Fermez les yeux et votez, s’il vous plait!

DR

ChroniqueOn vous dit: «Fermez les yeux et votez!». Ce n’est pas génial. C’est même horrible. Nous ne sommes quand même pas en Afghanistan pour «talibaniser» ainsi certaines candidatures féminines…

Le 28/08/2021 à 08h57

Donc, il n’y a rien à faire, les élections auront lieu, sans retard ni annulation. La campagne a même officiellement démarré, avec beaucoup de candidats qui se lancent pour la première fois, comme des grands.

Tout cela est sympathique. A cause ou grâce aux visages nouveaux et jeunes. Et malgré cette fâcheuse tendance des candidates «sans visage», qui ont le courage de se lancer dans la gestion des affaires publiques, mais pas celui de montrer leur visage sur des petites affiches.

Ce phénomène est triste. Il est nouveau et il est triste. Imaginez celui qui doit voter sans savoir pour qui il va voter. Parce qu’on vote pour des visages, pas seulement pour des noms souvent inconnus.

Imaginez que l’on vous appelle à acheter le nouveau maillot de Messi, ou la maison de vos rêves. Et on vous distribue un dépliant sans images. On vous invite alors à plonger dans le noir.

On vous dit: «Fermez les yeux et votez!». Ce n’est pas génial. C’est même horrible. Nous ne sommes quand même pas en Afghanistan pour «talibaniser» ainsi certaines candidatures féminines…

Ce n’est pas cohérent. C’est absurde. Comment peut-on prétendre à la gestion de la chose publique quand on refuse même de s’afficher en public? Je veux bien que l’on puisse répondre à cette question, mais d’un point de vue pratique, concret, réel, sans deviser sur le droit de se cacher (qui est par définition non conciliable avec la gestion des affaires publiques)…

Le pire, c’est qu’on nous dit que le «phénomène» (des candidates sans visage) touche même certains partis traditionnellement de gauche…

Cela nous amène droit au fond du problème. Et qui est de savoir quelle est la place réelle, dans le Maroc aujourd’hui, des islamistes? Les élections serviront de test grandeur nature. Le vote islamiste n’est pas seulement un vote-sanction contre les autres partis. Il est temps de le voir comme un vote pour des idées et un programme que l’on ne présente plus, tant ses préceptes courent dans les veines de tout un chacun.

Que pèsent cette idéologie et ses artéfacts (comme les candidatures sans visage) dans le Maroc d’aujourd’hui? Quel est leur degré de pénétration dans la société et, par ailleurs, dans les formations politiques connues pour être laïques?

Les élections auront l’objectif de répondre à ces questions, mais aussi à d’autres. On fera par exemple très attention, et plus que jamais, au taux de participation, au poids des jeunes et des femmes parmi les futurs élus.

Autant de paramètres qui nous renseigneront sur la vitalité et la fiabilité (ou pas) de l’exercice de la politique au Maroc, sur l’état d’avancement de l’apprentissage de la démocratie (quel vaste chantier, celui-là!), et plus généralement sur la confiance et l’espoir que les Marocains placent (ou ne placent pas) dans le processus politique en cours…

Et sinon? Bah, rien. Ou alors si. Une dernière petite chose, s’il vous plait.

Sur un plan plus personnel, plus subjectif, les élections représenteront un autre enjeu, avec un autre objectif, je dirais même un fol espoir: qu’elles ne donnent pas un nouveau coup de fouet à l’explosion des cas de Covid-19 au Maroc. Et que l’on ne se retrouve pas avec un nouveau variant, disons alif ou ba, marocain cette fois, estampillé «post campagne électorale».

C’est le plus beau des objectifs.

On peut rêver, non ?

Par Karim Boukhari
Le 28/08/2021 à 08h57