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Rachid Achachi
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Maghreb United: un jour, peut-être?

Par Rachid Achachi le 09/06/2022 à 11h59

Imaginez un instant pouvoir prendre un train de Nouakchott jusqu’à Tanger, ou de Tanger jusqu’à Tunis ou Tripoli, en passant par Alger…

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En 1989, il y a de cela 33 ans, un traité fut signé à Marrakech par les cinq chefs d’Etat des pays du Maghreb. L’objectif était de concrétiser un rêve qui datait de plusieurs décennies, celui de la création d’une Union du Maghreb Arabe. Ce projet autant ambitieux que visionnaire aurait pu, s’il avait réellement vu le jour, constituer un tournant géopolitique dans le monde post-guerre froide.

 

En effet, un espace géopolitique réunissant la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Libye aurait pu non seulement peser dans les relations avec le monde occidental, mais également permettre de fonder une puissance et une prospérité sans commune mesure avec la situation actuelle.

 

Plus de 6.000.000 km2, 102 millions d’habitants, un PIB d’environ 400 millions de dollars et des complémentarités économiques et géographiques évidentes font que ce bloc supranational avait tout pour réussir. Le tout relié par des infrastructures énergétiques, routières et ferroviaires communes.

 

Imaginez un instant pouvoir prendre un train de Nouakchott jusqu’à Tanger, ou de Tanger jusqu’à Tunis ou Tripoli, en passant par Alger.

 

Des pays et des nations ont vu le jour avec moins que ça. La création de l’Allemagne dans une perspective impériale en 1871, ou de l’Italie en 1861 avec le Risorgimento, sont la preuve, j’ai envie de dire, vivante qu’une dynamique culturelle et civilisationnelle, puis politique ne relève pas de l’utopie.

 

Cependant, l’histoire ne peut être décrétée selon le bon vouloir des peuples ou des chefs d’Etat, de même qu’elle ne tolère jamais que l’on mette la charrue avant les bœufs.

 

Et c’est là où je veux en venir.

 

Peut-être serait-il plus pertinent, et ce, bien avant de spéculer sur l’intérêt économique ou géopolitique, de voir dans quelle mesure la dimension civilisationnelle pourrait constituer un socle solide et inébranlable pour une union maghrébine.

 

Sur YouTube, vous pouvez trouver des animations cartographiques qui résument l’évolution des empires sur 1.000 ans d’histoire. Si l’on pouvait en faire de même pour la région du Maghreb, nous verrions de manière limpide que tous les empires qui se sont succédés l’ont fait dans un mouvement d’expansion maximale (empire almohade) jusqu’à l’actuelle Tripolitaine en partant de l’actuel Maroc, puis de contraction et de perte de territoire et ainsi de suite, dans une logique cyclique. Il apparaît, dès lors, évident qu’il s’agit d’un immense territoire vivant, animé par des impulsions dont le Maroc est le cœur et le noyau centralisateur.

 

Ces dynamiques impériales n’ont pas été simplement l’occasion d’une augmentation de puissance, elles ont avant tout rendu possible la diffusion d’idées, de modes de vie, de croyances et de valeurs communes, à l’intérieur d’un espace pacifié. Une sorte de «Pax Maghrebica», parsemée ici et là de conflits tribaux ou dynastiques. Mais la structure était là, et elle l’est toujours. Dans l’imaginaire profond des peuples du Maghreb. Car elle est avant tout culturelle et mentale. Cependant, elle demeure latente et prise en otage par les rivalités propres aux Etats-nations.

 

De même, des reliquats du passé et des prismes idéologiques désormais anachroniques font qu’un pays comme l’Algérie continue d’entretenir des foyers de tensions et d’entraver aussi bien la paix que le bon voisinage entre les pays de la région.

 

Car là où l’Algérie pourrait de par sa position géographique jouer un rôle de relais politique et civilisationnel en vue de fonder une grande union maghrébine, elle choisit de faire cavalier seul, au détriment de l’intérêt collectif. Au détriment de ses propres intérêts!

 

Mais cela paraît somme toute logique, dès lors que l’on pose le bon diagnostic. A savoir que le blocage ne réside pas dans le peuple algérien que Sa Majesté le Roi a qualifié à plusieurs reprises de «Peuple frère», mais dans un régime qui phagocyte tout le potentiel de développement et de prospérité du peuple algérien. Un régime qui, à travers une propagande haineuse, n’hésite pas à distiller une haine du Maroc au sein de sa propre population par pur calcul politique. Le récent Hirak en Algérie aurait pu faire bouger les lignes si le Covid n’était pas passé par là. Et l’on voit bien que la récente escalade de tensions diplomatiques enclenchées par Alger à l’encontre du Maroc ne visait, au fond, qu'à éviter la résurgence d’un nouveau Hirak, d’un vent de changement salutaire pour tout le monde dans la région, sans violence et sans bain de sang.

 

Une stratégie vieille comme le monde: la diversion, ou l’invention d’un ennemi extérieur, pour occulter et faire taire les contradictions internes.

 

Jusqu’à quand? Jusqu’à quand une poignée de généraux continuera-t-elle à prendre en otage un peuple, un projet civilisationnel, économique et politique désiré par plusieurs pays et peuples?

 

L’histoire nous le dira…

 

En attendant, le Maroc trace son chemin, et se tient prêt à tout moment à rejouer son rôle historique millénaire, celui d’être un pôle civilisationnel régional et un centre d’impulsion de dynamiques intégratrices.