Paradis fiscaux... Nos riches sur le grill | www.le360.ma

ع
Paradis fisacl-riche-argent
© Copyright : DR

Paradis fiscaux... Nos riches sur le grill

Par Ziad Alami le 11/10/2014 à 07h49

Kiosque360. Un accord historique sur la levée du sacro-saint secret bancaire sera finalisé fin octobre à Berlin, en vue de mettre un point final à l’évasion fiscale. Nos riches sont sur le grill!

aA

Les évadés fiscaux se mordront à coup sûr les doigts de ne pas avoir serré la main tendue du gouvernement pour régulariser leur situation. La nouvelle, larguée par Al Massae, a de quoi vraiment leur  donner du fil à retordre. "Les grosses fortunes marocaines vont bientôt perdre leur refuge sérénissime dans les banques suisses", titre le quotidien, en annonçant que Berne, entre autres traditionnels paradis fiscaux, a décidé de rallier "le mode d’échange automatique de données bancaires à des fins fiscales" et de fait abandonner le sacro-saint secret bancaire. "La Suisse a exprimé, mercredi 8 octobre, son accord pour entrer en négociation avec l’Union européenne et les Etats-Unis au sujet de l’échange automatique de données bancaires à des fins fiscales", révèle le quotidien. Un accord consenti du bout des lèvres, la Suisse ayant dû, depuis la crise des subprimes de 2008, prêter le flanc à une véritable volée de bois vert pour son "manque de transparence". Une pression qu’est venue aiguillonner cette inquiétante montée en puissance de Daach, qui a repris du poil de la bête en raison justement du blanchiment d’argent facilité par le recours aux "comptes secrets". Mais voilà, la volte-face de Berne risque de faire beaucoup de mécontents. Y compris et surtout de ce côté de la planète Finances. La fuite des capitaux marocains à l’étranger a le vent en poupe.

Fuite de capitaux, l’impunité chiffrée

"30% de l’argent détenu par les riches familles au Maroc est déposé dans des banques étrangères, notamment suisses et anglaises", rappelle Al Massae, sur la foi d’une étude établie en 2012 par le prestigieux Boston Consulting Group (BCG). Le think-tank américain avait alors révélé que le Maroc était deuxième en Afrique du Nord, après la Tunisie, en ce qui concerne la fuite des capitaux, et figurerait en pole position des pays arabes détenant des avoirs financiers dans les banques européennes, après le Koweït, les Emirats Arabes Unis, le Bahreïn et le Liban. En 2013, l’Office des Changes avait estimé à 34 milliards de dirhams les capitaux ayant quitté illégalement le Maroc, soit 4% du PIB. Et ce n’est pas tout. Ce montant concerne uniquement les comptes bancaires détenus par des Marocains à l’étranger, les actifs immobiliers et les valeurs mobilières n’étant pas pris en compte.  Des révélations somme toute époustouflantes agitant à nouveau cette question lancinante sur les raisons qui poussent les riches familles marocaines à expatrier leur argent et priver leur pays de réelles opportunités d’investissement et de développement. Le paradoxe est criant : alors que le Maroc est au centre d’intérêt des investisseurs étrangers, les nôtres préfèrent faire leurs valises et placer leur argent sous d’autres cieux !

Les fraudeurs, dos au mur !

"Vous n’avez qu’à payer la contribution libératoire de 5 à 10% pour être régularisés". "Personne ne connaîtra les montants que vous avez déposés dans les banques marocaines"…  Le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane avait beau insister pour le rapatriement des avoirs expatriés, rien n’y fit. Ou presque. Neuf mois après la mise en chantier de la fameuse loi sur l’amnistie fiscale, par laquelle le Chef de gouvernement comptait faire entrer 5 milliards de dirhams des sommes sorties illégalement, seulement 1 milliard aurait été rapatrié ! A l’évidence, une cagnotte très modique au regard  du montant détourné. La fraude fiscale a la peau dure. Or voilà : avec la volte-face de Berne, entre autres places  fortes de la finance mondiale, l’offre de l’actuel Exécutif aura bien des chances de se faire entendre. Peut-être pas aussi vite qu’on le souhaiterait, l’entrée en vigueur de ce projet étant prévue à 2017. Une chose est pourtant sûre : ce processus reste inévitable. Une réunion pour finaliser le chantier est d’ailleurs prévue lors du prochain Forum mondial de l’OCDE, prévu du 28 au 29 octobre à Berlin. Une réunion historique qui fait déjà grincer des dents les grosses fortunes qui crient au "lâchage". Drôle d’accusation !