Vidéo. Piégé, le wali de Laâyoune perd ses nerfs devant une émission américaine pro-Polisario

Le360

Dans un reportage pro-Polisario diffusé le 31 août dernier, l’émission "Democracy Now" révèle les passages d’une réception que lui a accordée le wali de Laâyoune. Yahdih Bouchâab s'y hasarde dans des propos aussi imprécis que peu diplomatiques. Récit et analyse.

Le 02/09/2018 à 13h06

La vidéo a été diffusée vendredi 31 août dernier. Depuis, elle fait le tour des réseaux sociaux et, au passage, le bonheur des défenseurs des thèses séparatistes du Polisario et d’Alger. On y voit le wali de Laâyoune Yahdih Bouchâab s’exprimer devant des représentants du media américain Democracy Now, connue pour être peu amène à l’égard du Maroc. Yahdih Bouchâab, quelque peu énervé, y affirme que le niveau de respect des droits de l’Homme au Sahara est supérieur à celui observé aux Etats-Unis. Et de donner la leçon à Democracy Now en ajoutant que dans une ville comme New York, il existe "un million de citoyens qui vivent dans des undergrounds et se nourrissent de rats. Quand ils sont assez faibles, ils se font à leur tour manger par des rats". "Si vous voulez parler des droits de l’Homme, intéressez-vous d’abord à Guantanamo", tranche le wali avant de lever la séance. A la grande joie de l’envoyée spéciale de Democracy Now qui cachait à peine sa joie de voir Yahdih Bouchâab déraper de la sorte et tomber dans un piège à peine voilé et qui plus est filmé par une caméra cachée.

Quelle mouche a donc piqué le wali pour qu’il se fasse piéger de la sorte? En poste depuis près de cinq ans, et sahraoui de souche (il est né à Guélmim) Yahdih Bouchâab est un pur produit de l’administration. Titulaire d’un baccalauréat, et ayant entamé sa carrière en tant que qaïd, c’est en gravissant les échelons qu’il a réussi à devenir wali. D’aucuns dans son entourage lui reconnaissent de grandes qualités professionnelles, une rigueur et une intégrité à toutes épreuves et un sens élevé du devoir et du patriotisme. A sa décharge, le fait d’avoir pacifié les quartiers chauds de la ville de Laâyoune et d’avoir drainé nombre d’investisseurs dans la région, souligne-t-on.

Yahdih Bouchâab est également connu pour avoir ouvert ses portes aux ONG et médias qui s'intéressent au Sahara. "Pour autant, il n’a pas qualité à s’exprimer devant ces organisations et supports, surtout quand la mauvaise foi est flagrante", nuance une source sahraouie bien informée. Contacté à maintes reprises par le360, Yahdih Bouchâab est resté injoignable. Prenant sa défense, une source proche souligne le caractère exagéré des allégations rapportées dans le reportage et l’intention évidente de nuire de l’équipe de tournage.

On retiendra que le tournage date de 2016, mais que le reportage n’a été diffusé que 31 août dernier. La question sur le choix du moment de la diffusion de ce reportage, 100% à charge contre le Maroc, reste posée. Nous sommes au lendemain du grand oral, donné le 8 août dernier, de l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU devant l’Assemblée générale sur le Sahara. Un briefing dans lequel Horst Köhler a clairement exprimé sa volonté de réunir «toutes les parties prenantes» dès ce mois de septembre pour une reprise des négociations qu’il souhaite en octobre prochain. Nous sommes également à la veille de la ratification du nouvel accord de pêche Maroc-Union européenne. La démarche de Democracy est donc tout sauf innocente. La diffusion de l’extrait montrant le (néanmoins préjudiciable) dérapage du wali l'est encore moins.

A rappeler que Democracy Now est une émission américaine "indépendante" d’actualité, d'analyse et d'opinion diffusée en anglais et en espagnol. Elle se définit en tant qu’émission qui "prête une attention particulière aux sujets que ses producteurs considèrent comme ignorés ou insuffisamment traités par les médias de masse". Elle est diffusée dans 1.400 chaînes télévisées et radios à travers les Etats-Unis et elle est financée principalement à travers les dons, notamment ceux émanant de fondations. Parmi ses bienfaiteurs, le Centre Robert F. Kennedy, présidé par Kerry Kennedy, Ia fille de l'ancien ministre de la Justice, frère de l’ancien président US- et qui se distingue par sa forte mobilisation en faveur des thèses du tandem Algérie/ Polisario et son hostilité résolue à l'égard du Royaume. D’ailleurs, Democracy Now est l'un des lauréats du prix Robert F. Kennedy Awards décerné par le centre éponyme.

Par Mohamed Chakir Alaoui et Tarik Qattab
Le 02/09/2018 à 13h06