Côte d’Ivoire: les ex-rebelles recommencent leur chantage, mais... - Le360afrique.com

Côte d’Ivoire: les ex-rebelles recommencent leur chantage, mais...

Mise à jour le 25/01/2019 à 16h57 Publié le 25/01/2019 à 16h55 Par notre correspondant à Abidjan Georges Moihet

Mutinerie en Cote d'Ivoire

Mutinerie en Cote d'Ivoire

© Copyright : dr

#Politique

#Côte d’ivoire Un peu plus d’un an après leurs menaces de mutinerie, les ex-rebelles réincorporés se signalent à nouveau, pour se mêler de la guéguerre Ouattara-Soro. Certains veulent rappeler, au passage, au président Alassane Ouattara une vieille promesse qui lui reste à tenir: une maison et une voiture...

Le conflit larvé qui oppose en ce moment le président de la République de Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara, et Guillaume Soro, qui préside le parlement, paraît, selon toute vraisemblance, s'étendre aux troupes de l'armée ivoirienne, tout particulièrement dans les rangs des ex-rebelles qui y ont été intégrés, après la résolution du conflit politico-militaire ivoirien, à la mi-2011. 

Au nombre de 8.400, ces ex-rebelles s’étaient bruyamment fait remarquer entre fin 2016 et mi-2017, à coups de mutineries successives, qui leur avaient permis d’empocher, chacun, une somme rondelette: 12 millions de FCFA, soit près de 18.300 euros, en tant que «prime de guerre».

Cependant, la donne semble désormais avoir bien changé. Ce contingent semble aujourd'hui divisé, entre ceux qui estiment qu’il faut désormais s’en prendre à Guillaume,Soro, en sa qualité d'ex-chef de la rebellion, pour obtenir des rétributions pour ces dix années sous ses ordres, quand d’autres entendent rappeller au président Ouattara le reste de ses promesses, à ce jour non tenues: une maison et une voiture.

Dans une première déclaration, publiée lundi 21 janvier dernier dans la presse ivoirienne, le sergent-chef Adama Coulibaly, indiquant s’exprimer au nom de ces 8.400 ex-rebelles, fait aujourd'hui l’éloge du président ivoirien.


>>>LIRE AUSSI: Côte d’Ivoire: les mutineries emportent le ministre de la Défense

«Nous, les ‘‘8400’’ n’avons pas à nous plaindre (…). Souvenons-nous des 12 millions de FCFA par élément et des avancements en grade. Il nous faut manifester notre gratitude au président Alassane Ouattara. (…) Hier comme aujourd’hui et demain Alassane Ouattara est pour nous "intouchable"» affirme ainsi Adama Coulibaly, avant de s’en prendre à Guillaume Soro, l'ancien chef de la rebellion devenu président du parlement ivoirien. 

«Les discours et attitudes de Guillaume Soro nous abasourdissent. Monsieur Soro réclame au président Ouattara une reconnaissance à sa personne en le désignant notamment comme son successeur officiel. Pour ce faire, il entend même faire pression sur lui» poursuit Adama Coulibaly, qui accuse Guillaume Soro d’orchestrer des «manipulations» et des «désinformations» visant à un nouveau soulèvement de ces 8.400 ex-rebelles. 

«Nous ne nous laisserons plus jamais manipuler pour distraire le Président Alassane Ouattara de son travail. Il ne nous doit rien. Il a fait sa part à notre égard» a également déclaré Adama Coulibaly. 

« En revanche, vous, Guillaume Soro, vous nous devez. Et énormément! Vous avez gouverné le Nord pendant dix ans (…), y avez levé des impôts et (…) sans quasiment aucune rémunération pour nous, vos soldats. (…). C’est pourquoi, très bientôt, nous allons vous réclamer notre part», a-t-il également affirmé. 


>>>LIRE AUSSI: Côte d’Ivoire: l'opposition surfe sur la mutinerie pour acculer le pouvoir

Cette déclaration est intervenue alors que ces dernières semaines, une rumeur qui circule à Abidjan fait état d'une nouvelle mutinerie en préparation dans les rangs de ces 8.400 ex-rebelles, qui voudraient exiger le respect d'engagements non tenus par les autorités ivoiriennes.

Mais ces déclarations d'Adama Coulibaly, qui a affirmé dans les médias ivoiriens être le porte-parole des 8.400 ex-rebelles, ont été balayées d'un revers de main par un autre soldat, le sergent-chef Adama Ouattara.

Dans une déclaration publiée le mercredi 23 janvier dernier, Adama Ouattara a affirmé s'exprimer au nom des 8.400 ex-rebelles, infirmant les déclarations faites, deux jours plus tôt par Adama Coulibaly, et relayées par les médias ivoiriens: «nous ne nous reconnaissons pas dans le courrier publié par le prétendu sergent-chef Adama Coulibaly et nous doutons même de son existence», écrit ainsi Adama Ouattara. 


>>>LIRE AUSSI: Côte d’Ivoire. Mutinerie: un accord «sur les modalités de sortie de crise»

Dans cette dernière déclaration signée par un de leurs membres, les 8.400 ex-rebelles expriment leur reconnaissance à la fois à Guillaume Soro et à Alassane Ouattara.

Ils dénoncent également de «nombreuses tentatives de manipulation» visant à les amener à se dresser contre leurs anciens chefs de guerre dont leur «leader Guillaume Kigbafori Soro», au motif que ces derniers, dont Guillaume Soro, «se sont enrichis pendant la rébellion» au détriment de leurs hommes.

«Ils ont clairement demandé à certains d’entre nous de [nous] soulever pour exiger de nos chefs et de Guillaume Kigbafori Soro, le paiement de dix ans d’arriérés de primes de guerre à chacun de nous. (...) Nous demandons donc aux hommes politiques de nous laisser tranquilles et de tenir l’armée loin de leurs querelles politiciennes», écrit Adama Ouattara aux médias. 

«Enfin, nous remercions le président de la République et nous l’encourageons à tenir la dernière promesse qu’il nous a faite: celle de donner une villa et une voiture à chacun de nous pour nous récompenser d’avoir gagné la guerre. Nous restons dans l’attente de la satisfaction de cette dernière promesse», plaide également ce sergent-chef issu des 8.400 ex-rebelles. 

Pour l’heure, la hiérarchie militaire de l'armée ivoirienne, dont dépendent les 8.400 ex-rebelles qui y ont été incorporés, n’a pas encore réagi à ces déclarations, et encore moins apporté un démenti quant à leur origine.

Le fait est pour le moins curieux, pour des déclarations jugées graves, allant à l'encontre des principes de la subordination au sein de toute armée, et lesquels, s’ils devaient être confirmés, donnent tout de même un aperçu de l’ambiance qui règne actuellement au sein des casernes ivoiriennes. 

A LIRE AUSSI :

0.43373489379883 Sec