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Algérie. Fiasco de l'industrie automobile: Bédoui porte un coup dur aux opérateurs

Mise à jour le 24/05/2019 à 12h07 Publié le 24/05/2019 à 12h04 Par Moussa Diop

Construction automobile
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#Economie

#Algérie Face à l'échec de la stratégie d’industrialisation automobile, le gouvernement algérien a décidé d’imposer des quotas d’importation des kits automobiles. Une décision nécessaire pour faire aux importations déguisées de voitures, mais qui va porter un coup dur au montage de véhicules en Algérie.

Le gouvernement algérien fait enfin face à l’échec de l’industrie automobile et les importations déguisées de voitures.

Si, jusqu’à présent, tous les gouvernements qui se sont succédés au cours de ces dernières années ont reconnu l’échec de la politique industrielle encadrant le secteur automobile, malheureusement, aucun d’entre eux ne s’était hasardé à sévir contre les oligarques du secteur.

Toutefois, avec les manifestations populaires que connaissent l’Algérie depuis février dernier, la donne a changé. Et le gouvernement de Noureddine Bédoui, devant la dégringolade des réserves en devises du pays, a décidé de sévir, lors de la réunion du gouvernement du 8 mai dernier.

Une annonce a été faite: celle que des «décisions importantes» seront prises pour faire face aux importations destinées à l’industrie du montage de véhicules, l’objectif étant de réduire le déficit de la balance des paiements et de faire face à la décrue des réserves en devises du pays, sous l’effet des importations dont ceux de l’industrie automobile.


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Durant cette réunion, le Premier ministre «a instruit le ministère des finances et celui du commerce d’établir les mécanismes réglementaires afin de permettre aux citoyens d’acquérir des véhicules d’occasion», selon un communiqué de la primature algérienne, ajoutant que Bédoui avait pris d’importantes décisions, durant cette même réunion, pour réduire la facture d’importation des kits CKD (Complete konck down-kits non assemblés)/SKD (Semi knocked down –produits complètements démontés) destinés au montage de véhicules pour particulier.

La suite a été rapide. Le gouvernement, aidé en cela par la révolution en cours, vient de sévir contre les constructeurs automobiles algériens en appliquant des quotas d’importations des kits CKD/SKD destinés aux unités de montages de véhicules en Algérie.

Selon le média algérien tsa-algérie.com qui donne cette information, cette décision, prise sans concertation avec les opérateurs, est applicable immédiatement avec effet rétroactif.


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En conséquence, cette situation risque de freiner le montage de voitures d’automobile en Algérie.

En effet, les quotas de kits d’importation vont limiter le nombre de véhicules à produire. Autrement dit, la production automobile algérienne sera fortement amputée cette année.

C’est certainement la raison pour laquelle les autorités algériennes ont autorisé, il y a quelques jours, les achats de voitures d’occasion, conscients que la production locale sera insuffisante après la mise en place des quotas d’importation de kit CKD/SKD.

Cette décision unilatérale montre le désaveu du gouvernement vis-à-vis du secteur de montage automobile algérien. Il y a de quoi.

En effet, alors que le développement de l’industrie automobile visait à réduire les importations de véhicules et donc l’impact de la facture sur la balance commerciale, les résultats n’ont pas été à la hauteur.


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Si 180.000 unités ont été montées en 2018, contre 110.000 en 2017, soit une hausse de 63,63%, les importations de kits CKD de véhicules de tourisme n’ont cessé de croitre de manière vertigineuse.

Elles ont bondi de 79,23% pour passer de 1,67 milliard de dollars à 3 milliards de dollars, soit une hausse de 79,23%. En y ajoutant les importations de kits CKD de véhicules de transport, la facture dépasse les 3,75 milliards de dollars.

Or, en 2015, pour une importation de 255. 236 véhicules, la facture n’était que de seulement 3,14 milliards de dollars.

Outre le fait que le montage local n’est en fait qu’une importation déguisée de véhicules, les surfacturations lors des importations de kit CKD sont nombreuses et expliquent grandement la hausse de la facture des importations.

Un phénomène aujourd’hui combattu par le gouvernement, et qui est à l'origine de l'arrestation de certains oligarques.


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Ainsi, aucun opérateur n’a respecté les règles relatives au taux d’intégration du secteur. En effet, en contrepartie des exonérations fiscales accordées, les opérateurs du secteur devraient assurer un taux d’intégration d’au moins 15% au terme de la 3e année de production et atteindre un taux de 40% au bout de 5 ans. Or, le taux d’intégration des unités de montage varie entre 0 et 15% dans le meilleur des cas.

Mais la faute n’est pas du seul côté des opérateurs du secteur. C’est avant tout l’échec d’une politique industrielle mal pensée par les autorités algériennes qui a permis à certains oligarques, proches des cercles du clan Bouteflika, qui n’ont aucune expérience dans le domaine, de devenir du jour au lendemain, des opérateurs industriels.

Le seul objectif visé par l’Etat était la production automobile, quelqu’en soit le coût.

L’ancien ministre de l’Industrie annonçait ainsi, l’année dernière, que la barre des 400.000 véhicules serait atteinte en 2020.

En conséquence, les unités de montage de véhicules se sont multipliées sans pour autant que les autorités n’arrivent à mettre en place un véritable écosystème automobile, comme c’est le cas au Maroc, et permettre une intégration du secteur à l’industrie locale.


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A titre de comparaison, au Maroc, où tout un écosystème a été bâti, le taux d’intégration de l’usine Renault de Tanger est monté à hauteur de 50% à fin 2018. Mieux, ce taux atteindrait les 60% au démarrage de l’unité de PSA de Kenitra avant de monter à hauteur de 85%, à terme.

En plus de l’intégration négligeable du secteur à l’économie algérienne, un véhicule «Made in Algeria» coûte plus cher au consommateur algérien que la voiture de la même marqué, importée.

Une aberration, sachant que le coût de la main d’oeuvre est beaucoup plus bas en Algérie et que les opérateurs du secteur bénéficient de nombreuses incitations fiscales de la part de l’Etat.

Autant de griefs qui ont poussé les autorités à agir. Cela, d’autant que certains opérateurs figurent dans la liste des oligarques qui ont bénéficié des largesses de l'ex-régime Bouteflika, comme c’est le cas de Mahieddine Tahkout, dont l’unité industrielle a été épinglée du fait qu’elle importait des voitures Hyundaï complètes, auxquelles il ne manquait plus que les roues à monter en Algérie. Aucune valeur ajoutée locale, donc. 

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