Voter, c’est rêver, disent-ils…

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ChroniqueBeaucoup de Marocains s’apprêtent à voter, non pas «pour» mais «contre» un projet, un programme ou des idées. Leur rêve se limite à empêcher leur cauchemar de devenir réalité.

Le 24/09/2016 à 17h02

Des milliers de personnes ont défilé, dimanche dernier à Casablanca, pour manifester contre l’islamisation galopante de la société. Le Maroc laïc et moderniste se serait-il enfin réveillé ? Eh bien non, le fait est que la plupart des manifestants sont sortis ce jour-là sans savoir exactement pourquoi. Ils n’avaient même pas lu le contenu de leurs banderoles. On leur a demandé de sortir, alors ils sont sortis. On les a même amenés d’autres villes du royaume et on leur a collé des pancartes sur la poitrine, alors ils ont «manifesté». A tort et à travers! Contre tout et n’importe quoi!

Quel triste jour de voir ce soi-disant appel à la «modernité» porté par tous ces pauvres gens, pressés d’encaisser leur dû et de regagner leur tanière après un long voyage jusqu’à Casablanca!

Mais si la marche a ressemblé à une plaisanterie, l’islamisation, et même ce que certains appellent la Daechisation des esprits, est malheureusement une affaire sérieuse. C’est une réalité qui gagne du terrain. Demain, un jour, elle risque de crever l’écran.

Si les islamistes gagnent les élections du 7 octobre, plus personne ne contestera leur suprématie, établie il y a de cela cinq ans. Si les islamistes perdent, ils basculeront dans les rangs de l’opposition, ce qui est peut-être le meilleur moyen de faire entendre leur voix. Ils seront gagnants dans les deux cas.

Nous parlons bien des islamistes et pas seulement du PJD.

A côté du PJD, qui poursuit son bonhomme de chemin, sûr de sa force et de la fidélité de son peuple, nous avons aussi le cas très problématique des salafistes qui se présenteront sous des bannières différentes aux prochaines élections. Entre salafistes istiqlaliens, salafistes soi-disant «libéraux», repentis, reconvertis ou autres, nous sommes bien servis. Tous ces gens ne seront pas élus, mais certains vont atterrir au Parlement pour ce qui sera une grande et triste première pour ce pays.

Hier, les salafistes étaient «circonscrits» dans le circuit des mosquées. Dans quelques semaines, leur action, leurs prêches, leurs «programmes» vont atterrir au Parlement, à la télévision. Ils passeront du minbar de la mosquée au salon et à la salle à manger de tous les Marocains. Ils gagneront en influence et en respectabilité.

Le climat médiocre dans lequel nous vivons aujourd’hui amène beaucoup de personnes sincères à se demander: "Pourquoi voter, et surtout pour qui voter ?".

Le vote est un acte politique. Mais le non-vote aussi.

En théorie, voter, c’est rêver. On vote pour un projet, un programme, des idées. On vote parce qu’on croit à un monde meilleur. Et parce qu’on croit que sa petite voix apportera une contribution à ce monde meilleur.

Dans les faits, et face à la médiocrité générale, beaucoup d’entre nous s’apprêtent à voter non pas «pour» mais «contre» un projet, un programme ou des idées. Ils ne rêvent plus, ou alors leur rêve se limite à empêcher leur cauchemar de devenir réalité.

Par Karim Boukhari
Le 24/09/2016 à 17h02