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La candidature de Seif al-Islam à l’élection présidentielle libyenne

Par Bernard Lugan le 23/11/2021 à 12h01

Comme la solution libyenne passe par la reconstruction du système politico-tribal édifié par le colonel Kadhafi, et non par le placage d’un système démocratique «à l’occidentale», l’annonce de la candidature de Seif al-Islam, le fils du défunt colonel à la présidence de la république, est une nouvelle importante.

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Après avoir été tour à tour colonisée par les Grecs, les Carthaginois, les Romains, les Byzantins, les Arabes et enfin par les Italiens, la Libye se caractérise par la faiblesse du pouvoir central face aux permanences tribales et régionales.

 

Véritables «fendeurs d’horizons», les ensembles tribaux les plus forts ont toujours contrôlé les couloirs de nomadisation reliant la Méditerranée à la région tchadienne. Les trafics d'aujourd'hui (drogue et migrants), se font le long de ces voies tracées par la géographie. C'est sur elles que s'ancrent les solidarités jihadistes qui désolent la bande sahélo-sahélienne.

 

Voilà pourquoi, ceux qui, en 2011, au nom de l'ingérence démocratique, mirent à bas le régime du colonel Kadhafi, ont fait voler en éclats cette subtile alchimie tribale et directement provoqué le chaos.

 

En Libye, la réalité politique repose en effet sur l’équilibre et sur les jeux de pouvoir entre les confédérations tribales et régionales. Trois grandes confédérations (coff ou saff) tribales existent en Libye, la confédération Sa'adi en Cyrénaïque, la confédération Saff al-Bahar dans le nord de la Tripolitaine et la confédération Awlad Sulayman qui occupe la Tripolitaine orientale et intérieure ainsi que le Fezzan.

 

Le colonel Kadhafi avait ancré son pouvoir sur l'équilibre entre ces trois grands çoff.

 

Issu de la tribu des Qadhadfa dont le cœur est la ville de Sebha, Mouammar Kadhafi épousa une Firkeche, segment clanique de la tribu royale des Barasa, un mariage qui lui permit de construire une alliance entre les Qadhafda et les grandes tribus de Cyrénaïque liées aux Barasa.

 

Son pouvoir s'exerça alors sur toute la Libye car il reposait sur les trois grandes confédérations tribales du pays:

 

– celle de Cyrénaïque avec la confédération Sa'adi rassemblant les tribus alliées aux Barasa,
– celle du couloir allant des Syrtes au Fezzan avec sa propre confédération,  celle des Awlad Sulayman (Ouled Slimane).
– Celle du nord de la Tripolitaine à travers la confédération al-Bahar et cela grâce à ses alliés, les Margarha de Sebha, dont le centre est la ville de Waddan à environ 280 km au sud de Syrte.

 

Aujourd’hui, il serait singulièrement inconséquent de prétendre vouloir stabiliser, puis reconstruire la Libye sans prendre en compte cette archéologie tribale sur laquelle reposent ses définitions culturelles, politiques, sociales, économiques et religieuses.

 

Dans ces conditions, comme la solution passe par la reconstruction du système politico-tribal édifié par le colonel Kadhafi, et non par le placage d’un système démocratique «à l’occidentale», l’annonce de la candidature de Seif al-Islam, le fils du défunt colonel à la présidence de la république, est une nouvelle importante.

 

En théorie, ce dernier qui dispose de l’appui du conseil des tribus est en effet le seul à pouvoir reconstituer ce système politique puisque, par son père, il fait partie des alliances tribales de Tripolitaine et que, par sa mère il est issu de celles de Cyrénaïque. A travers lui l’engrenage des alliances entre les confédérations tribales pourrait donc en être rétabli.

 

Cependant, une question se pose: les élections auront-elles lieu et si oui dans quelles modalités? Dans l’immédiat, la multiplication des candidatures complique singulièrement la situation, cependant que les «parrains» extérieurs des divers candidats s’agitent en coulisse.