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Suggestions de romancier

Par Tahar Ben Jelloun (@Tahar_B_Jelloun) le 13/02/2017 à 11h58 (mise à jour le 13/02/2017 à 15h04) © Copyright : DR
Si les politiques n’arrivent pas à s’entendre pour former un gouvernement, alors pourquoi ne pas s’adresser à des technocrates. Tentons cette expérience et laissons les politiques mûrir leurs projets, leurs propositions, leur vision de l’avenir.

L’écrivain est non seulement le témoin de son époque, mais aussi celui qui se mêle, en principe, de ce qui ne le regarde pas. Or, au Maroc, un écrivain est un observateur qui ne se repose jamais. C’est une chance inouïe d’appartenir à ce peuple formidable, dont l’imaginaire et l’intelligence  nourrissent les œuvres des créateurs.


Alors, comme La Belgique, comme le Liban, le Maroc n’a pas de nouveau gouvernement. Le brave Benkirane se démène comme il peut. Mais les partis politiques sont des leviers difficiles. Quatre mois et des centaines de réunions n’ont pas donné de gouvernement au pays. Et pourtant, le Maroc avance. Quel est son secret? Simplement, derrière les ministres, il y a une bonne poignée d’hommes et de femmes qui travaillent et font tourner la machine.


Une suggestion de romancier (vous pouvez la rejeter d’emblée). Le Maroc a besoin d’hommes intelligents, cultivés, intègres et compétents. Il en existe chez les politiques mais, pour le moment, ils n’arrivent pas à s’entendre pour former un gouvernement. Alors pourquoi ne pas s’adresser à des technocrates. Ce n’est pas péjoratif. Un technocrate est quelqu’un qui a fait des grandes écoles, reconnues pour leur niveau d’excellence (Centrale, Ponts et Chaussées, Polytechnique, HEC, les mines, Ecole Mohammadia d’ingénieurs, etc.). Ils n’appartiennent pas à la sphère idéologique. Ce sont des scientifiques qui font le boulot avec rationalité et efficacité. Ils brillent dans le secteur privé.


Alors, en attendant le jour heureux où un miracle aura lieu, formons un gouvernement de technocrates qui n’appartiennent à aucun parti. Laissons les partis se disputer les postes. Pendant ce temps-là, le pays sera en marche avec sérieux et sans perdre de temps.


Mais on me dira, ce n’est pas démocratique. Oui, si on suit le processus de la démocratie, on pourra attendre longtemps. C’est ce qui se passe actuellement.
Encore une fois, l’apprentissage de la démocratie n’est pas facile. Il faut du temps et une certaine culture, des traditions, des principes et un certain nombre de valeurs qu’il faudra établir et s’engager à respecter.


Prenons le cas de Donald Trump! Il fait tout pour casser la démocratie. Ses dix-sept décrets qu’il a signés dans la foulée ne relèvent pas de l’éthique démocratique. Donc, encore une fois, apprenons les bases et fondements de la démocratie et, en attendant, donnons aux hommes compétents et pleins de bonne volonté la possibilité de faire marcher le pays!


Certes, c’est le point de vue de quelqu’un qui observe ce qui se passe avec une certaine suspicion. Je ne pense pas que les partis politiques feront un meilleur travail que les scientifiques, les économistes de talent et les créatifs. Mais tentons cette expérience et laissons les politiques mûrir leurs projets, leurs propositions, leur vision de l’avenir.


On me dit que même si le Parlement se réunit, tant qu’un nouveau gouvernement n’a pas été formé, les choses souffrent d’un manque. J’ai bien connu l’actuel président de la Chambre des représentants,Habib El Malki, au début de mes années d’études à Paris. Il a la politique dans le sang. En même temps, c’est un bon économiste. Pourquoi ne pas innover et mettre un peu de discipline dans la marche de l’institution parlementaire? Prenons un exemple! Il m’arrive de temps en temps de suivre à la télévision marocaine les séances de questions au gouvernement. Je suis souvent atterré par l’absentéisme. Pourquoi ne pas retirer une somme du salaire du député chaque fois qu’il s’absente sans raison très valable? Autre chose, pourquoi ne pas interdire aux élus de faire des affaires? Un député doit consacrer tout son temps à servir ceux qui l’ont élu. Si, au contraire, il profite de sa nouvelle situation, de son nouveau statut pour faire fructifier ses affaires, il devrait choisir: la députation ou les affaires.


La politique n’est pas un métier, c’est une vocation à but non lucratif. Une volonté de servir le pays et non de se servir ou d’en profiter.


Un élève d’un collège marocain me demanda un jour : "Pourquoi les gens se disputent pour être élus ?". Je lui ai répondu : "Pour représenter ceux qui les ont choisis et pour qu’ils défendent leurs intérêts". Ce garçon d’à peine treize ans me dit en riant : "Non, vous n’y êtes pas, ils font tout pour devenir député et ensuite se remplir les poches: "J’eus beau lui dire le contraire, son avis était bien ancré et non révisable. J’imagine que cet élève n’ira pas voter à sa majorité! 

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