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Vidéo. Interview exclusive. Les attentats de Barcelone expliqués par Abdelhak Khiame

Par Tarik Qattab le 30/08/2017 à 16h58

Le directeur du Bureau central d’investigation judiciaire (BCIJ), Abdelhak Khiame, revient sur les origines marocaines des auteurs des attentats de Barcelone et de Cambrils. Pour lui, la coopération antiterroriste entre le Maroc et l’Espagne doit s’étendre au champ religieux. Entretien exclusif.

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En plus de la rencontre entre les ministres de l’Intérieur du Maroc et de l’Espagne, une réunion entre les plus hauts responsables sécuritaires des deux pays a eu lieu mardi à Rabat. Quel en était l’objectif?

Cette rencontre entre dans le cadre de la coordination entre les deux pays en matière de lutte antiterroriste.  Une coordination aujourd’hui renforcée après les attentats abjects commis à Barcelone et à Cambrils et dans lesquels des personnes d’origine marocaine sont impliquées. Il est donc naturel que les services sécuritaires travaillent main dans la main pour déterminer les ramifications de cette cellule, à la fois en Espagne et au Maroc.

 

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Les origines marocaines des membres de la cellule de Barcelone ont été maintes fois relevées et soulignées. Au point que le Maroc est accusé d’être un terreau pour terroristes. Qu’en dites-vous?

Ce n’est pas parce que ces personnes sont d’origine marocaine qu’elles sont imprégnées des valeurs religieuses, des traditions et de la culture du Maroc. Toutes les personnes impliquées dans ces tristes événements sont parties en Espagne très jeunes, à savoir avant l'âge de sept ans. Certaines étaient des nourrissons au moment où leurs parents se sont installés en Espagne. Tous se sont radicalisés en Espagne, par le truchement d'une personne habitant dans ce pays et dans une mosquée en Espagne. La question est de savoir pourquoi des personnes, élevées en Occident, et qui menaient une vie radicalement opposée aux choix du terrorisme, se sont radicalisées. Le plus étonnant, c’est le temps extrêmement court durant lequel ces personnes ont subi un lavage de cerveau par le dit imam Es Satty.

Le Maroc est-il responsable de la radicalisation des auteurs des attentats de Barcelone?

 

Plus généralement, parler de la nationalité des terroristes, c’est se tromper d’analyse. Le terrorisme n’a ni nationalité ni religion vu qu’il est en contradiction totale avec les valeurs de la paix inhérentes à l’islam. Au sein d’Al Qaïda comme dans les rangs des autres organisations terroristes comme Daech, il existe plusieurs nationalités. Certains membres de ces groupes sont même des Occidentaux de souche.

Au vu du drame survenu en Catalogne, la coopération sécuritaire entre le Maroc et l’Espagne est-elle suffisante?

La coopération entre le Maroc et l’Espagne en matière de lutte antiterroriste est un véritable exemple à suivre pour d’autres pays. Mais, à elle seule, l’approche sécuritaire ne suffit pas. Là où il y a manquement, c’est dans l’encadrement des minorités religieuses en Espagne. Le Maroc a réussi tant sur le registre sécuritaire que religieux, en encadrant le champ religieux et les mosquées pour faire face aux discours radicaux, et ce, depuis 2003. Il était possible pour l’Espagne de tirer profit de cette expérience. Mais cela ne s’est pas fait. Force est de constater que la cellule de Barcelone a été radicalisée dans une mosquée anarchique, non surveillée, et par une personne qui n’avait aucun droit d’y prêcher.

 

L’enquête sur les attentats de Barcelone et de Cambrils s’élargit au Maroc, où le BCIJ a procédé à des arrestations. Où en êtes-vous?

De nombreuses enquêtes ont été menées au Maroc et ont concerné des personnes ayant des liens avec les membres de la cellule de Barcelone. Une seule personne est maintenue en détention pour l’heure. Il s'agit d'un natif de Nador ayant résidé durant plus de dix ans en Espagne. Lui aussi a subi un lavage de cerveau et s’est radicalisé dans ce pays avant de revenir au Maroc. L’enquête a révélé que non seulement cette personne a fait allégeance à Daech, mais nourrissait également des projets terroristes. Via les réseaux sociaux, elle essayait même de recruter d’autres personnes. Elle était également entrée en contact avec des dirigeants au sein de Daech pour obtenir de l’aide logistique. Parmi ses cibles figuraient l’ambassade d’Espagne au Maroc, des objectifs à Mélilia ainsi que des institutions marocaines. Mais cette personne n’a pas de lien avec la cellule de Barcelone.

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L’autonomisme de la Catalogne est-il un obstacle à la coopération entre le Maroc et l’Espagne?

Si cela s’avère vrai, nous sommes face à un réel danger. La pleine coopération suppose la collaboration entre tous les services sécuritaires des deux pays. Sans cela, on ne peut être certain de l’efficacité requise. Au Maroc, il n’existe pas de cloisonnement entre les services de sécurité. Au contraire, la coordination est totale y compris vis-à-vis des pays partenaires.

 

Le Maroc a-t-il vraiment alerté sur le danger que représente Ripoll, la ville dont sont issus les terroristes de Barcelone?

Il est fort possible qu’une telle démarche ait effectivement été effectuée par les services de renseignements marocains. Nous avions d’ailleurs déjà alerté sur le danger que représentait le quartier Molenbeek en Belgique en 2007-2008 d'où sont originaires les personnes qui ont commis les attentats de Paris en novembre 2105.

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