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Rachid Achachi
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Alger et la géopolitique du «wesh wesh»

Par Rachid Achachi le 14/07/2022 à 12h01 (mise à jour le 14/07/2022 à 12h16)

Dans le cadre de l’hostilité tous azimuts exprimée par l’Algérie à l’encontre du Maroc, le régime d’Alger a décidé cette fois d’investir le net, avec une maladresse qui n’a d’égale que son animosité et sa rancune.

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Récemment, comme le rappelle cette contribution, une campagne anti-marocaine menée par les renseignements algériens, par la médiation de trolls payés au rabais, a ciblé un certain nombre de personnalités marocaines, dont le crime serait de défendre intelligemment, preuves à l’appui, les positions et les intérêts supérieurs du Maroc, en pointant au passage les contradictions internes du régime algérien et la dimension fallacieuse de ses attaques contre notre pays.

 

Pour ma part, j’ai reçu une avalanche d’insultes sur mes différents comptes, ainsi que des menaces de mort sur Twitter et Instagram qui ne m’ont fait, à vrai dire, ni chaud ni froid. Sauf une, où un troll algérien jura qu’il allait me brûler vif. Ce à quoi j’avais eu envie de répondre qu’étant donné les prix à la pompe, ce n’était peut-être pas là le moyen le plus économique de le faire.

 

Un autre troll, plus pathétique mais non sans créativité, proposa au pouvoir algérien à travers une story Instagram de monter un commando, juste pour me liquider. La preuve vivante que l’abus de Netflix n’est pas bon pour la santé mentale.

 

C’est dire à quel point le régime algérien est solide, vu qu’un simple citoyen marocain peut, par ses propos ou ses articles, menacer sa stabilité. Mais bon, passons à un autre aspect plus ludique de la chose.

 

L’un des éléments qui m’a le plus interpellé est que la majorité des attaques et insultes ont été proférées dans un français que je qualifierais de tentative de génocide à l’encontre de la langue de Molière. Des fautes d’orthographe, de syntaxe et de conjugaison qui, combinées à la nature des publications sur ces profils, ne laissent aucun doute sur le fait que ces comptes publient majoritairement ces méfaits à partir du territoire français. Autrement dit, de la racaille de banlieues, financée par les renseignements algériens, pour jouer les gros durs sur les réseaux sociaux, en vantant la gloire et la grandeur de l’Algérie, tout en crachant leur venin sur le Maroc. C’est ce que j’appelle la géopolitique du «wesh wesh».

 

Mais une question me taraude: si l’Algérie est un pays si sublime et magnifique, pourquoi n’allez-vous pas y vivre? Ou bien peut-être que le RSA et les APL valent mieux que la mère-patrie?

 

De même, si votre régime est tellement solide et que votre armée est si glorieuse, pourquoi vous souciez-vous tant des analyses et des décryptages effectués par quelques journalistes, juristes et intellectuels marocains sur l’Algérie et les relations bilatérales entre nos deux pays?

 

Au fond, tout ultra-nationalisme n’est jamais que le symptôme d’un manque de légitimité historique. Rappelons que le nazisme et le fascisme sont nés en Allemagne et en Italie, soit dans deux pays qui avaient, à l’époque, à peine 50 ans pour l’Italie, réunifiée à travers le «Risorgimento» mené d’une main de fer par le général Garibaldi, et 60 ans pour l’Allemagne, officiellement unifiée en 1871 sous le règne du Roi de Prusse Guillaume Ier, épaulé par son célèbre chancelier Otto Von Bismarck.

 

De même, l’ultra-nationalisme turc d'Atatürk fut une manière de camoufler la diversité des fonds anthropologiques, culturels et religieux de l’Anatolie.

 

Ainsi, pangermanisme, panturquisme ou panarabisme, tous ces «pan» sont la double expression d’un mimétisme des nationalismes occidentaux du début du XXe siècle, et d’un désir de négation de la diversité culturelle des peuples sur ces territoires.

 

Les Kabyles et les Mozabites en savent quelque chose. Si le Maroc a échappé à ce délire idéologique, c’est avant tout parce qu’il est l’héritier d’un empire millénaire, dont la diversité, loin de l’effrayer, au contraire, constitue sa richesse et le fondement de sa vitalité historique. La légitimé et la profondeur historique n’est pas l’apanage de tous les Etats, et c’est ce qui, au-delà de ces diatribes algériennes, irrite tant le pouvoir en Algérie, qui, au moment de sa conquête par la France, était une régence sous tutelle turque, soit à la périphérie d’un vaste empire dont le siège se trouvait à Istanbul.

 

C’est donc parce que l’Algérie n’a ni tradition étatique ni enracinement historique qu’elle se voit obligée de nourrir un ultra-nationalisme qui frôle la caricature. Une dynamique de compensation répandue à travers la population, via une propagande bancale et de plus en plus inefficace.

 

Pour ma part, cette récente offensive sur les réseaux sociaux est, contrairement au souhait de ses commanditaires, l’aveu et l’expression d’un système politique qui se retrouve dos au mur. Incapable de gagner la moindre bataille diplomatique ou économique, les réseaux sur internet demeurent donc l’ultime exutoire d’un ultra-nationalisme anachronique et caricatural, qui, peut-être, espérons-le pour les généraux algériens, revêt un caractère thérapeutique d’un point de vue psychologique, pour ne pas dire psychiatrique.