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Fouad Laroui
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Gullit ne comprend rien aux Marocains

Par Fouad Laroui le 11/09/2019 à 11h58

Quand l’hymne national est joué en leur honneur avant un match, c’est tout cela qu’ils entendent, debout sur la pelouse, la tête haute.

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J’aime bien Ruud Gullit. La seule fois où je l’ai rencontré (c'était à un cocktail donné par l’ancien maire d’Amsterdam Job Cohen), il s'était montré charmant, amical et sans prétention, alors qu’il était la vedette de la soirée. Rien à voir avec un Cristiano Ronaldo, tellement narcissique et égocentrique qu’on craint parfois qu’il ne se transforme en trou noir et n’absorbe tout ce qui gravite autour de lui, corps et biens. Ce serait une belle fin pour la Terre, qui a la forme d’un ballon.

 

Mais je m’égare. Ah oui: Gullit. Plutôt sympa, l’ex-rasta, mais cela n'empêche qu’il aurait mieux fait de se taire au lieu de s’en prendre aux Marocco-Néerlandais qui choisissent de jouer pour les Lions de l’Atlas au lieu de mouiller le maillot floqué du lion de la maison d’Orange.

 

Gullit leur reproche de “profiter“ de l’encadrement de la Fédération néerlandaise pendant leur enfance et leur adolescence (stages, entraînements, etc.) puis d’en faire bénéficier le pays de leurs ancêtres, le Maroc. Bande de petits vilains!

 

Et d’ajouter: en fait, ils cèdent à la pression de leur famille, de leurs parents, de leurs amis, ces grands mômes.

 

Ruud, mon ami, laisse ce genre de considérations aux économistes, aux sociologues, aux anthropologues. Tu n’as rien compris.

 

Il y a une génération, les Marocco-Néerlandais choisissaient de jouer pour les Pays-Bas. Tu te souviens de Boulahrouz (surnommé “le cannibale“) et de l'élégant quoique mélancolique Afellay?

 

Que c’est-il passé? Eh bien, Geert Wilders, l’extrême-droite, le populisme: voilà ce qui s’est passé. Depuis une vingtaine d’années, “Marocain“ est carrément devenu une insulte au pays des tulipes. Un torchon populiste comme De Telegraaf ne parle d’eux que s’ils commettent un crime ou un délit, jamais quand ils excellent. L’extrême-droite les voit tous barbus et partisans de Daesh. Et pourtant, ils ont fourni le maire de Rotterdam, la présidente de la Chambre des députés, une dizaine d'écrivains de qualité, des artistes, des médecins, des scientifiques…

 

Toi, Gullit, ton père George vient du Surinam, un pays qui n’existe que depuis un quart d’heure. Si un crétin s’avisait de te traiter de “sale Nègre“, que pourrais-tu faire? Abandonner le polder pour aller jouer là-bas? Tu y trouverais quoi? Ce n’est même pas un pays, le Surinam, juste un grand morceau de forêt vierge où trois Hindous, deux Blancs et cinq mulâtres se regardent en chiens de faïence. L’Histoire n’a pas encore commencé là-bas, la nation n’en est pas une, l’État se réduit à quelques machines à écrire sous un ventilateur cacochyme.

 

En revanche, les Ziyech et les Amrabat, si on les insulte ici, pas de problème: ils vont jouer au Maroc. Ils y trouvent un État vieux de douze siècles (bien plus ancien que les Pays-Bas), une nation soudée, un peuple riche de sa diversité. Quand l’hymne national est joué en leur honneur avant un match, c’est tout cela qu’ils entendent, debout sur la pelouse, la main sur la poitrine, la tête haute.

 

La tête haute. Tu comprends, Gullit mon ami?