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Ceci n’est pas un reportage

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Le Mondial russe n’est pas fini. Le rêve marocain a toujours sa place parmi les autres. Ça va mieux en le disant. C’est une leçon d’humilité.
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On dit toujours que la défaite est orpheline. Elle n’a ni père ni mère. C’est un «enfant» dont personne ne veut.
 
A St Petersbourg, je vois surtout que la défaite est lourde, très lourde à porter. Comme un mauvais costume ou une tache sur le visage. Ça fait si mal que vous en avez les jambes sciées.
 
Entre Marocains, nous avons peut-être rêvé trop vite, trop loin. Nous nous projetions dans le futur. Voyons, contre le Portugal, avec un Cristiano en dedans, on peut s’en tirer avec un nul. Peut-être un but de traitre à la dernière minute. Il ne restera plus que l’Espagne, déjà qualifiée et sans entraineur. Alors pourquoi pas un nul et le tour est joué. Le Maroc au deuxième tour!
 
Oui, mais avant tout cela, il y a l’Iran pour commencer. Nous l’avions presque oublié!
 
Dans les rues de cette magnifique cité russe, qui ne dort presque jamais, les supporters iraniens ressemblent à un seul homme. Ils sont organisés et se déplacent en groupes. On dirait une famille.
 
Les hommes chantent et les femmes ressemblent à ce qu’on peut voir dans les films iraniens. Mais sans le voile. Belles et libres comme l’air.
 
Nous avons vu que les Iraniens avaient, eux aussi, le même rêve. Celui de gagner ce premier match. Ils y croyaient eux aussi.
 
Le plus beau dans une Coupe du Monde, dans laquelle 32 nations sont présentes, c’est cette sensation qu’il y a 32 rêves et que nous représentons un rêve parmi les autres. Cela vous donne le vertige.
 
Quand on voyage loin de chez soi, on réalise que le monde ne tourne pas autour de nous. On fait partie d’un tout. On réalise que les autres existent. Ils ont des arguments, ils rêvent aussi. Ils sont légitimes autant que nous et que n’importe qui d’autre.
 
Je ne vais pas revenir sur le scénario cruel de ce Maroc – Iran (0-1). Ni sur la tragédie shakespearienne de Bouhaddouz, cet attaquant rentré en fin de match pour faire la différence et qui se met un autogoal assassin.
 
A St Petersbourg, j’ai vu des Lions de l’Atlas pleurer. Comment ne pas pleurer? C’est une thérapie aussi. Ce n’est pas la pire, on ne lui connait pas d’effets secondaires.
 
Le soir, dans les rues de la cité des tsars, on vous dit: «Ah vous êtes Marocain? Nous sommes tellement désolés pour vous…». Ça finit par ressembler à une litanie. So sorry.
 
Et la vie continue. La fête aussi. Il faut en profiter dans cette ville où la nuit est tellement courte en temps d’été. Nous n’avons pas l’habitude mais nous apprendrons. Nous nous en remettrons.
 
Le Mondial russe n’est pas fini. Le rêve marocain a toujours sa place parmi les autres. Ça va mieux en le disant. C’est une leçon d’humilité. J’ai fait un long voyage pour la prendre, moi et les milliers de rêveurs qui ont fait le déplacement en Russie. C’est beau malgré tout.

Par Karim Boukhari
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