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Algérie: l’échec de l’industrie automobile pousse l’Etat à autoriser les importations de véhicules d’occasion

Mise à jour le 11/05/2019 à 12h15 Publié le 11/05/2019 à 12h14 Par Moussa Diop

voitures d'occasion
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#Economie

#Algérie Le gouvernement algérien vient d'envisager de lever les interdictions d’importations de véhicules d’occasion et la baisse des importations de kits automobiles. Une décision qui illustre l’échec de la politique industrielle automobile du pays, tout en ciblant aussi certains oligarques.

C’est un euphémisme que de soutenir que la politique automobile est un échec. Presque toutes les autorités en charge du dossier l’ont souligné sans pour autant essayer d’apporter les corrections nécessaires, certainement pour ne pas heurter certains oligarques proches du clan Bouteflika, aujourd'hui déchu. 

La production locale demeure insuffisante pour répondre à la demande du marché et le coût des voitures «Made in Algeria» est très élevé, comparativement aux voitures importées de la même marque.

Du coup, l’offre locale de voiture est insuffisante pour répondre à la demande. Toutefois, les opérateurs avaient réussi, avec le soutien des dirigeants, à maintenir le système des interdictions des importations de véhicules neuves et d’occasion.

Toutefois, le vent de révolte qui souffle sur l’Algérie actuellement est en train de pousser les dirigeants à revoir les politiques économiques entreprises par les différents gouvernements algériens au cours de ces dernières années, dans le secteur automobile, et qui ont toutes lamentablement échoué.

Une manière aussi, et surtout, de tirer sur les oligarques du camp Bouteflika qui sont les principaux bénéficiaires de ces unités de montage de véhicules.


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C’est dans cette optique que s’inscrit certainement la décision prise par le Premier ministre Noureddine Bédoui, le mercredi 8 mai 2019, par le biais de laquelle il «a instruit le ministre des Finances et celui du Commerce d’établir les mécanismes réglementaires afin de permettre aux citoyens d’acquérir des véhicules d’occasion», selon un communiqué de la primature algérienne.

Il s’agit toutefois de lever uniquement l’interdiction des importations de véhicules d’occasion de moins de 3 ans.

L'interdiction date de 2005, suite à un forcing des concessionnaires automobiles algériens, dont certains se sont transformés, depuis, en opérateurs industriels en se lançant dans le montage automobile.

Avec cette levée, le gouvernement compte permettre aux Algériens d’acquérir des véhicules d’occasions relativement neufs et donc pourra faire face à une offre limitée en véhicules neufs.

Outre l’autorisation des importations de véhicules d’occasion, le gouvernement a aussi décidé de sévir contre les opérateurs des unités de montages automobiles en Algérie. Il a ainsi été décidé de réduire la facture des importations des kits CKD (Complete knock down –kits non assemblés)/SKD (Semi knocked down –produits complètement démontés) destinés au montage de véhicules pour particuliers en Algérie.


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Cette mesure a également été étendue aux produits entrants dans la fabrication d’appareils électroménager et électronique et des téléphones portables.

L’objectif est certainement d’accroître le taux d’intégration locale qui est négligeable pour de nombreux assembleurs. Le cas de l’unité de montage de l’oligarque Mahieddine Tahkout, un proche du clan Bouteflika,qui a maille à partir actuellement avec la justice, illustre ce phénomène.

Son unité de montage de véhicules de marque Hyundaï avait suscité une vive polémique, lorsque les Algériens se sont rendus compte qu’il importait des voitures totalement montées auxquelles il ne manquait plus qu'à placer les roues.

Il faut dire que dépourvue de tout écosystème automobile, et donc sans fournisseurs de composants, le montage déguisé d’automobile est devenu un véritable fiasco qui a davantage enrichi certains oligarques.

Pourtant, les règles ont été mises en place pour faire monter le taux d’intégration du secteur. En effet, en échange des exonérations fiscales, il est exigé des propriétaires des unités de montage un taux d’intégration d’au moins 15% au terme de la 3e année, et un taux de 40% au bout de 5 ans de production.

Toutefois, aucun constructeur n’a respecté ces taux d’intégration.


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Et au niveau de la facture des importations d’automobile, motif avancé pour encourager la production locale, c’est, là aussi, aussi un échec lamentable.

Selon les données du secteur, 180.000 unités ont été montées en Algérie en 2018, contre 110.000 en 2017.

Toutefois, durant la même période, les importations des collections CKD de véhicules de tourisme ont bondi de 79,23% pour passer de 1,67 milliard de dollars en 2017 à 3 milliards de dollars en 2018.

En ajoutant les importations des collections CKD des véhicules de transport de personnes et de marchandises en hausse de 40% à 0,73 milliard de dollars, la facture des importations de CKD dépasse la barre des 3,75 milliards de dollars.

Un montant largement supérieur à la facture des importations de 255.236 véhicules neufs en 2015 (3,14 milliards de dollars). Une aberration.

Pire encore, les voitures «Made in Algérie», malgré les incitations dont elles bénéficient, sont beaucoup plus chères que celles importées et qui s"acquittent de droits de douane.

Ainsi, la Renault Symbol coûte environ 200 000 dinars (1.430 euros) de plus que sa jumelle importée de la France.


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Or la production locale, bénéficiant de nombreuses incitations fiscales et douanières, était censée produire des véhicules en quantités suffisantes et surtout offrir des produits à des prix compétitifs, comparativement aux produits importés, supportant eux, des droits de douane. Mais cela n'a pas été le cas du secteur automobile algérien.

Au-delà dece fiasco du secteur automobile algérien, il est question de revoir toute la politique d’interdictions qui frappe les importations de nombreux biens et dont les finalités ne sont pas vraiment justifiées.

Au contraire, ces interdictions renchérissent de nombreux produits du fait que la production locale est globalement négligeable et encourage la contrebande.

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