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Coup de projecteur sur l’édition marocaine

Par Péroncel-Hugoz le 17/02/2017 à 11h59 (mise à jour le 17/02/2017 à 12h16)

Janjar
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Sur fonds d'envolées lyriques au 23ème Salon international de l’édition et du livre (SIEL) de Casablanca, notre chroniqueur a tendu l’oreille vers d’autres échos, plus diversifiés.

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Il y a d’abord eu cet article de notre inflexible mais méticuleuse consœur casablancaise Kenza Sefrioui, dans "Qantara", magazine de l’Institut du monde arabe à Paris, où elle déclare «le livre au Maroc, secteur sinistré» et rappelle  cruellement que seuls 2% des Marocains lisent des livres en arabe, en français ou en d’autres idiomes.

 

Un rapport scientifique

 

Et puis, surtout est venue la présentation à la presse, par Mohamed-Seghir Janjar de son rapport sur Edition et livre au Maroc en 2016. La réputation de sérieux de cet esprit scientifique dénué  de tout «àpeupreïsme» n’est plus à faire quand on connaît son travail en anthropologie sociale et culturelle et sur la mystique musulmane. De son poste à la fondation Roi-Abdelaziz-le Séoudite, à Casablanca, M. Janjar a su faire de cette institution, dont certains intellectuels se méfiaient lors de son ouverture en 1985, un véritable pôle de travail ouvert sur tous les mondes, dont celui de l’édition dans le Royaume du Maroc.

 

Une caravane inédite


La notion de «service de presse» n’ayant guère cours au Maroc, la Fondation a lancé à travers le pays une «caravane du livre», chargée d’identifier tous les acteurs, jusqu’aux plus  modestes, de l’édition, et d’acheter tous les livres récemment parus. Une collecte inédite  et parlante: dans une vingtaine de lieux, et donc pas seulement à Casablanca et à Rabat, la «caravane » a identifié 308 «producteurs de livres» professionnels ou institutionnels, en 2016.

 

Aussitôt, un éditeur marocain connu s’est levé pour dire que, selon lui, «il n’y a qu’une trentaine d’éditeurs dignes de ce nom au Maroc». M. Janjar a volontiers reconnu que «seuls 13% des 308 éditeurs marocains recensés par la Fondation sont en mesure d’éditer plus de dix titres par an».

 

Tout est là… Et encore sur les quarante principaux éditeurs cités dans le rapport 2016 de la Fondation, dix sont des émanations étatiques (ministères, instituts, hauts-commissariats, etc.), ce qui coïncide, pour les «vrais» éditeurs, avec le chiffre donné par l’éditeur contestataire  précité.

 

Baisse de l’édition en français

 

Une autre constatation de l’équipe d’enquêteurs suscitée par M. Janjar est que les titres publiés en français, au Maroc, l’an passé, ne représentent plus que 15% de l’ensemble des titres sortis des presses marocaines, contre 42% en 1985.


Les titres en arabe, eux, représentent près de 80% des 2.711 ouvrages publiés au Maroc en 2016. Et 81% des auteurs sont Marocains, 3% Français et 16% de diverses autres origines. Plus qu’un quart des ouvrages sont publiés à compte d’auteur. 13% des titres sortis en 2016 ont bénéficié d’une subvention, marocaine ou étrangère.


L'an passé, 274 volumes ont concerné l’islam, directement ou indirectement, dont 63% ont traité du soufisme, spécialité du Maroc depuis au moins cinq siècles.


M. Janjar a souligné avec regret qu’aucun ouvrage illustré en arabe n’ait concerné les beaux arts, qui se rattrapent avec  les «beaux livres» marocains en français, quoique souvent encore imprimés en Espagne ou en Italie.

 

Essor des éditions électroniques

 

La francophonie déclinante dans l’édition papier, est compensée par une dynamique inédite dans l’édition électronique: 96 volumes en 2016 dont 65 en français et 23 en arabe. Ce qui ressort de toutes ces données, c’est que l’édition marocaine qui bénéficie de l’ouverture de nouvelles librairies (en Europe, au contraire, beaucoup ferment…) et de l’audace de quelques éditeurs privés dans les Salons du livre arabes et occidentaux, souffre de l’absence d’une véritable  politique gouvernementale du livre, difficile, il est vrai, à mettre en œuvre avec un budget culturel national encore squelettique…

 

Des prix attractifs

 

Un point positif, c’est que le livre publié au Maroc, quoique encore cher rapport au revenu moyen, est en baisse et reste bien plus avantageux pour le consommateur que le livre algérien vendu en Algérie et, surtout, le livre tunisien vendu en Tunisie.
De toutes façons, la «panne» du Grand Maghreb nuit fortement aux échanges de livres entre les trois principaux Etats nord-africains, même si certains éditeurs marocains continuent vaillamment de participer aux Salons du livre de Tunis et d'Alger…

 

LIRE:


Qantara, numéro hiver 2016-2017. Diffusé au Maroc.


Après l’orientalisme: l’Orient créé par l’Orient, sous la direction de François Pouillon et Jean-Claude Vatin, Fondation Roi-Abdelaziz, Casablanca, 2012.


Docteur Séoud et Mister Djihad par Pierre Conesa, Robert Laffont, Paris, 2016. Préface d’Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères. Diffusé au Maroc.


 

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