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Covid ou l’impossible discussion

Par Fouad Laroui le 29/12/2021 à 12h01

Une discussion suppose qu’on puisse faire changer d’avis celui ou celle qu’on a en face de soi. Avez-vous jamais réussi à faire changer d’avis qui que ce soit sur la pandémie?

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«Quand la guerre éclate, la première victime est la vérité.» Cet aphorisme, qu’on a attribué à divers auteurs, d’Eschyle à Samuel Johnson, signifie qu’en cas de conflit la propagande, dans les deux camps, prend le pas sur l’information objective. George Orwell en a donné une version qui me semble encore plus juste: «parmi les calamités de la guerre, il y a la diminution de l’amour de la vérité».

 

La version d’Orwell correspond davantage à ce qu'il se passe depuis le début de la pandémie. La plupart de ceux qui prennent part aux discussions virulentes sur ce sujet ne sont pas motivés par l’amour de la vérité mais par la volonté de prouver qu’ils ont raison et que les autres ont tort.

 

C’est pourquoi je ne participe plus à aucune discussion sur le Covid. A quoi bon? Une discussion suppose qu’on puisse faire changer d’avis celui ou celle qu’on a en face de soi. Avez-vous jamais réussi à faire changer d’avis qui que ce soit sur la pandémie?

 

Oublions les benêts qui croient aux théories du complot –c’est la faute à Bill Gates, c’est la faute aux francs-maçons, c’est les Chinois, etc. Un partisan de Trump disait l’autre jour sur Fox News «ce virus est inoffensif» et, deux minutes plus tard, «c’est un complot pour diminuer la population de la planète de 90%». Comment discuter avec un sot qui ne s’aperçoit même pas qu’il dit deux choses contradictoires?

 

Oublions ces benêts –il reste les autres. Comment se fait-il qu’une discussion soit quasiment impossible même entre gens raisonnables?

 

Je crois que c’est à cause de l’esprit du temps, où tout va très vite, où il ne s’agit plus de réfléchir mais de marquer des points, où raisonner semble être une perte de temps, où nous sommes ensevelis sous une avalanche d’informations dont une bonne partie sont des fake news, où il y a une terrible perte d’autorité– un «influenceur» sans le moindre diplôme est placé sur le même plan qu’un professeur en infectiologie ou en immunologie.
Même des gens intelligents, pris dans ce tourbillon, en arrivent à dire des choses erronées. En voici un exemple:

 

On nous sort régulièrement une étude danoise (ou sri lankaise ou péruvienne…) selon laquelle tel ou tel variant ferait plus de victimes parmi les vaccinés que parmi les non-vaccinés. Vraiment? Faisons alors l'expérience de pensée suivante: soit une salle (ou une maison dans la montagne ou un chalet...) dans laquelle se trouve 10 personnes. 7 sont vaccinées contre le virus, 3 ne le sont pas. Le virus apparaît. 3 des 7 vaccinés tombent malades. 2 des 3 non-vaccinés tombent malades. 

 

Abdelmoula dit: regardez les chiffres, il y a plus de vaccinés que de non-vaccinés qui ont attrapé le virus –3 contre 2. Donc le vaccin ne sert à rien, il ne protège pas!

Brahim dit: 3 sur 7 des vaccinés sont tombés malades, cela fait 42%. 2 sur 3 des non-vaccinés sont tombés malades, cela fait 66%– ce qui est plus que 42%. Donc le vaccin protège.

 

Qui a raison, Abdelmoula ou Brahim? (Qu’en pensez-vous?)

 

Le problème n’est d’ailleurs pas là. Il est plutôt dans le fait que celui qui a tort, dans cette histoire, ne l’admettra jamais.

 

Et ça, c’est triste et c’est grave.