Après le rappel à l’ordre adressé à Ryad, Rabat joue l’apaisement | www.le360.ma

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Drapeaux Maroc-Arabie saoudite
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Après le rappel à l’ordre adressé à Ryad, Rabat joue l’apaisement

Par Mohamed Deychillaoui le 10/02/2019 à 23h31 (mise à jour le 11/02/2019 à 14h52)

Kiosque360. L’ambassadeur du Maroc en Arabie Saoudite était bien à Rabat ces derniers jours. Une présence que d’aucuns ont interprété comme un rappel pour consultations, mais qui n’était en fait qu’un rappel à l’ordre en direction de Ryad à cause de dérapages médiatico-diplomatiques malvenus.

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Depuis l’arrivée aux affaires de Mohammed ben Salmane, toujours prince héritier mais déjà homme fort du régime saoudien, les relations entre le Maroc et l'Arabie saoudite ont traversé plusieurs zones de turbulences. En cause, principalement, la neutralité marocaine dans la crise qui sourd au sein du Conseil de coopération du Golfe (avec le Qatar) n’a pas plu aux Saoudiens, adeptes du credo bushien: «qui n’est pas avec nous est contre nous».

 

Le vote anti-marocain des Saoudiens dans le dossier de la Coupe du monde 2026 est encore vivace, en plus de quelques provocations, dont la dernière n’est autre que celle de la chaîne saoudienne El Arabya qui a titillé une ligne rouge en voulant s’en prendre à l’intégrité territoriale du Maroc. C’est cette dernière affaire qui aurait fait déborder le vase et serait derrière le «rappel» de l’ambassadeur du Maroc à Ryad.

 

Or, pour Al Ahdath Al Maghribia du lundi 11 février, plutôt que de rappel, il s’agirait d’un message clair envoyé par le Maroc au royaume wahhabite. Alors que ce dernier semble avoir compris la leçon, «Bourita peut donc sortir de l’opacité diplomatique qu’il a sciemment entretenue pendant plusieurs jours», et démentir catégoriquement le rappel de l’ambassadeur Mustapha Mansouri pour consultations. Pour Al Ahdath, cette «technique diplomatique» qui consiste à protester officieusement à travers de simples signaux vise à éviter une escalade, tout en testant la bonne (ou mauvaise) foi de l’autre partie. Et ce d’autant que l’information du rappel de l’ambassadeur marocain à Ryad s’est répandue comme une traînée de poudre à travers les capitales mondiales.

 

D’ailleurs, et selon le quotidien Al Massae de ce 11 février, le MAEC, Nasser Bourita, lui aurait déclaré concernant le rappel de l’ambassadeur en Arabie Saoudite : «Nous exprimons nos positions à travers les communiqués officiels du ministère, et donc je ne peux pas démentir ce que nous n’avons jamais annoncé». Ce qui n’empêche pas Al Massae d’estimer que la crise maroco-saoudienne serait liée à de nombreux désaccords entre les deux pays. Il cite d’abord le conflit palestino-israélien, où Ben Salmane aurait concocté un plan avec les Américains sans en informer le Maroc, dont le souverain est pourtant le président du Comité Al Qods. Ensuite viennent d’autres mésententes relatives, pêle-mêle, à «l’OTAN arabe» (axe anti-iranien), la crise yéménite ou celle avec le Qatar… soit des dossiers dont le Maroc est très éloigné et dans lesquels il ne compte pas s’embourber.

 

Les «fissures» entre les deux royaumes sont également confirmées par Akhbar Al Yaoum, qui explique ainsi que Bourita n’a pas en réalité démenti le rappel de Mustapha Mansouri, mais a tout simplement laissé entendre qu’il s’agit d’une «information non vérifiée». Pour un ancien diplomate marocain en Arabie saoudite, consulté par le journal, ce qui se passe actuellement est une sonnette d’alarme que les deux pays prendront rapidement en considération en vue de remettre les pendules à l’heure.

 

Car cette situation est d’autant plus anormale, estime pour sa part Al Akhbar, que certains pays du Golfe viennent de poignarder dans le dos leur partenaire stratégique et historique, le Maroc, dont le seul crime est d’avoir opté pour la neutralité dans de futiles bisbilles entre pays frères. Le journal rappelle à ces pays que le Maroc, pays vieux de 12 siècles, son roi et son peuple, n’accepteront jamais d’eux, quel que soit le degré de leurs désaccords, qu’ils remettent en cause l’intégrité territoriale du  Royaume. «Une ligne rouge», titre et conclut Al Akhbar dans son éditorial.