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Carnet noir. Mounir Rahmouni, «L'Opinion des jeunes», n'est plus

Par Abdelkader El-Aine le 16/09/2017 à 21h15 (mise à jour le 17/09/2017 à 13h19)

Son bureau était un amas de correspondances, du Maroc et d'ailleurs. On était ébahi à l'idée de savoir comment il allait tout lire. Pour lui, tout méritait attention. Et il avait bien raison.

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Aux yeux de Mounir Rahmouni, rien n'est sans importance. C’est pour cela qu'on l'appelait le journaliste de toutes les générations.

 

Il était l'un des pionniers du journalisme au Maroc. Au journal L'Opinion, il était toujours considéré comme un vieux routier. C'est en tout cas ce qu'on disait de lui quand on avait la chance d'aller voir un collègue (dans les anciens locaux). Mais, par la suite, quand vous étiez à l'aise avec votre ami de L'opinion de l'époque, il vous confiait: "Lui, c'est un saint". D'aucuns partageaient cette idée.

 

Feu Mounir Rahmouni était un bon journaliste, un homme honnête et de principes. De plus, il n'hésitait pas à venir en aide à ses proches, ses amis et ses collègues.

 

Il suffit tout simplement de contempler son oeuvre: "L'Opinion des jeunes". Peu savent que ces pages magnifiques ont fait la gloire de L'opinion et l'objet de plusieurs études littéraires et sociologiques. Peu savent que c'est lui qui en était l'auteur.

 

Peu savent que, dans les années 1980, dans certains lycées comme Ibn Toumert à la Médina de Casablanca et ailleurs dans le Maroc profond, des professeurs donnaient lecture des articles de L'opinion des jeunes au lieu des livres scolaires.

 

Pendant trois décennies, l’homme est resté égal à lui-même: humble, timide et vraiment allergique aux compliments. Mon aîné, Hassan Benadad, qui a travaillé avec lui pendant les années 1980 le qualifie de seigneur. "Il parlait peu, travaillait beaucoup et prenait un malin plaisir à être sous l'amas des centaines d’enveloppes qu’il recevait chaque semaine." Il n'était pas seul. Mieux, on lui parlait. Lui et lui seul.

 

Nous, on avait l’impression que "Saint Mounir" se cachait. Sa cachette, c'était son bureau, vétuste, rue Allal Ben Abdallah. Mais lui, il était dans son monde. Il évitait les mondanités...et même les discussions futiles au sein de la rédaction. 

 

Son ami? Tenez-vous bien: Abdelhalim Hafid. Oui oui, la légende de la chanson arabe. Il racontait à notre ami, Hassan Benadad, qu’il avait invité l'artiste un jour à manger du couscous. Artiste, et au lieu de prendre sa luxueuse voiture, le Rossignol brun a préféré s’engouffrer dans l’ancienne R8 de Rahmouni. "Mounir n’a jamais oublié Abdelhalim Hafid et lui consacrait, à chaque anniversaire de sa mort, des articles, voire de la poésie. Hafid veut par ailleurs dire gardien. Rahmouni a dans ce sens bien gardé la mémoire d'un fou du Maroc.

 

Journaliste, Mounir Rahmouni était, en cela comme en bien d'autres choses, un poète. Un artiste donc et un militant de la pureté, confie Hassan Benadad qui termine par ses mots, parce que justement n'ayant pas les mots: "Rahmouni, Allah Yarhmak".

 

 

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