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Rachid Achachi
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Ligue arabe: le sommet de la dernière chance?

Par Rachid Achachi le 15/09/2022 à 11h59 (mise à jour le 15/09/2022 à 12h10)

Plus que quelques semaines avant la tenue du prochain sommet de la Ligue arabe à Alger, soit le premier depuis le début de la pandémie de Covid-19.

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Le 1er novembre prochain, les chefs d’Etat arabes ou leurs représentants se réuniront dans un climat diplomatique très particulier, caractérisé par des tensions et des fractures profondes entre Alger et Rabat, ou dois-je dire, par des tensions internes de l’Algérie mais projetées sur le Maroc.

 

Maintenant, trêve de psychanalyse de comptoir et passons à l’essentiel. Car certaines rumeurs non confirmées pour l’instant avancent le fait que le Roi Mohammed VI assistera en personne au sommet.

 

Si cela venait à se confirmer, cette présence serait lourde de sens, voir de conséquences à différents niveaux, quant aux perspectives d’apaisement entre les deux pays. Car après plusieurs mains tendues par le Maroc à l'Algérie à travers différents discours royaux ces dernières années, la présence physique du Souverain au sommet pourrait amener le pouvoir algérien à faire face à un choix cornélien, à savoir trancher entre les sentiments et la raison, entre le ressentiment et le devoir vis-à-vis de son propre peuple et de la stabilité de toute la région. Puisque, comme le dit un proverbe gallois, «il est facile d’être courageux, caché derrière de hautes murailles». Ainsi, soit Alger profite de la présence du Souverain pour adopter un discours d’apaisement et de désescalade, tout en sauvant la face en raison du haut niveau de représentativité que pourrait avoir ce sommet. Soit, elle décide d’envenimer les choses, donnant un caractère quasi-irrémédiable à l’aventure diplomatique qu’elle a enclenchée ces deux dernières années, avec toutes les conséquences lourdes que cela aura sur les relations entre nos deux pays.

 

Peut-on ainsi parler du sommet de la dernière chance? Peut-être bien, du moins à court terme, puisque, comme il m’arrive souvent de le rappeler, la temporalité des Etats n’est pas celle des hommes et ce qui est fait par les hommes peut être défait par l’histoire sur la longue durée.

 

De même, la main tendue par le Maroc a toujours été une main de fer, mais dans un gant de velours. Car à aucun moment, il n’a été question de transiger sur notre intégrité territoriale ou de rechercher un quelconque compromis qui se ferait au détriment de cette dernière. Cela n’ôte en rien la dimension fraternelle de la démarche qui vise à convaincre l’Algérie d’entrevoir une perspective de coopération et d’amitié bénéfique à nos deux pays. Cette main tendue a toujours été une invitation franche et ouverte à sortir définitivement de cette logique conflictuelle, qui prend en otage le potentiel de développement de toute la région, d’autant plus que la légitimité de la position marocaine est très probablement actée et admise même par le pouvoir algérien, du moins dans le secret. Même si formellement, la rhétorique d’Alger rejette d’un revers de la main les arguments du Maroc, en invoquant un logiciel anachronique datant de la guerre froide et qui pourrait aisément se retourner contre ceux-là même qui le professent, notamment sur la question kabyle.

 

Mais même si le Souverain décide de ne pas y aller et envoie quelqu’un le représenter, cela ne changera rien à la dynamique profonde de notre cause.

 

Cependant, sa présence pourrait par bien des aspects hâter le dénouement de certaines tensions, dans un sens ou dans l’autre. Mais la pertinence de cette décision revient exclusivement au Roi, qui est le mieux placé pour évaluer la situation et décider du «momentum diplomatique» dans ce dossier.

 

De l’autre côté, l’Algérie est un pays souverain qui peut faire un bon ou un mauvais usage de la souveraineté. Car ce à quoi aspire le peuple algérien dans sa majorité, c’est bien à plus de prospérité, de justice et de liberté, et aucunement à une guerre contre le Maroc dont, au final, personne ne sortira réellement vainqueur, sinon des puissances étrangères situées un peu plus au nord, et qui ont tout intérêt à entretenir les tensions et les fossés dans la région, afin d’établir des arbitrages exclusivement en leur faveur.

 

Ainsi, une souveraineté bien comprise du côté algérien ne saurait être pensée sans le renforcement de la souveraineté de tous les pays voisins. Et sur ce terrain-là, le ressentiment et les ambitions hégémoniques n’ont pas leur place. De ce point de vue, l’Algérie se doit impérativement de changer de logiciel.

 

On me reproche souvent d’exhumer le concept de «Maghreb», mais j’insiste sur la pertinence de ce dernier sur le plan géopolitique.

 

Oui, le Maroc trace et tracera son chemin avec ou sans le Maghreb. Mais il est tout aussi vrai que la juxtaposition des souverainetés nationales et d’une souveraineté régionale permettra à chacun des pays du Maghreb d’amplifier son poids géopolitique, son potentiel de développement et, par conséquent, l’assise de sa puissance et de sa souveraineté.