Vidéo. Le début de la fin des Moutawas, la police religieuse saoudienne | www.le360.ma

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Police saoudienne

La police civile saoudienne a récupéré des prérogatives de la police religieuse.

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Vidéo. Le début de la fin des Moutawas, la police religieuse saoudienne

Par Le360 (AFP) le 09/02/2018 à 17h11

Une femme voilée et un homme apparaissent sur une vidéo en train de danser dans une rue fréquentée d'Arabie saoudite, suscitant de vifs débats sur l'influence décroissante de la police religieuse, autrefois gardienne musclée de la ségrégation des sexes.

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Pendant des décennies, les membres de la "Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice", appelés les Moutawas, ont été les arbitres de la moralité, patrouillant dans les rues et les centres commerciaux pour piéger des femmes portant du vernis à ongles et châtier des hommes cherchant le contact avec le sexe opposé.

 

Mais ces dernières années, le royaume saoudien a initié une série de réformes tendant à un islam plus modéré, dont l'une a retiré aux policiers religieux leur pouvoir de police.

 

La brève vidéo de la danse a enflammé les passions cette semaine, provoquant des appels à l'arrestation du couple dans la province reculée d'Assir.

 

 

Les autorités se sont engagées à agir rapidement au milieu de commentaires violents sur les réseaux sociaux saoudiens qui ont révélé le ressentiment de certains milieux conservateurs face à la diminution du rôle des Moutawas. "Où est la police religieuse?" ont lancé des utilisateurs en colère. "Pourquoi sont-ils silencieux?" "Leur silence signifie-t-il approbation?"

 

L'influence décroissante des Moutawas a, en revanche, entraîné un profond soulagement chez de nombreux jeunes. Signe de la disparition progressive de la ségrégation des sexes, un nombre croissant de restaurants de Riyad passe de la musique et des hommes y côtoient des femmes, des scènes inimaginables il y a encore deux ans. Un café a fait tomber des cloisons pour séparer les sexes dès que les Moutawas ont quitté la zone.

 

Ces dernières semaines, des éditorialistes saoudiens, dont dans le journal progouvernemental Okaz, ont ouvertement appelé à l'abolition pure et simple des Moutawas, arguant qu'il s'agit d'un fardeau financier inutile. Leur déclin s'explique par une campagne de libéralisation du royaume menée par le prince héritier Mohammed ben Salmane, lui-même âgé de 32 ans dans un pays où la moitié de la population a moins de 25 ans.

 

Sous son impulsion, le royaume a autorisé les femmes à conduire à compter de juin prochain. Les premiers cinémas rouvriront en mars et les femmes ont pu, pour la première fois, entrer dans un stade de football en janvier.

Après les voitures, les Saoudiennes autorisées à conduire des motos

 

L'opposition aux réformes a été étouffée -du moins publiquement- après une vague d'arrestations en septembre de dissidents, y compris des religieux ayant des millions d'adeptes sur les réseaux sociaux. Des oulémas qui faisaient régulièrement des apparitions à la télévision ont soudainement disparu des écrans.

 

"L'influence des religieux conservateurs a toujours été exagérée", explique à l'AFP Hesham Alghannam, chercheur saoudien à l'université d'Exeter en Grande-Bretagne. "Les sports féminins, les cinémas, les concerts ou même la dissolution de la police religieuse ne sont pas des choses qu'ils peuvent empêcher. Le royaume est capable de faire avancer de telles réformes sans s'attendre à un contrecoup".

 

Néanmoins, il existe un équilibre délicat entre la libéralisation sociale et l'aliénation des conservateurs, et les autorités semblent veiller à ne pas trop contrarier les sensibilités religieuses. "Il y a une différence entre un islam modéré et pas d'islam du tout", dit un homme d'affaires de Riyad sous couvert de l'anonymat. "En plus de défendre la morale publique, les Moutawas s'en sont pris aux trafiquants de drogue et criminels qui harcèlent le public", ajoute-t-il.

 

Depuis avril 2016, les Moutawas ont reçu pour instruction d'agir "aimablement et gentiment". Ils travaillent maintenant généralement en tandem avec les services de sécurité et sont censés signaler les violations à la police civile.

 

L'incertitude plane néanmoins sur leur avenir. "Ils ne peuvent pas simplement les dissoudre et les jeter à la rue", estime James Dorsey de la Rajaratnam School of International Studies à Singapour. "Le mieux serait de les intégrer à la police".

 

Des éléments radicaux de la police religieuse pourraient être "très dangereux s'ils étaient au chômage et en colère, cela constituerait une menace considérable", affirme Bruce Riedel, auteur d'un livre sur l'Arabie saoudite intitulé Kings and Presidents.