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On se souviendra longtemps de Benkirane…

Par Karim Boukhari le 18/03/2017 à 18h28 (mise à jour le 18/03/2017 à 18h31)

Karim Boukhari
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D’abord, Benkirane n’est pas mort. Je ne crois pas. Même s’il n’est plus le chef du gouvernement marocain. Et même s’il ne sera probablement plus, bientôt, le chef de son propre parti.

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Ensuite, il est trop tôt pour savoir si l’arrivée de Saâd-Eddine El Othmani signifie la fin du fameux blocage qui dure depuis plus de cinq mois. Il faut souhaiter sincèrement bonne chance à ce psychiatre de formation, connu pour sa flexibilité et pour son sérieux. Et son humilité aussi.

 

Je vous raconte d’ailleurs ici une petite anecdote qui en dit long sur le caractère et la personnalité d’El Othmani. C’était il y a une quinzaine d’années, à l’occasion d’un Congrès de la santé mentale organisé à Casablanca. El Othmani était parmi les congressistes. Sa réputation politique, mais aussi scientifique, faisait de lui une petite célébrité déjà. Il était épié, ses gestes disséqués, et il le savait. Mais il avait choisi ce jour-là de se fondre dans la masse, discret, anonyme ou presque, et surtout très appliqué, ne prêtant guère attention au petit monde qui le surveillait, se contentant de prendre des notes sans quitter son siège pendant que les autres s’agitaient, chuchotaient, rentraient et sortaient…

 

Comme un écolier modèle, sans génie mais sans peur non plus, quelqu’un qui attend son heure et qui ne perd pas le nord, fixant le tableau noir et les mots du maître, pendant que toute la classe est sens dessus dessous...

 

Nous aurons le temps, dans les semaines et peut-être les mois à venir, de nous intéresser au nouveau chef de gouvernement. En lui souhaitant de trouver vite une issue au blocage en cours. Parce que le Maroc ne doit pas s’installer dans cette idée sournoise, pour ne pas dire dangereuse, qu’il peut fonctionner sans gouvernement, avec un parlement au chômage et des institutions tournant au ralenti ou fonctionnant dans une quasi-illégalité.

 

Revenons à Benkirane. Au-delà de l’idéologie qui l’a porté au pouvoir, au-delà de ce mélange phénoménal de démagogie et de popularité et qui n’est peut-être pas étranger à sa chute, que retiendra-t-on de lui? D’abord qu’il a été une sorte de Premier ministre «de proximité», donnant à son public la sensation, assez exceptionnelle, que le chef de gouvernement pouvait être son voisin de palier ou le commerçant du coin. Avec ses qualités humaines et ses vilains défauts.

 

Benkirane a ensuite personnifié, personnalisé, la fonction comme jamais personne avant lui. Et il l’a fait jusqu’à l’excès. Il recevait d’ailleurs souvent chez lui et traitait des grandes affaires du pays chez lui, dans sa maison, loin de ses bureaux et loin, surtout, de sa résidence officielle… Ce n’était pas qu’une question protocolaire. C’était aussi, diront certains, une marque d’indépendance. Benkirane se démarquait ainsi de toute tutelle, il s’affranchissait de l’institution qu’il représentait, en même temps qu’il la personnifiait au point de la «déplacer» chez lui et de l’inclure dans les autres fonctions de sa vie d’homme.

 

Ces méthodes nouvelles, ce show à l’américaine, cette manière de prendre le «public» à témoin (en otage?) et de jouer sur ses cordes sensibles, en un mot tout le cirque Benkirane était-il compatible avec sa fonction institutionnelle, avec la réalité des rapports de force et avec la nature même du pouvoir au Maroc? S’est-il vu trop beau, trop grand, «bigger than life» comme diraient les Américains? C’est possible, c’est même probable, et la manière dont il a été démis de ses fonctions a tendance à le confirmer.

 

Dans le même temps, c’est aussi pour sa méthode décrite plus haut, et d’autres grandes et petites choses, qu’on se souviendra longtemps de lui. Benkirane, dans son genre, pour le meilleur et pour le pire, il n’y en a peut-être pas deux comme lui.
 

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