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Vidéo. Aux origines de «Hirak Arrif» ou quand le meneur Nasser Zefzafi délire

Par Youssef Bellarbi le 19/05/2017 à 15h52 (mise à jour le 19/05/2017 à 16h03)

Jeudi 18 mai lors de la marche organisée au Rif, le meneur autoproclamé des manifestations d’Al-Hoceima a servi à son auditoire une lecture aussi farfelue que dangereuse quant à ce qui se joue dans la région, en nommant comme protagonistes des protestations Mounir El Majidi et Fouad Ali El Himma.

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Il est de ces causes justes mais que les soi-disant défenseurs peuvent facilement pervertir, voire torpiller. C’est le cas avec les protestations légitimes qui ont lieu dans le Rif. Si les habitants d’Al Hoceima ont manifesté, c’est pour des raisons sociales, exigeant des infrastructures, du travail et l’éradication de la corruption. La récupération politique n’est jamais loin.

 

Nasser Zefzafi, autoproclamé meneur de la grève et de la marche organisée hier jeudi à Al Hoceima, est vite tombé dans le piège de se mettre sur le socle d’un zaïm, sans en avoir (force est de le constater) la consistance. Alors que jusque-là, son discours était plus ou moins revendicatif, le voilà qui gonfle son torse et cite pêle-mêle Anton Tchekhov, Karl Marx et Nelson Mandela. Oui, Zefzafi veut maintenant montrer qu’il a de la culture et qu’il est forgé dans la même argile que les personnes qu’il cite.

 

Passe cette nouvelle manie de citateur. Car il y a plus grave: Nasser Zefzafi prend les accents d’un tribun, mais ses “analyses“  laissent perplexes quant à sa propension aux complots et à des considérations conspirationnistes complètement farfelues. Exemple en a été sa sortie, hier, devant des milliers de personnes, lors de la marche. Comme emporté par la foule, il n’a pas tardé à donner (sa) lecture de la situation dans le Rif et les origines des manifestations. Pour lui, si le Rif en est arrivé là, c’est la faute à Mounir El Majidi, secrétaire particulier du roi Mohammed VI, et Fouad Ali El Himma, son conseiller. Il a affirmé que ces deux personnes, qui cherchent à se rapprocher du roi, profitent des événements d’Al Hoceima pour en faire une arène et «régler leurs comptes». «Le dénommé El Majidi nous a envoyé son pion, le baltaji Mohamed Yacoubi (wali de la région, ndlr). Le dénommé El Himma, lui, utilise ce grand traître qu’est Ilyas El Omari (natif du Rif et secrétaire général du Parti de l’authenticité et de la modernité)».

 

Dans ses élucubrations, Zefzafi se veut même sage. «Jusque-là, on s’est gardé de citer des noms mais ces gens-là veulent pervertir notre combat et le transformer en une mare de sang. Et l’Etat, lui, est totalement absent», affirme-t-il. Cette “analyse“ aurait pu faire rire, mais Zefzafi est un tribun qui s’exprime devant des milliers de personnes parmi lesquelles se trouvent sans doute des âmes crédules et des oreilles attentives. Il apparaît clairement que ces discours participent d’une volonté manifeste de donner pour vrai ce qui est faux.  Difficile de démêler si Zefzafi est manipulateur ou manipulé.

 

Zefzafi pousse même le bouchon plus loin: «dans ce pays, Basri est toujours en vie…Dans ce pays, ce n’est pas le chef de gouvernement qui gouverne, mais le ministre de l’Intérieur».

 

 

 

 


Communiquant populiste, Zefzafi a ponctué son discours de versets coraniques et a même cité le discours de 2004 du roi Mohammed VI, dans lequel le souverain insiste sur le développement de la région. Ceci, uniquement pour rebondir en disant que depuis, rien n’a été fait. Il conclut cette partie de sa diatribe en accusant l’Etat d’être «séparatiste» et de vouloir à tout prix politiser l’affaire. Et justement, s’il y a une personne qui cherche à politiser ces manifestations, c’est bien Zefzafi. Il le fait en faisant feu de tout bois, sans crainte de fabuler, ni de raconter les histoires les plus invraisemblables, tellement il est assuré que son auditoire va croire à ses propos quoi qu’il dise. Vraisemblablement, Nasser Zefzafi aime Tchekhov. Il devrait garder à l’esprit cette citation d’un auteur dont il se réclame : «ceux qui n’ont pas l’esprit libre ont des pensées toujours confuses».

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