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camp de tindouf
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Quand l’ambassadeur algérien à Bruxelles s’autoproclame porte-parole de la Commission européenne

Par Le360 (avec MAP) le 02/12/2016 à 20h00 (mise à jour le 02/12/2016 à 20h14)

L’ambassadeur algérien à Bruxelles s’est fendu d’un droit de réponse publié par l’APS dans lequel il fait office de porte-parole de la Commission européenne. Il nie les charges retenues contre l'Algérie concernant le détournement des aides humanitaires destinées aux populations de Tindouf.

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Visiblement irrité par les affirmations sans appel des responsables européens qui chargent son pays et ses pantins polisariens au sujet du très fumant dossier du détournement des aides humanitaires destinées aux populations séquestrées à Tindouf, l’ambassadeur algérien à Bruxelles s’est fendu d’un droit de réponse publié par l’APS dans lequel il fait office de porte-parole de la Commission européenne en niant l’existence de tels actes.

 

Dans sa énième sortie calomnieuse et impromptue, qui cache mal l’implication de l’Algérie dans le blocage que connaît le dossier du Sahara et occulte sa responsabilité directe dans le détournement qui s’effectue sous ses yeux et avec sa bénédiction, l’irascible ambassadeur algérien se substitue au Commissaire européen chargé de l’aide humanitaire, Crístos Stylianídis, et lui fait démentir l’existence de ces détournements, qui, pourtant, avaient fait l’objet d’une enquête et d’un rapport public de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) et de nombreuses pétitions internationales notamment à l’ONU.

 

Aux yeux du diplomate algérien, ni l’OLAF, ni le HCR, ni le PAM, qui ont décidé de suspendre leurs aides en raison de ces détournements massifs, ne disent la vérité. Il charge encore une fois le Maroc –il excelle d’ailleurs dans cet exercice risible et méprisable-, évoquant plutôt «une tentative de ternir l’image de l’Algérie».

 

N’en déplaise à Monsieur l’ambassadeur, les détournements sont un fait réel. Ils ont été rapportés, vérifiés et actés dans un rapport en bonne et due forme et portés à la connaissance de la communauté internationale. Le rapport de l’OLAF est une preuve matérielle irréfutable!

 

En effet, ce document rendu public en 2015 atteste de l’existence de détournements à grande échelle, de l’aide financée par le budget européen, tout en mettant en évidence des filières organisées ou téléguidées par plusieurs hauts dirigeants du front Polisario, sous l’œil bienveillant des autorités algériennes.

 

L’un des principaux facteurs favorisant ces détournements réside dans l’inexistence d’un chiffre réel des bénéficiaires et dans le refus de l’Algérie d’organiser un recensement des populations qui profitent de cette aide.

 

Ainsi, on pourrait indéfiniment jouer sur les chiffres pour gonfler le montant de l’aide, dont une bonne partie finit dans les poches de ceux qui commercent avec les souffrances d’une population démunie et assiégée.

 

D'ailleurs, dans une résolution adoptée le 29 avril 2015 sur la décharge pour l’exécution du budget de 2013, le Parlement européen invite la Commission européenne à exiger un recensement, seul à même d’adapter l'aide de l'Union aux besoins réels des populations et de faire en sorte que les bénéficiaires ne soient pas lésés dans leurs intérêts et leurs besoins, sachant qu'ils sont les plus touchés par toute irrégularité éventuelle.

 

La Haute Représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini,  pour sa part, avait reconnu l’existence de ces détournements, lors d’une audition devant la Commission de contrôle budgétaire du Parlement européen, et avait conclu à la nécessité d’un recensement dans les camps de Tindouf.

 

Mieux encore, le dernier rapport du Secrétaire général des Nations Unies au Conseil de sécurité du mois d’avril a réitéré, pour la énième fois, son appel pour le recensement des populations dans les camps de Tindouf. "Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre", dit l’adage.

 

Malgré les mises en garde internationales et les mesures prises par la Commission européenne pour renforcer les contrôles, les détournements persistent, comme le prouve l’actualité la plus récente.

 

Durant le mois d’août dernier, à la suite d’un contrôle de routine de la gendarmerie mauritanienne, ont été interceptés, dans la région de Zouerate, en zone frontalière avec l’Algérie, d’importants stocks de produits alimentaires et de médicaments en provenance des camps de Tindouf. Or, ces produits et médicaments étaient destinés aux populations de ces camps.

 

A rappeler, au passage, que les contrebandiers arrêtés se sont révélés être des proches de la direction du front Polisario. A cela, s’ajoute l’information révélée le 19 août dernier par la Commission européenne, selon laquelle entre 2010 et 2014, les autorités algériennes exigeaient le versement d’une TVA sur les achats locaux de marchandises à destination des populations des camps.

 

Cette information a été confirmée par le même Commissaire européen à l’aide humanitaire dans une réponse à une question parlementaire. Il a précisé que jusqu'au début de l'année 2016, les achats destinés à être distribués sous forme de dons aux populations des camps, effectués sur le territoire algérien, étaient encore soumis à la TVA locale, dont le taux varie en fonction des produits. L'UE aurait ainsi payé, au cours des trente dernières années, entre 10 et 15 millions d'euros de taxes à l'Algérie. Comme si la fraude à la distribution de l’aide ne suffisait pas au malheur de la population des camps!

 

Fidèle à son rôle d’imprécateur, l’ambassadeur algérien tente vainement de démentir la réalité, dans un discours vaseux et à la banalité affligeante et dont l’ultime finalité est de blanchir son pays qui est à l’origine du blocage de la situation au Sahara et des conditions dramatiques dans lesquelles vivent les séquestrés des camps de Tindouf.

 

Son acharnement pathétique sur le Maroc trahit la volonté et la détermination de ses mentors de faire perdurer le conflit pour en tirer un maximum de profit.

                                                                                                                                                                                                                                 (Par Adil Jabiri)