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Karim Boukhari
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Meknès la «douche»

Par Karim Boukhari le 25/01/2020 à 12h02

Comme Rabat et Salé, Meknès et Fès se demandent si c’est la poule qui a fait l’œuf, ou le contraire.

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J’aime beaucoup Meknès. Peut-être pour l’accent particulier des anciens de la ville, définitivement fâchés avec les «s». Un accent doux, qui laisse penser que la ville n’est faite que de douceurs… Ce qui n’est pas le cas, évidemment.

 

Comme d’autres villes anciennes du Maroc, Meknès semble en détresse. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive. Son présent n’est pas à la hauteur de sa longue histoire. Alors pourquoi, que s’est-il passé? Elle se tient la tête et devient un peu parano.

 

Comment se fait-il que son glorieux passé soit si peu valorisé? Que la ruralisation la ronge dans l’indifférence générale? Que tout le monde parle de Fès et oublie Meknès? Que son club de foot végète dans les divisions amateurs alors que Berrechid et Zemamra appartiennent à l’élite?

 

Meknès la «douche», pardon la douce, a la fierté malmenée. Elle attend une restauration, une réhabilitation, un retour au premier plan.

 

J’ai visité la ville dans le cadre d’un joli programme mijoté par le Conseil préfectoral du tourisme. Tout au long, je me suis entendu dire: «Il arrive, il arrive».

 

Meknech, pardon Meknès, attend la visite du roi. Elle l’attend et elle l’espère. Elle en rêve. Toute la ville est suspendue à cette visite, pour sortir de l’impasse. Cette attente, cette impatience, ont un sens. Meknès ressemble à une belle mariée abandonnée. Elle attend le retour de son fiancé, son roi.

 

On parle encore de Moulay Ismaïl, ses histoires, ses palais, ses murailles, ses minarets, ses prisons aussi. On parle moins de Hassan II, le sujet est tabou. Meknès pense qu’on lui a jeté un sort depuis sa fâcherie avec le défunt souverain. Elle pense que Fès lui a tout pris, même la ville sainte de Moulay Idriss Zerhoun et la ville fantôme de Volubilis.

 

Cette rivalité entre les deux villes peut faire sourire. Comme Rabat et Salé, Meknès et Fès se demandent si c’est la poule qui a fait l’œuf, ou le contraire.

 

Bien sûr, le guide touristique qui vous fait la visite rappelle que Meknès est la ville des oliviers, des vignes. Ses huiles et ses vins s’invitent à toutes les tables.

 

Le guide vous parle aussi des familles juives de Meknès, parmi les plus influentes dans l’histoire du Maroc. Il vous parle des raïss et des cheikh du Melhoun. Et des confréries, des saints et marabouts, des moussems, des traditions culinaires, de l’art de la joaillerie, et de tant de douceurs.

 

Que garder de tout cela ? Peut-être un arrêt sur la monumentale porte dite Bab Mansour, la plus grande du Maghreb, dit-on. Un site exceptionnel, héritier de tant de siècles d’histoire. Que de puissance et de majesté. Et puis, à l’entrée du temple, des jeunes, des femmes, des enfants au regard triste, hagard, assis ou debout, qui semblent être là pour «tuer le temps».

 

Le contraste entre la porte monumentale, ce désordre et cet ennui qui l’entourent, est saisissant. Tout Meknès est résumé là.