur important en Afrique. Une tendance qui devrait connaître une nouvelle impulsion grâce à l’élargissement des régions ciblées et à l’ambition de nouveaux acteurs marocains.

Le 06/11/2016 à 17h46

Les entreprises marocaines sont de plus en plus présentes sur le continent. Entre 2008 et 2015, elles ont investi plus de 20 milliards de dirhams, notamment en Afrique subsaharienne, soit 2,2 milliards dollars. Preuve de la dynamique de ces investissements en Afrique subsaharienne, en 2015, les entreprises marocaines ont été les premiers investisseurs étrangers au niveau du guichet du CEPICI -Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire-, devant les entreprises françaises.

En termes de destination, ces investissements sont aujourd’hui encore orientés très majoritairement vers l’Afrique de l’ouest et centrale, ce qui justifie la forte présence des acteurs bancaires et l’opérateur Maroc Telecom dans ces régions. Le Maroc est d’ailleurs aujourd’hui le premier investisseur africain au niveau de la zone UEMOA -Union économique et monétaire ouest africaine- et de la zone CEMAC -Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale. Ainsi, en termes de stock des investissements directs marocains en Afrique, à fin 2015, on note que les principaux bénéficiaires sont le Mali (6 milliards de dirhams), Côte d’Ivoire (4,9 milliards), Egypte (2,04 milliards), Gabon (1,15 milliard), Cameroun (1,15 milliard), etc.

Ces investissements touchent tous les secteurs d’activité, même si le stock montre une domination des investissements dans les secteurs bancaires, télécoms, ciments et immobiliers. Toutefois, de nouveaux secteurs pourraient bouleverser la tendance dans les années à venir et diversifier davantage les pays et secteurs investis.

Telecoms : Maroc Telecom présent dans 9 pays

L’opérateur historique est un acteur majeur des télécoms en Afrique. Depuis l’acquisition du mauritanien Mauritel en 2001 et sa restructuration, Maroc Telecom a multiplié les acquisitions d’acteurs télécoms en Afrique subsaharienne avec comme cible les opérateurs historiques en difficulté et en voie de privatisation. Maroc Telecom a ainsi acquis, tour à tour, Onatel au Burkina (2006), Gabon Telecom (2007) et Sotelma (Mali).

En 2014, l’opérateur, dont le capital est désormais majoritairement détenur par l’émirati Etisalat a acquis 6 filiales d’Afrique subsaharienne -Bénin, Côte d’Ivoire, Gabon, Niger, Centrafrique et Togo-, regroupées sous la marque Moov, pour un investissement de 650 millions de dollars.

Au total, à coup d’acquisitions et d’investissements, Maroc Telecom s’est construit un portefeuille de 10 filiales dans 9 pays d’Afrique subsaharienne. Outre les investissements dans les acquisitions de filiales, l’opérateur a investi massivement sur un câble à fibre optique haut débit d’une longueur de 5465 km qui relie le Maroc, la Mauritanie, le Mali et le Burkina Faso. Des filiales devenues de véritables locomotives du groupe et qui assurent aujourd’hui plus de 40% du chiffre d’affaires du groupe.

Ciments: LafargeHolcim Maroc Afrique, un nouveau venu ambitieux

La demande de ciments est forte en Afrique, tirée par les politiques adoptées par les Etats pour combler le déficits en logements et par la demande liées aux infrastructures (autoroutes, ports, aéroports, barrages, etc.) dans le cadre de la nouvelle dynamique de croissance que connaît le continent.

Certains acteurs marocains ont saisi cette opportunité pour se développer sur le continent. Ciments de l’Afrique appartenant à l’homme d’affaires Anas Séfrioui, dans le sillage du développement du groupe Addoha en Afrique a saisi cette opportunité en créant Ciments de l’Afrique (CIMAF). Le succès de la première unité implantée en Côte d’Ivoire a poussé le groupe de Sefrioui a étendre son réseau au Burkina Faso, Gabon, Ghana, Cameroun, Mali, Congo, etc. Face à la forte demande, Addoha compte jusqu'à deux unités dans certains pays : Côte d’Ivoire, Burkina Faso et Gabon. Au total, le groupe compte actuellement 12 unités opérationnelles et 7 unités en cours de réalisation. Pour chaque unité, l’homme d’affaires investit au minium 30 millions d’euros pour une capacité de production de 500.000 tonnes/an extensible à 1.000.000 tonnes.

Après CIMAF, un autre acteur majeur se lance sur le marché du ciment en Afrique. Il s’agit de LafargeHolcim Maroc Afrique (LHMA), holding détenue à parts égales par le cimentier français LafargeHolcim et la Société nationale d’investissement (SNI), et dédiée au développement en Afrique subsaharienne francophone. Celle-ci a réalisé sa première opération sur le continent en juillet dernier en prenant le contrôle du cimentier Socimat d’une capacité de 1 million de tonnes. Après cette première opération, LHMA a acquis tout récemment 54,74% des Cimenteries du Cameroun (Cimencam) et s’est emparée de 50% du capital de SCB Lafarge au Bénin. Ces trois unités disposent d’une capacité globale annuelle de 3,3 millions de tonnes de ciment.

LHMA compte poursuivre son développement avec des acquisitions ciblées dans un certain nombre de pays dont le Burkina Faso, le Gabon, le Mali, la Mauritanie, le Congo, le Sénégal et la RD Congo.

Immobiliers: un déficit en millions de logements

Le déficit en logements en Afrique subsaharienne se chiffre en millions de logements. Au Nigeria, le déficit est évalué à 17 millions d’unités pour un investissement de près de 361 milliards de dollars. Ce déficit s’aggrave d’année en année à cause d’une croissance démographique considérable et une urbanisation galopante. Une situation que les pays essayent de résoudre en mettant sur pied des programmes de logements sociaux accessibles à la majeure partie de leur population. Une aubaine pour les promoteurs immobiliers marocains qui disposent des expertises avérées en la matière.

Du coup, tous les promoteurs immobiliers marocains ont une carte à jouer sur l’échiquier africain dans le domaine du logement en en particulier au niveau du segment social. Addoha, Alliances, Palmeraie développement et Holmarcom sont fortement engagés dans le continent, notamment en Côte d’Ivoire, Sénégal, Guinée, Gabon, Congo Brazzaville, Ghana, Mali, Burkina Faso, etc.

En tout, ce sont des dizaines de milliers de logements qui sont programmées dans ces pays par les promoteurs immobiliers marocains, qui bénéficient des soutiens des banques marocaines -Attijariwafa bank, BMCE Bank of Africa et Banque centrale populaire- très bien implantées dans ces pays.

Il faut toutefois noter que la conjoncture difficile que traversent ces groupes au Maroc a ralenti la réalisation de leurs projets sur le continent. Du coup, ce sont quelques milliers de logements qui ont été réalisés par les promoteurs marocains, loin des objectifs initiaux

De nouveaux acteurs solides et ambitieux

Au delà de ces trois secteurs clés, en plus de ceux des banques et compagnies d’assurance, plusieurs autres entreprises marocaines ont fait le pari de l’Afrique. C’est le cas de Managem (Gabon, Ethiopie, Guinée, etc.), Somagec, Stroc, Sothema, Cooper Pharma, IB Maroc, etc.

Cette tendance devrait connaître une nouvelle impulsion durant les années à venir. D’abord, du fait du retour programmé du Maroc au sein de la famille del 'Union africaine et l’élargissement des régions ciblées, avec notamment le dernier périple royal en Afrique de l’Est.

Ensuite, il y a aussi les ambitions de nouveaux acteurs marocains solides. D'une part, il y a l’OCP, le leader mondial des phosphates qui compte s’établir dans une quinzaine de pays en démarrant avec la Côte d’Ivoire et l’Ethiopie. D'autre part, il y a Nareva Holding qui s’est allié avec le français Engie ave un objectif affiché de se développer sur le continent avec l’objectif de disposer d’un portefeuille de 5000 à 6000 MW installé à l’horizon 2025. Enfin, il y a aussi LafargeHolcim Maroc Afrique qui ambitionne de devenir un acteur majeur du ciment et des matériaux en construction en Afrique subsaharienne francophone et qui compte déjà un portefeuille de 3 cimentiers en l’espace de 4 mois d’existence.

Par Moussa Diop
Le 06/11/2016 à 17h46