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Aucun miracle ne vous tombera du ciel, ni surtout de la télévision!

Par Karim Boukhari le 23/04/2022 à 10h03

La télévision n’a jamais remboursé personne. Elle ne vous rendra pas votre argent, alors éteignez-là pour retrouver votre liberté de voir le monde comme vous l’entendez.

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Il y a une chanson extraordinaire que l’on doit à un grand poète américain aujourd’hui décédé, Gil Scott-Heron, qui s’appelle: «The revolution will not be televised». C’était l’un des hymnes du début des années 1970. Ça évoquait le Vietnam, la drogue, la ségrégation raciale, etc.

 

Plus que tout cela, en scandant que la révolution ne sera pas télévisée, le poète voulait surtout dire à ses auditeurs et lecteurs : éteignez cette «putain de télévision» et bougez-vous, relevez-vous, vivez, sortez. Bref, retrouvez une vie normale. Rien, aucun miracle ne vous tombera du ciel, ni surtout de la télévision!

 

Adapté à notre époque, à notre pays, et surtout à notre télévision, l’hymne du poète noir américain donnerait quelque chose comme: «Si les programmes de la télévision marocaine ne vous plaisent pas, éteignez-là, lisez un livre!». C’est exactement ce qu’a dit Samia Akariou, une actrice de talent qui n’a pas sa langue dans la poche. Elle a mille fois raison. Et c’est pour cela que beaucoup lui sont tombés à bras raccourcis.

 

Pour qui se prend-elle pour cracher dans la soupe? Elle se prend pour quelqu’un qui a une tête, qui réfléchit, et qui dit ce qu’il pense. Tant pis pour les autres.

 

C’est si dur d’éteindre cette (p…) de télévision et de prendre un livre?

 

Le Maroc dispose aujourd’hui de plusieurs chaines, dont certaines sont thématiques. Il y a la religieuse, l’éducative, la sportive, etc. Mais rien à faire, ils veulent voir tout cela réuni dans le moindre film, émission, feuilleton, documentaire. Et ils veulent être caressés dans le sens du poil, ils veulent qu’on leur donne à voir une société fictive, c’est-à-dire puritaine, pudibonde, où rien ne remue, où il ne se passe rien à l’intérieur.

 

Un faqih célèbre, qui fait partie de cette nouvelle vague de « télévangélistes » à la marocaine, un extrémiste qui a l’habitude de faire sienne les fatwas d’Ibn Taymiyya (dont la célèbre «Tuez celui qui laisse la prière !»), interpelle ainsi son public. «Est-ce qu’il y a une cheikha dans ton quartier ? Non, pourtant il y a au moins une vieille femme qui lit le Coran tous les soirs. Alors pourquoi on voit la cheikha dans une fiction marocaine et pas la vieille avec son Coran?».

 

Vous avez compris? L’homme à barbe s’en prend à la fiction marocaine, avec un feuilleton («Al Maktoub») qui cartonne en ce moment. Elle est dépravée, elle ne pense qu’à l’audimat, et surtout elle ne traduit jamais la réalité.

 

Mais quelle réalité, mon vieux?

 

Bien sûr, nous sommes loin, loin, du débat sur la qualité. Nous sommes cantonnés dans le même carcan : pourquoi filmer un drogué ou une prostituée? Pourquoi ne pas filmer des hommes pieux?

 

La vérité, c’est que l’on peut et surtout l’on doit tout filmer. La piété comme le sexe. La dépravation comme les confréries religieuses. Mais dans une démarche qualité.

 

On peut même filmer de la science fiction, des histoires qui n’arriveront jamais, des dystopies, des films totalement abstraits.

 

Sinon? On peut toujours lire un livre. Mais un bon, hein!

 

La télévision n’a jamais remboursé personne, alors si pas contents: il suffit d’un geste pour l’éteindre et reprendre une activité normale.