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Kharboucha
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Une femme, une légende: Kharboucha, la voix de la rébellion

Par Zineb Ibnouzahir le 11/07/2018 à 17h56

Les femmes qui ont marqué d’une pierre blanche l’histoire du Maroc et galvanisé les esprits sont nombreuses. Parmi elles, la grande Kharboucha qui choisit de combattre son ennemi avec la plus belle et la plus efficace des armes: la Aïta.

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Née dans la région de Safi, issue de la tribu des irréductibles Ouled Zayd, Hada El Ghiatia grandit dans la pauvreté.

 

Quand en 1895, Aïssa Tamri Ben Omar, caïd d’une tribu voisine, proche du makhzen puis des colonisateurs français, mate dans le sang la rébellion de la tribu des Ouled Zayd, Kharboucha perd tous les membres de sa famille. Elle est l’une des rares rescapées de cette tuerie qui a quasiment décimé tout son village.

 

Kharboucha refuse de capituler et entreprend alors une guerre d’un autre genre contre l’oppresseur qui a privé sa tribu de ses chefs, à l’instar de Mohamed Ben Mellouk Zerhouni.

 

Si certains aiguisent leurs armes dans l’attente du jour de leur revanche, Hada, elle, choisit pour arme la Aïta, car bien que démunie, son bien le plus précieux est sa voix, portée par un autre talent, celui du «zajal», la poésie populaire qu’elle incarne à merveille.

 

Quelle plus belle arme que la Aïta, cet art populaire qui incarne à la fois la douleur et l’engagement, la profondeur des sentiments, un appel immuable à compatir dans la joie et la douleur et surtout, à communier autour d’une cause. Dans ses chansons s’expriment alors toute la colère et la rage qu’elle ressent à l’encontre de Aïssa Ben Omar. Pour faire passer ses messages, elle choisit de chanter devant les foules dans les moussems, les fêtes et les souks. Un moyen efficace de galvaniser les esprits et de leur faire prendre conscience des injustices.

 

La cheikha en puissance qu’elle est devenue déploie tout son art pour chanter tout en poésie des insultes à peine voilées et pour tourner en ridicule son ennemi. “Sir ya Aïssa ya ben Omar, ya wakel ejjifa,  ya qettal khoutou ya mhellel lehram”, l’interpelle-t-elle sans peur.

 

Ses chansons sont à ce point virulentes que le caïd lance à sa poursuite ses sbires. Une fois retrouvée, elle sera séquestrée et la légende raconte que le caïd lui aurait alors ordonné de chanter devant lui, dans sa demeure. Prenant son courage à deux mains, elle interprètera devant lui sa chanson la plus véhémente.

 

Fou de rage, il la fit alors torturer avant de l’emmurer vivante dans sa maison. Les ruines de la bâtisse existent toujours. Baptisée Dar Si Aissa, elle se situe à une vingtaine de kilomètres de Safi.

 

Malgré la mort de Kharboucha, la puissance de son exemple fut telle qu’elle parvint à conférer à la cheikha une forte notoriété. Depuis, les cheikhates sont considérées comme des femmes émancipées, fortement engagées, des figures féminines fortes qui se battent aux côtés des hommes.