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Souvenirs du 11 septembre

Par Karim Boukhari le 13/09/2014 à 20h59 (mise à jour le 13/09/2014 à 21h37)

Que faisiez-vous le 11 septembre 2001? Et qu’aviez-vous ressenti ce jour-là, à ce moment-là? Oui, oui, pendant que… Cela fait treize longues années que ces questions font le tour du monde.

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Que faisiez-vous le 11 septembre 2001? Et qu’aviez-vous ressenti ce jour-là, à ce moment-là? Oui, oui, pendant que… Cela fait treize longues années que ces questions font le tour du monde. Parce que tout le monde a forcément quelque chose à dire sur ce jour-là. Au Maroc, comme dans le reste du Monde arabe et musulman, on n’a pourtant pas dit grand-chose sur ce méchant souvenir. Parce que la langue de bois. Et parce qu’il est toujours difficile d’admettre que l’on s’est trompé. On se sent coupable de ne pas avoir compris, d’avoir eu la mauvaise attitude, d’être passé à côté de quelque chose. Un peu comme le cancre de la classe, qui lève le doigt et qui a la mauvaise réponse, et qui finit par baisser le doigt, honteux, mortifié de ne pas être comme les autres.

Deux images viennent à moi à l’évocation de ce fameux 11 septembre. La première, dans la journée, dans un vieux café du centre-ville à Casablanca. Nous étions quelques-uns à tuer tranquillement le temps quand la télévision, soudain, a commencé à cracher ces images incroyables des Twin Towers en feu. Il était trop tôt pour comprendre, il n’était pas encore question de Ben Laden et de tout le tutti quanti, il y avait juste ces images de feu, ensuite ces individus qui se projetaient en l’air… Dans mon café, la majorité des clients se mirent spontanément debout et commencèrent à pousser des cris de joie. Ils étaient hystériques et ressemblaient à des supporters de foot en liesse. Quelqu’un s’est même mis à compter le nombre de personnes qui se jetaient du haut des tours jumelles pour échapper au feu. Il levait les bras au ciel et criait à chaque fois comme si son équipe favorite était en train de marquer des buts… Cette image et ce souvenir resteront parmi les plus honteux de ma vie.

La deuxième image de ce 11 septembre a eu lieu dans la soirée. Je devais traiter affaire avec un ami français qui venait d’atterrir un peu plus tôt dans la journée. Il était bouleversé et ne pensait qu’à rentrer dans son pays. Déjà. "Pourquoi?", n’arrêtais-je pas de lui demander, incrédule devant tant de sensibilité. "Pour faire mon deuil et être parmi les miens après ce qui vient de se passer". Je me suis senti différent ce jour-là, comme si un gouffre me séparait de la personne en face de moi. Il était en état de choc, j’étais à peine perturbé. Comme si nous n’appartenions pas tout à fait à la même espèce.

Ces souvenirs du 11 septembre me mettent mal à l’aise. J’ai tenu à les exorciser le jour où l’occasion m’a été offerte, quelques années plus tard, de me rendre au Ground Zero, à New York, là où des gens venus des quatre coins de la planète se mélangent les uns aux autres et se recueillent en silence, dignement, comme un seul homme. J’étais ému aux larmes parce que je me suis senti concerné, je n’étais plus différent. Enfin !

Le 11 septembre 2001 nous avait permis, à nous autres, de marquer notre différence de bien triste manière. J’espère que beaucoup parmi nous ont fait du chemin depuis. J’espère qu’ils ont compris que ce jour-là, ce n’est pas « les autres » qui ont été attaqués mais l’humanité, c'est-à-dire nous.

Nous avons toujours appelé les autres (le bloc occidental, les Américains, les non musulmans) à nous comprendre, comme si nous étions des enfants qu’il faut savoir prendre et ne pas tenir pour responsables de leurs actes. C’est cette attitude qui nous a tenus et nous tiendra encore à l’écart de l’humanité et à l’écart des grandes préoccupations de notre temps. Il nous faudra peut-être plus que les treize ans qui viennent de s’écouler pour le comprendre. Pas beaucoup plus, j’espère.