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Quand le Soudan suit l’exemple égyptien

Par Bernard Lugan le 02/11/2021 à 12h00

Aujourd’hui, comme en Egypte dans les années 2011-2013, la tentative de greffe au forceps de la démocratie à l’européenne a débouché sur le chaos. Les jours qui viennent nous diront si la solidité de l’armée soudanaise est à l’image de l’armée égyptienne.

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L’Egypte et le Soudan partagent une partie d’histoire commune depuis l’époque pharaonique prolongée jusqu’au XXe siècle colonial du temps du Soudan anglo-égyptien. Aujourd’hui, comme en Egypte dans les années 2011-2013, la tentative de greffe au forceps de la démocratie à l’européenne a débouché sur le chaos. Voilà pourquoi les évènements en cours au Soudan sont en grande partie le décalque de ce qui s’est passé en Egypte il y a une décennie.

 

En Egypte, laissant déferler la vague des «printemps arabes» devenue incontrôlable, l’armée a déposé le maréchal Moubarak, abandonnant en apparence le pouvoir aux civils. Pensant qu’il avait gagné, le président  Morsi, un Frère musulman, donc l’ennemi mortel des militaires, commit alors plusieurs fautes politiques sous le regard attentif de ces derniers qui laissèrent le mouvement révolutionnaire se diviser. Puis, en 2013, jouant sur l’exaspération de la population ulcérée par les pénuries et les désordres, l’armée reprit le pouvoir. A l’issue du «printemps arabe», la parenthèse civile et l’anarchie qui s’en était suivie, fut donc refermée, le général al-Sissi ayant succédé au maréchal Moubarak …

 

Au Soudan, en 2019, l’armée fut à son tour face à une énorme contestation populaire. Ne voulant pas affronter directement la foule, elle fit comme l’armée égyptienne et elle laissa les manifestants chasser du pouvoir le général  Omar el-Béchir. Mais, et une fois encore tout comme en Egypte, elle demeura en réalité maîtresse du jeu à travers la création d’un Conseil de Souveraineté présidé par le général al-Burhane, et d’un gouvernement de transition composé pour moitié de militaires et de civils présidé par Abdallah Hamdok.

 

Toujours comme en Egypte, l’armée laissa ensuite pourrir la situation, tout en laissant la composante civile du gouvernement accumuler les fautes. Cela lui fut d’autant plus facile que le pays est en faillite depuis que l’indépendance du Soudan du Sud en 2011 l’a privé d’environ 75% de ses recettes pétrolières. La dette nationale est colossale, les pénuries apocalyptiques et, pour ne rien arranger, le poumon du pays qui est Port-Soudan sur la mer Rouge, est régulièrement bloqué par l’insurrection de l’ethnie des Bedja qui vit dans son arrière-pays.

 

Dans la nuit du 24 au 25 octobre, la composante civile de l’Etat menaçant les intérêts économiques et judiciaires de l’armée, le général al-Burhane prit un pouvoir qu’il exerçait déjà largement à travers le Conseil de Souveraineté.

 

Le moment était en effet crucial car les forces armées ne pouvaient accepter de voir leur mainmise sur l’économie du pays remise en question. De plus, la composante civile du gouvernement venait de donner son accord à la livraison du général Omar el Béchir, l’ancien chef de l’Etat, au tribunal pénal international en raison de crimes censés lui être attribués dans la guerre du Darfour, ce que nombre de militaires ont perçu comme une insulte. Mais également comme une menace car tous les hauts officiers de l’armée soudanaise ont participé à ces terribles évènements.

 

Les jours qui viennent nous diront si la solidité de l’armée soudanaise est à l’image de l’armée égyptienne. Si oui, comme en Egypte, après le théâtre d’ombres civil, un général aura donc succédé à un autre général…