Le nouveau modèle de développement, c’est d’abord dans nos têtes | www.le360.ma

ع
Fouad Laroui
© Copyright : DR

Le nouveau modèle de développement, c’est d’abord dans nos têtes

Par Fouad Laroui le 28/08/2019 à 12h01

Cinq idées-forces qu’il faudrait graver dans la tête de chaque citoyen.

aA

Parmi les cinq noms qui circulent pour la présidence de la «Commission du nouveau modèle de développement», j’en connais personnellement trois. J’ai côtoyé ces messieurs, j’ai travaillé avec eux, je les ai vus à l’œuvre. Tous les trois sont très intelligents, méthodiques, travailleurs –et attachés au service de la nation, ce qui est essentiel. Chacun d’eux ferait un excellent président de la Commission.

 

En ce qui concerne les simples membres, nous avons de brillants économistes, des businessmen sagaces, des sociologues chevronnés, des anthropologues avisés, etc. Il n’y aura donc aucun problème pour former cette Commission.

 

Mais sera-ce suffisant? Le problème n’est-il pas plutôt dans nos mentalités?

 

L’ayant enseignée pendant vingt ans en France, en Angleterre et aux Pays-Bas, je crois avoir compris deux ou trois choses de la “science lugubre“– c’est ainsi que Carlyle baptisa en 1849 l’économie, qui a souvent de mauvaises nouvelles à annoncer. Au lieu de cinq noms, je propose plutôt cinq idées-forces qu’il faudrait graver dans la tête de chaque citoyen pour qu’il ait une compréhension minimale de la chose.

 

1. Rien n’est jamais gratuit. Si quelque chose semble être gratuit, c’est parce que nous oublions que les fées n’existent pas. Quelqu’un paie toujours. Quand nous exigeons la gratuité d’un service, nous disons en fait: qu’un autre paie! L’argument est recevable, à la rigueur, pour l'éducation (chaque citoyen devrait aider à former la prochaine génération, qui travaillera pour lui même s’il ne s’agit pas de ses enfants) mais pour d’autres services, c’est moins évident. En tout cas, faire sept ou huit enfants et compter sur les autres pour les nourrir, les éduquer et les soigner, c’est être irresponsable. Ça enlève tout droit à aller brailler dans la rue pour exiger que l’État (c'est-à-dire les autres) prenne en charge sa progéniture sous forme de services “gratuits“.

 

2. Ce n’est pas l’État qui crée la richesse. L’État peut favoriser la production et la redistribuer mais en fin de compte, ce sont les travailleurs (au sens le plus large du terme, qui englobe les entrepreneurs) qui créent la richesse. Si l’État a sa responsabilité dans la bonne marche de l’économie, il ne peut en être tenu entièrement responsable. Nous le sommes tous. Si nous ne sommes pas industrieux, productifs et innovateurs, nous ne nous développerons pas– et ce sera notre faute.

 

3. La confiance, c’est essentiel pour une économie robuste et dynamique. Un élément crucial de la confiance, c’est l’État de droit: la justice doit être rapide et juste (!) dans les contentieux commerciaux. Mais il y a aussi la confiance quotidienne dans nos échanges, la valeur de la parole donnée, le respect des contrats. Ça, ça nous regarde tous…

 

4. La rente, ce n’est pas de la richesse. Obtenir une rente, un “agrément“ de transport par exemple, ça n’ajoute pas un centime à la richesse du pays, ça ne fait que transférer (indûment?) de la richesse. Au lieu de chercher des rentes, il faut travailler, entreprendre, produire. Tant que nous ferons de la rente l’objectif suprême, nous ne nous développerons pas.

 

5. L’argent est un voile. Exiger une hausse de salaire qui ne correspond pas à une hausse de productivité revient à la faire payer par quelqu’un d’autre. Et si tout le monde s’y met, l’inflation efface toutes ces hausses inconsidérées. J’ai entendu un jour un “gilet jaune“ français affirmer bêtement que l’État pouvait résoudre tous les problèmes en assurant à chaque citoyen un revenu de 3000 euros net. Ridicule! En 1923, pendant l’hyperinflation de la République de Weimar, un instituteur touchait un salaire de 10 milliards de marks. Youpie! Mais un kilo de pommes de terre valait 2 milliard de marks… Faites le compte. La vraie question n’est pas celle des salaires mais de la production de richesse –et l’efficacité de cette production.

 

Si nous admettons une fois pour toutes ces idées, la Commission aura la tâche plus facile…