Un ancien ministre algérien appelle la France à arrêter son soutien au «dictateur» Bouteflika | www.le360.ma

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Ali Benouari, ancien ministre algérien des Finances.

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Un ancien ministre algérien appelle la France à arrêter son soutien au «dictateur» Bouteflika

Par Ziad Alami le 30/05/2016 à 11h28 (mise à jour le 30/05/2016 à 11h40)

Exilé en Suisse depuis plusieurs années, Ali Benouari, ancien ministre algérien des Finances, appelle la France à cesser de soutenir le «dictateur» Bouteflika, accusé d’avoir mené son pays à la faillite et compromis la stabilité et l’avenir de la région.

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«Une dictature qui n’a rien à envier à celles de Ben Ali, de Moubarak ou de Kadhafi». Le propos, ici, est d’Ali Benouari, ministre algérien des Finances dans le gouvernement d’Ahmed Ghozali, qui a choisi l’exil en Suisse plutôt que de subir un régime autocratique, celui du président Bouteflika, qui ne devrait sa survie qu’au soutien de l’Europe, de la France particulièrement, qui «doit cesser de fermer les yeux sur les fortunes colossales soustraites au peuple algérien et qui sont investies en France».

 

Sous ce titre sulfureux «Une bombe à retardement», l’interview que vient d’accorder l’ancien argentier de la république d’Algérie à la «Tribune de Genève» résonne comme une mise en garde contre le maintien de ce soutien européen «indécent et insupportable» à un régime accusé d’avoir mené le pays à «la faillite et d’avoir compromis l’avenir et la stabilité de la région».

 

«Tout le système risque de s’effondrer. Abdelaziz Bouteflika a mené le pays dans une impasse en refusant d’engager des réformes. Le système de gouvernance est à bout de souffle. En figeant les choses, il a détruit le rêve d’une union des peuples nord-africains et compromis la stabilité et l’avenir de la région», déplore l’ancien commis de l’Etat algérien, empêché de se présenter contre Bouteflika lors de la présidentielle de 2014".

 

«Si l’Algérie bascule, la Syrie ferait figure de fait divers»
«La France et l’Europe doivent changer leur attitude et prendre conscience de ce qui est en train de se jouer. L’Algérie est une bombe à retardement. Et pas seulement pour elle-même. Ce pays est le plus grand pays d’Afrique. Il jouit de plus d’une position géographique très particulière, face à l’Europe de l’Ouest avec laquelle il entretient des liens denses et multiformes, mais aussi du fait de ses frontières. Si le pays bascule dans le chaos, la crise syrienne fera figure de fait divers».


C’est une alerte à une faillite inéluctable du système algérien, et pas seulement. Il se trouve que ce pays a des frontières communes au moins avec six pays, dont le Maroc, sans compter sa proximité de l’Europe, elle aussi menacée si jamais la situation échappe à tout contrôle. Or, les prémisses d’une déflagration sont là et il suffit d’une moindre étincelle pour déclencher un chaos qu’il sera difficile à circonscrire.

 


Les clignotants sont au rouge

«Le pays ne produit presque rien. Il survit grâce aux importations. Le déficit de sa balance des paiements atteindra des sommets en 2019, de même que le chômage et l’inflation. Quant à l’argent du pétrole, il a été gaspillé, pillé. Les besoins sociaux de près de 45 millions d’habitants, dont 5 millions de plus au cours de l’actuel mandat, ne pourront bientôt plus être couverts. La manne pétrolière aurait pu servir à remettre le pays sur les rails grâce à des réformes hardies. Mais cela n’a pas été le cas».

 

Bientôt, l’Algérie n’aura plus de quoi payer ses fonctionnaires
Le déficit budgétaire, qui dépasse déjà 12% du PIB, restera important et ne pourra plus être financé, dès l’année prochaine. S’il n’est pas résorbé d’une manière ou d’une autre, il ne sera plus possible de payer les fonctionnaires, d’assurer les services publics et de maintenir les subventions aux catégories sociales les plus vulnérables. La loi de Finances 2016 a sonné le début de l’austérité. Les troubles sociaux ont déjà commencé. Les grèves et émeutes ne pourront plus être calmées comme autrefois par des hausses des salaires parce qu’il n’est plus possible de compter sur l’augmentation de la rente pétrolière. Ce modèle tire à sa fin. Si on continue sur cette lancée, l’Algérie court à la faillite et les effets s’en ressentiront bien au-delà des frontières du pays.

 

Devant cette situation, les pays voisins de l'Algérie, de part et d'autre de la Méditerranée, sont appelés à intervenir pour mettre fin à l'anarchie prévalant dans un pays livré en pâture à l'appétit vorace d'apparathiks, militaires et civils compris, qui ont bradé l'avenir du peuple algérien frère sur l'autel de leurs intérêts étriqués et ceux de leurs familles, et semé les graines de la discorde à l'échelle de toute la région.