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Souriez, c’est Ramadan!

Par Karim Boukhari le 02/04/2022 à 10h01

Mieux vaut prendre les inconvénients de ce mois pas comme les autres avec sourire et philosophie. Si, si!

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Ramadan a toujours été un mois spécial. Les plus croyants vont jusqu’à l’appeler «sidna ramdane», comme s’il était un homme, un saint, et pas n’importe lequel: le messie tant attendu.

 

Mais les autres, tous les autres, c'est-à-dire les laïques, les musulmans light, les non pratiquants, les non croyants, les non musulmans, et cela fait un beau petit monde; ce petit monde donc redoute sidna ramdane. Ce n’est pas par défiance, condescendance, mépris ou manque de respect et de considération pour la foi de la majorité. 

 

Pourquoi le redoutent-ils? Parce qu’ils doivent raser les murs. Ils doivent se cacher, voire disparaître. Leur espace de vie se réduit considérablement, ils sont montrés du doigt, épiés, infantilisés. Ils n’ont plus le droit de mener une vie normale, en adultes libres et affranchis. Ils doivent faire comme les autres et être comme les autres.

 

Le Maroc est bien sûr un pays islamique, et ses lois en découlent. Mais le Maroc est aussi un pays moderne ou en voie de modernisation. Et la modernité n’est pas une question d’autoroutes et de franchises internationales, mais de lois et de mentalités.

 

Même s’il s’adapte à la règle de la majorité, un pays moderne doit respecter ses minorités. C’est à cela que l’on mesure d’ailleurs sa modernité, dans cette capacité à garantir les droits de ses minorités, qu’elles soient religieuses, sexuelles ou autres. Pourquoi continuer, alors, à pénaliser les non jeuneurs et à fermer les lieux de vie pendant le ramadan?

 

Sidna ramdane est bien sûr une formidable occasion de se rapprocher des siens, c’est aussi une fête où il est possible de retrouver son esprit d’enfant, parce que le temps s’arrête.

 

Mais la jolie médaille a aussi son revers. Quand le mois de la piété et du recueillement devient celui de la mauvaise humeur, du non travail, du sommeil, des rendez-vous reportés. Le mois de l’attente surtout. Quand on passe le jour à attendre, attendre que l’heure tourne, que le moment passe, à dormir, à ne rien faire ou à errer comme des zombies. Quand on croit que le plus important, c’est de tuer le temps. Comme si le temps était un poids dont il faut absolument se débarrasser.

 

Le ramadan devient alors un mois de congé non déclaré, un mois de confinement et de rétrécissement. Un mois de perdu.

 

Mais tout cela a malgré tout son charme. On ne va donc pas noircir tout le tableau. Personnellement, j’adore me rétrécir un peu, me recentrer sur l’essentiel, c’est-à-dire moi et mes petites choses. J’adore par-dessus tout les quelques minutes de calme extraordinaire qui suivent l’appel à la rupture du jeûne. Un silence absolu, où l’expression «entendre ses os» prend enfin tout son sens.

 

Avant de vous quitter en vous souhaitant un bon ramadan, je vous raconte une anecdote. Un ami, qui fait partie de la majorité décrite plus haut, mais qui a gardé son sens de l’humour, m’a dit ceci: «Khoya, je suis croyant et pratiquant et je jeûne, mais je souhaite que les restaurants et cafés restent ouverts… Parce que c’est le seul endroit, dans la ville, où je peux me soulager quand je ne suis ni au bureau, ni chez moi!».