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Nasser Bourita

Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères.

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Diplomatie: le Parlement recadre sévèrement Bourita

Par Mohamed Younsi le 10/10/2018 à 20h42 (mise à jour le 10/10/2018 à 21h26)

Kiosque360. Le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Nasser Bourita, en a pris pour son grade au Parlement pour sa politique, sa coopération avec l’institution législative et sa communication autour des dossiers concernant la géopolitique du Maroc. Les détails.

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La dernière réunion de la commission des Affaires étrangères à la Chambre des représentants a été marquée par une virulente interpellation du ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Nasser Bourita. En effet, lors de cette réunion, tenue à huis clos, le député, Abdellatif Ouahbi, leader du parti Authenticité et modernité (PAM), s’en est pris vigoureusement au chef de la diplomatie marocaine, rapporte le quotidien Assabah dans son édition de ce jeudi 11 octobre.

 

Les sources du quotidien affirment que le député du Tracteur a apostrophé le ministre, lui reprochant de dénigrer les parlementaires et de ne donner aucune suite à leurs demandes, sachant que, depuis avril 2017, pas moins de 24 demandes lui ont été soumises pour obtenir des éclaircissements et des précisions politiques à propos de la situation régionale ou continentale.

 

«Ce sont nous, les parlementaires, qui octroyons le budget à votre ministère, qui votons en sa faveur au Parlement, qui contrôlons le gouvernement, dont vous faites partie. C’est pourquoi nous dénonçons cette attitude gouvernementale vis-à-vis des députés», a martelé le député à l’adresse du ministre, ce qui a suscité la colère de ce dernier, soulignent les sources du quotidien.

 

D’ailleurs, le ministre s’est longuement attardé sur cette apostrophe, demandant au député de retirer le terme «dénoncer», avant de faire savoir que la porte de son ministère restait ouverte à tous les députés qui le désiraient et qui y sont souvent reçus par des hauts responsables, étant donné que le ministre est souvent en déplacement. Cette réponse n’a pas été du goût du député du Tracteur qui lui a répliqué qu’«il connaît très bien les canaux de communication, appelant, une fois encore, le ministre à se présenter à l’Hémicycle chaque fois que la demande lui en serait adressée».

 

En plus de cette question de présence à l’institution législative pour répondre aux questions des députés, le leader du PAM a également critiqué la façon dont sont traitées les affaires du pays aux Nations Unies. «Je ne comprends pas comment vous laissez le chef de l’Exécutif agir seul et recevoir des délégations sans connaissance préalable de la position officielle du Maroc au sujet d’une question bien déterminée, au centre d’un conflit régional», s’est interrogé le député du PAM, ajoutant que quatorze hauts cadres avaient accompagné le ministre pour recevoir les délégations étrangères, tandis que le chef de l’Exécutif errait seul dans les couloirs de l’institution onusienne. Cette «errance» serait à l’origine de la gaffe diplomatique qu’a commise le chef de l’Exécutif en recevant la délégation du Kosovo, puisqu’il n'en connaît pas les membres et ignorait les derniers développements dans cette zone, notamment le soutien de la Russie à la Serbie, a précisé Me Ouahbi.

 

Après ce recadrage du ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, le député du PAM a également interpellé le groupe parlementaire du parti de la Justice et du développement (PJD) pour sa surenchère politicienne, son populisme et sa politique de deux poids, deux mesures. A ce propos, le député du Tracteur a évoqué les demandes du PJD au ministre Bourita de ne pas accorder de visas aux députés israéliens désirant assister aux travaux de l’Association parlementaire de la Méditerranée ou du conseil du Parlement de la Méditerranée. Or, a expliqué Me Ouahbi, «ces députés israéliens sont des membres du parlement de la Méditerranée, qui leur adresse des invitations comme il le fait pour tous les membres des autres pays, et, à ce titre, au Maroc, ils viennent au Maroc en tant que membres d’une institution internationale».

 

Et Ouahbi de conclure en soulevant les contradictions dans le comportement politique du PJD, qui reçoit et assiste à des rencontres avec des membres du Hizbollah, sachant bien que cette entité soutient, arme, entraîne et finance le Polisario. Il a ainsi invité les leaders de la Lampe à opter pour la realpolitik. Mais, entre la realpolitik et la politique de deux poids deux mesures, il y a tout un océan d’ambitions politiques.