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Ce Fezzan d’où viennent les rebelles tchadiens

Par Bernard Lugan le 04/05/2021 à 12h00

En 2012, une fois Mouammar Kadhafi renversé, éclata une féroce guerre entre Toubou et Arabes et le Fezzan devint alors une zone grise dans laquelle prospérèrent les opposants tchadiens qui devinrent, à partir de 2015, les supplétifs de tous les ennemis du général Haftar.

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C’est en combattant des rebelles tchadiens venus du Fezzan libyen que le président Idriss Déby Itno a trouvé la mort.

 

Depuis des décennies, la plupart des rébellions tchadiennes ont leur base arrière dans cette région. Pour ne parler que des plus récents évènements concernant cette région, arrêtons-nous à l’année 2007. Le colonel Kadhafi qui n’arrivait pas à contrôler ceux des Toubou vivant au Fezzan –la majorité de ce peuple réside au Tchad–, décida alors de leur retirer la citoyenneté libyenne au motif qu’ils seraient Tchadiens. Les expulsions se multiplièrent au profit des tribus arabes, notamment les Awlad Suleiman et c’est pourquoi dès le début de la révolution de 2011, les Toubou entrèrent en guerre contre le colonel Kadhafi. En 2012, une fois ce dernier renversé, éclata une féroce guerre entre Toubou et Arabes et le Fezzan devint alors une zone grise dans laquelle prospérèrent les opposants tchadiens qui devinrent, à partir de 2015, les supplétifs de tous les ennemis du général Haftar.

 

Le 16 octobre 2018, maître de la Cyrénaïque et du croissant pétrolier du golfe des Syrtes, le général Haftar effectua une visite officielle à N’Djamena. En échange de l’appui qui allait lui être donné dans sa politique de conquête du Fezzan, le général Haftar s’engagea à pourchasser les opposants au président Idriss Déby Itno qui y étaient réfugiés.

 

Au début de l’année 2019, l’offensive du général Haftar eut pour résultat que les rebelles au président Idriss Déby Itno quittèrent la Libye pour retourner au Tchad. Ceux qui, au mois de janvier 2019, pénétrèrent dans l’Ennedi étaient dirigés par les frères Timan et Tom Erdibi, tous deux Zaghawa Bideyat et neveux du président Idriss Déby Itno avec lequel ils s’étaient brouillés en 2004. Tentant le tout pour le tout, ils lancèrent leurs forces à la conquête de N’Djamena sous le drapeau de l’UFR (Union des forces de la résistance). Mais les 4, 5 et 6 février, l’aviation française détruisit leur colonne dans la région de Bao au nord-est de l’Ennedi.

 

De leur côté, ceux des rebelles qui entrèrent au Tibesti du début de l’année 2019, le firent sous la bannière du CCMSR (Conseil de commandement militaire pour le salut de la République), un mouvement ethno-centré sur les Toubou-Goranes. Le CCMSR s’était séparé du FACT (Front pour l’alternance et la concorde au Tchad) mouvement également émanation des Toubou-Goranes qui avait été fondé au mois d’avril 2016 par Mahamat Mahdi-Ali. Le FACT rassemblait lui aussi des Toubou-Gorane de l’Ennedi mais qui appartenaient à d’autres clans. Le CCMSR était soutenu par la ville libyenne de Misrata qui cherchait, à travers lui, à avoir un continuum vers le sud et la route des oasis menant à la fois vers le Tchad et vers le Niger. Au Tchad, ces rebelles s’appuyèrent à la fois sur l’irrédentisme toubou et sur les orpailleurs clandestins qui exploitaient les mines d’or de Miski et de Kouri Bougoudi.

 

Quant à l’offensive du mois d’avril 2021 qui coûta la vie au président Idriss Déby Itno, elle fut également lancée à partir du Fezzan, mais par le FACT, donc une fois encore essentiellement par des Toubou-Gorane. La clé de la stabilité du Tchad passe donc clairement par le rôle politique que joueront ou voudront jouer les différents clans toubou.