Risque pays. Maghreb: le Maroc premier de la classe, l'Algérie parmi les pays à risque élevé - Le360afrique.com

Risque pays. Maghreb: le Maroc premier de la classe, l'Algérie parmi les pays à risque élevé

Mise à jour le 07/02/2019 à 16h10 Publié le 07/02/2019 à 15h27 Par Moussa Diop

Coface
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#Economie

#Maroc La Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface) a publié son rapport sur le risque pays en 2019. Au niveau du Maghreb, le Maroc conserve sa note «A4» de risque convenable alors que l’Algérie est considérée comme un pays à risque élevé. Les détails.

Quels sont les risques qu’encourent les pays de la planète au titre de 2019? La Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface) vient d’y apporter une réponse en publiant son baromètre annuel: «Evaluation des risques pays».

L’assureur crédit français a ainsi passé au crible 161 pays. L’évaluation de chaque pays a porté sur ses perspectives de croissance des indicateurs macroéconomique (PIB, inflation, etc.) et les principaux risques (politique, économique, social, etc.) auxquels font face chaque pays.

En conjuguant ces différents facteurs, la Coface a mis à jour sa carte des évaluations des risques par pays. Une cartographie des risques très suivie par les entreprises exportatrices qui s’en servent pour apprécier les risques d’impayés des importateurs au niveau de chaque pays.

La Coface a attribué, à chaque Etat, une note en fonction du risque d’impayés des entreprises: A1 (risque très faible), A2 (risque peu élevé), A3 (risque satisfaisant), A4 (risque convenable), B (risque assez élevé), C (risque élevé) et D (risque très élevé).


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Au niveau du Maghreb, c’est le Maroc qui obtient la meilleure note, devant la Tunisie et l’Algérie.

Maroc: «A4», la meilleure note en Afrique

La Coface reste globalement confiante de l’économie marocaine. Au niveau de la croissance, elle prévoit un taux de croissance de l’ordre de 3,3% en 2019, contre 3,1% en 2018 grâce notamment à l’évolution favorable attendu du PIB agricole dans le sillage d’une bonne campagne agricole 2018-2019.

Au niveau budgétaire, les efforts de consolidations, entamés en 2013, ont permis une stabilisation progressive du déficit légèrement au dessus de 3%.

En outre, le Maroc devrait tirer profit de l’évolution favorable du marché des phosphates, de la hausse des exportations automobiles et du secteur aéronautique, de l’évolution favorable du secteur touristique, etc. Des évolutions qui devraient se traduire par une amélioration du déficit courant.


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Parallèlement, le royaume a vu ses réserves de change rester confortables et son exposition aux marchés des capitaux internationaux reste par ailleurs globalement maîtrisée, le protégeant contre toute volatilité des flux de capitaux.

Toutefois, la Coface alerte sur le risque social. Une situation qui a poussé le gouvernement à intensifier la mobilisation sociale. Ainsi, le budget 2019 amorce un virage social notable en allouant davantage de ressources à la santé et à l’éducation.

En outre, sur le plan politique, l’assureur-crédit souligne que la coalition issue des élections législatives de 2016, menée par le Parti Jjustice et Développement semble fragile.

En tenant compte de tous ces facteurs, la Coface juge que le risque d’impayés des entreprises restera stable au Maroc en 2019.

En conséquence, la Coface maintient la note du Royaume à A4 (ce qui correspond à un ""risque convenable").


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Il s’agit là, de fait, de la meilleure note attribuée par l’assureur crédit français à un pays africain. Quatre pays africains seulement ont été notés A4 en 2019 par la Coface: le Maroc, le Rwanda, le Botswana et le Kenya.

La Tunisie: perte d’une place

Si l’environnement économique s’améliore, grâce notamment au programme de prêt élargi du FMI, du soutien des pays occidentaux, de la nouvelle dynamique des secteurs du tourisme et des phosphates, l’économie tunisienne est loin de retrouver son dynamisme d’antan.

Ainsi, selon la Coface, à cause d’un environnement globalement difficile, la Coface table globalement sur une croissance du PIB de l’ordre de 2,9% en 2019. Une croissance faible, surtout quand on sait que l’inflation demeurera forte avec un taux de 7,5% sur toute l’année.

De plus, l’assureur crédit souligne la présence de disparités régionales, un taux de chômage élevé, la montée des tensions sociales avec notamment des grèves de fonctionnaires, sous-tendues par des revendications pour des revalorisations salariales, l’instabilité de la scène politique, etc.

La Coface brosse ce tableau, et indique qu'il intervient dans un contexte marqué par une aggravation des déficits jumeaux (budgétaire et compte courant) et un amenuisement des réserves de change.

C’est dans ce contexte globalement difficile que se dérouleront les échéances électorales prévues cette année en Tunisie, dont, tout particulièrement, l’élection présidentielle qui se tient dans un contexte politique et social incertain.


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Dans ce contexte difficile et surtout incertain, le risque d’impayés des entreprises tunisiennes pourrait croitre en 2019.

Partant, la Coface a dégradé la note de la Tunisie d’un cran, et le pays se retrouve désormais dans la catégorie des pays notés «C» (ce qui correspond à un "risque élevé").

L’Algérie: un pays à risque «élevé»

A l’instar de nombreux organismes internationaux (FMI, Banque mondiale, etc.), la Coface estime que les perspectives économique et financières de l’Algérie sont très incertaines. Elle table sur une croissance modérée de l’économie algérienne.

Ainsi, après une croissance de 2,8% en 2018, le pays devrait voir son PIB décéléré à 2,3% en 2019. En cause, la baisse des dépenses publiques, du fait du gel de certains investissements, consécutif à la crise financière que traverse le pays.

La Coface souligne aussi que le ralentissement de l’économie des hydrocarbures impacte négativement sur les secteurs dépendants de la dépense publique. En outre, un climat des affaires peu favorable continue à pénaliser l’investissement privé, et décourage les investisseurs étrangers.

En outre, la faiblesse du secteur financier, un environnement des affaires problématique, des lignes de fractures entre le pouvoir et la population, les lourdeurs bureaucratiques et les bilans des entreprises souvent indisponibles et peu fiables sont autant de facteurs qui pèsent sur l’environnement des affaires, selon la Coface.


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Outre le volet économique, la note de la Coface met l’accent sur les incertitudes et le contexte politique qui peut connaître de fortes tensions (manifestation de chômeurs et des salariés de certains secteurs d’activité) à un moment où l‘Algérie est engagée dans une élection présidentielle tendue.

Face à cette situation, le gouvernement algérien serait tenté d’orienter les ressources financières vers des transferts sociaux, afin de tenter d'acheter une nécessaire paix sociale durant cette année électorale.

De fait, cette situation risque d’impacter négativement sur les réserves en devises du pays, et donc accroitre l’inflation en cas de recours important à la «planche à billets».

Dans cet environnement où prédomine l’incertitude et un environnement des affaires défaillant, la Coface juge que la probabilité moyenne de défaut des entreprises reste élevée en Algérie.

En conséquence, l’assureur maintient, dans son guide annuel des risques, l’Algérie dans la catégorie «C» des pays catalogués à "risque élevé".

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