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Bonne chance Monsieur le chef du gouvernement

Par Tahar Ben Jelloun (@Tahar_B_Jelloun) le 20/03/2017 à 11h58 © Copyright : DR
Cher Monsieur El Othmani, vous n’êtes pas là pour faire des miracles, mais au moins vous emparer des problèmes comme vous aviez l’habitude de le faire quand vous exerciez la psychiatrie. Il ne s’agit pas de maladie mentale, mais de complexes non résolus, de situations bloquées, de malaise diffus.

Cher Monsieur Saad-Eddine El Othmani,

Le Maroc a perdu du temps et des occasions. Certains pays ont pu se passer de gouvernement durant un an et même plus. Mais la structure, la machine institutionnelle fonctionnaient. Notre pays ne peut se payer le luxe de laisser les choses traîner, ni faire l’économie d’un drame lié davantage à la personne de l’ancien chef du gouvernement qu’au processus de démocratisation qui a son temps et son rythme.


A présent vous avez le champ libre pour dénouer une situation complexe mais qui n’a rien d’une «mission impossible».


Ce qui nous rassure, c’est que vous êtes un homme de culture. Non seulement vos études de médecine et votre choix de vous spécialiser dans le secteur difficile et assez rare au Maroc, celui de la psychiatrie, sont des acquis dont vous aurez certainement besoin, mais votre curiosité et votre volonté d’enrichir votre culture vous ont amené à étudier le droit en général et le droit en islam en particulier. Tout cela est de bon augure.


Comme vous le savez, le pays a besoin de rigueur, d’exigence et de sérieux. On ne peut plus se contenter des choses faites à la hâte, mal finies ou faisant illusion.
Deux domaines des plus difficiles mais fondamentaux vous attendent: l’éducation et la santé. Vous n’êtes pas là pour faire des miracles, mais au moins vous emparer des problèmes comme vous aviez l’habitude de le faire quand vous exerciez la psychiatrie. Il ne s’agit pas de maladie mentale, mais de complexes non résolus, de situations bloquées, de malaise diffus et de crise qui s’éternise au point de se confondre avec une normalité anesthésiante.


Des réformes ont été entamées. Le service public, que ce soit dans le scolaire ou la médecine est en train d’être supplanté par le privé. Autrement dit, auront une bonne éducation et de bons soins ceux qui ont des moyens conséquents. Les autres qui composent l’écrasante majorité des citoyens, n’ont qu’à se contenter de ce que l’Etat leur propose.


Je ne vous ferai pas l’insulte de vous demander d’aller incognito visiter certains hôpitaux publics. Vous savez mieux que quiconque que c’est un scandale intolérable. Ce n’est pas une question de moyens. Mais c’est un problème d’organisation et de conscience. Il en est de même pour l’éducation qui absorbe une grande partie du budget de l’Etat.


Derrière cet état de délabrement et de laisser-aller, il y a l’immense fléau qui ne cesse de ruiner le pays: la corruption. Elle est partout. Invisible, silencieuse, incolore, inodore. Elle gère les relations entre citoyens. Certains Marocains commencent par demander à qui il faut donner l’enveloppe avant même d’avoir recours à leurs droits légitimes. Ils savent qu’en suivant la voie normale, ils n’arriveront à rien. Ils ont tort, mais quand ils s’aperçoivent qu’un système parallèle règle comme par magie les problèmes, ils s’endettent pour obtenir ce qu’ils sont venus chercher. La justice est le milieu où la corruption est la plus florissante. Tout le monde vous le dira. Le problème est qu’il faut des caméras et micros cachés partout pour prendre sur le fait le corrupteur et le corrompu.


Comme pour la mafia, il y a bien entendu les lois, mais elles sont inefficaces. Alors il faudrait prendre le problème à la racine: l’éducation. Il faudrait enseigner à nos enfants dès l’école primaire ou dès le collège la haine de cette violence qu’est la corruption. Car c’est tout le pays qui en souffre. Pas un secteur où elle n’intervient pas sous des formes diverses et toujours insoupçonnables. Les imposteurs, qui sont légion dans le pays, savent comment faire et avec quels artifices détourner la loi et faire illusion. Il faudra leur expliquer qu’on ne peut rien construire sur des sables mouvants, avec du bois creux et pourri, avec du ciment truqué. La corruption du corps est aussi celle de l’âme.


Voilà, cher Monsieur le chef du gouvernement. Ce sont là des réflexions banales, mais c’est ce que bon nombre de nos concitoyens se disent et répètent à volonté dans les cafés, dans les réunions de famille ou même dans la presse et réseaux sociaux. 

Je vous souhaite bonne chance, de l’énergie et de la sérénité, deux éléments qui vous caractérisent.

 

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